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Le dernier voyage de Jonathan

  • En ce temps-là, au moment de la parution de la première histoire de Jonathan dans le Journal de Tintin en 1975, la jeunesse était « Peace and Love », contre la Guerre du Vietnam (elle se termine cette année-là), alors même que les Khmers rouges arrivent à Phnom Pehn, Franco est mort et Microsoft vient de naître. Bref, le monde change et beaucoup de jeunes aspirent à plus de spiritualité et aux « paradis artificiels » sur le chemin de Katmandou… Ça tombe bien : les éditions Hachette commencent à publier les premiers Guides du routard. Et voici qu’en couverture de l’hebdomadaire des 7 à 77 ans, on voit un beau jeune homme ténébreux, les yeux bleus, se jeter dans le vide…

Il ressemble beaucoup à l’auteur, Bernard Cosandey alias Cosey, ce héros, : cheveux noirs et yeux bleus, contemplatif et réservé mais au regard vif, peu causant... Il a le visage bronzé d’un habitué de la montagne. Il est suisse.

Le dernier voyage de Jonathan

Et c’est pénétré de psychanalyse jungienne et de la lecture de Jonathan Livingston le Goéland de Richard Bach qu’il va introduire la spiritualité dans les pages dans le journal d’Hergé tout en sillonnant les routes du Tibet, de l’Inde, du Népal, de la Chine, mais aussi du Myanmar, du Japon et plus tard des États-Unis, grâce à une ravissante jeune femme, Kate qui vaut à son auteur et à cette série l’Alfred du meilleur album en 1982.

Entretemps, Cosey crée à côté des romans graphiques magnifiques -un genre dont il est un des précurseurs en Europe- avec notamment À la Recherche de Peter Pan pour le Lombard et quelques titres mémorables pour la collection Aire Libre chez Dupuis. Enfin, il reçoit le Grand Prix d’Angoulême en 2017.

Mais au bout de 46 ans et 17 albums, il faut bien que l’histoire ait une fin. Jonathan, on l’a très vite compris, c’est le double de l’auteur, même si, par habillage fictionnel, le héros entretient une correspondance avec un certain C. qui serait celui qui raconte ses aventures. On est à la fin du règne du Dalaï Lama et, dans cet épisode, Jonathan a rendez-vous avec une jeune femme à Yéshé, qu’il va mettre du temps à retrouver. En attendant, on jouit des paysages, de l’apaisement, des espaces infinis où l’humain -fut-il un représentant de l’empire chinois- est écrasé par l’immensité des montagnes et de leurs neiges éternelles.

Le lecteur comprend que l’aventure est davantage spirituelle que temporelle et qu’elle passe par l’art : ce trait de Cosey, à l’encrage vibrant de vie, qui s’attarde sur le détail, là un visage buriné, ici une vieille bécane dont le moteur tourne par miracle. Un regard fait de tendresse et d’empathie.

Ce périple qui est donc le dernier de Jonathan, aventurier fourbu, est une dernière initiation, une leçon de vie. « Dans quelle mesure comprenons-nous la vie des autres  ? » s’interroge l’auteur dans un questionnement très kantien. Il donne sans le dire la réponse : en faisant avec eux une partie du voyage, quitte à le faire par procuration.

(par Didier Pasamonik (L'Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Jonathan T. 17 : La Piste de Yeshé - Par Cosey – Ed. Le Lombard

 
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6 Messages :
  • Le dernier voyage de Jonathan
    30 octobre 2021 10:32, par Banco

    Un bel article pour une oeuvre magnifique.

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    • Répondu par Milles Sabords le 30 octobre 2021 à  19:27 :

      L’une des plus belles séries de la BD. Le trait de Cosey oscille entre minimalisme Suisse et plénitude Tibétaine. Comme si la crête des montagnes était la même, quel que soit le pays. Cosey promène nonchalamment son regard apaisant sur ses planches, et nous entraine dans un pur moment d’escalade de sentiments, car avec cet auteur, nos lectures n’ont plus peur du vide. Encore un dernier envol avec votre "goéland" Monsieur Cosey !

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      • Répondu le 31 octobre 2021 à  11:20 :

        Une des plus belles bandes dessinées du monde. Avec Little Nemo et Corto Maltese.

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        • Répondu par Henri Charbit le 31 octobre 2021 à  21:06 :

          Je suis complètement d’accord sur la première partie de la phrase !! Lu hier, jubilant de retrouver d’anciens personnages croisés par Jonathan, sans que le passage du temps ne soit éludé comme pour beaucoup de héros de BD, et très ému par le "twist" final. Bien sûr, je regretterai Jonathan, mais il est sage de savoir finir une histoire. Heureusement, on peut espérer que ce ne sera pas le dernier Cosey.
          Au passage, juste une correction sur l’article : dans l’album, sauf erreur, Yeshé n’est pas la femme que Jonathan recherche mais la ville/village où il se rend.

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 7 novembre 2021 à  11:24 :

            Évidemment. C’est corrigé. Merci pour votre sagacité.

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  • Le dernier voyage de Jonathan
    7 novembre 2021 10:31, par denis

    On est à la fin du règne du Dalaï Lama et, dans cet épisode, Jonathan a rendez-vous avec une jeune femme : Yéshé, qu’il va mettre du temps à retrouver.

    Petite erreur, Yéshé n’est pas la jeune femme (il s’agit de Drolma) mais le lieu du rendez-vous

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