Le détonnant Lanfeust Mag de l’été

31 juillet 2010 7 commentaires
  • Le double numéro estival des éditions Soleil est incontournable pour les férus d'aventures avec Lanfeust, Marlysa, Cixi, les Naufragés d'Ythaq, Crossfire, Excalibur et une nouvelle Légende de Troy : L'heure de la gargouille

Lanfeust Mag semble ne s’être jamais aussi bien porté. Scandant le rythme des mois, on y retrouve le meilleur des éditions Soleil, ainsi qu’un lot de nouveautés qu’on peut découvrir au sein de ses pages. Cerise sur le gâteau, le double numéro de l’été est d’ailleurs devenu un incontournable car qualité et quantité se retrouvent pour distraire et informer au mieux les lecteurs.

Une nouvelle Légende de Troy bien mystérieuse

Voici déjà un an qu’on nous annonçait cette nouvelle spin-off du monde de Lanfeust, précisément dans le numéro double de l’été 2009. Après cette alléchante mise en bouche, il a tout de même fallu attendre une année avant d’apercevoir les premières planches, et de saisir le contexte de L’Heure de la gargouille.

Celui se déroule bien avant l’époque de Lanfeust, car la mystérieuse Triban n’est pas encore cet empire coupé du reste du monde, mais a justement établi un marché maritime florissant. Seule problématique de cette Venise troyenne, de mystérieuses gargouilles dévorent les pierres des bâtiments pendant la nuit, avant de se pétrifier le jour. Pour se défaire de cette menace, les habitants de Trigan qui n’utilisent pas la magie font appel à un sage d’Eckmül. Par le même bateau, un barbare pose le pied dans la cité marchande. La légende nous annonce que ce guerrier niais combattra les gargouilles.

Le détonnant Lanfeust Mag de l'été
Telle Venise, Triban s’étend sur une constellation d’îles.

Ceux qui compulseraient les ouvrages parallèles du monde de Troy n’y trouveront pas beaucoup d’informations au sujet de Trigan : située en Questie, près de l’équateur, son empire est protégé des invasions par une muraille infranchissable, à l’époque de Lanfeust. « Les Tribanites sont persuadés d’être les seuls représentants de la véritable humanité sur Troy […] : ils vivent tranquillement derrière leur épaisse muraille et évitent tout contact avec des étrangers. […] Personne n’en est [d’ailleurs] jamais revenu. » [1]

Le jeu d’aventures de Lanfeust et du Monde de Troy nous en apprend un peu plus : « Derrière une impressionnante muraille de pierre rivetée d’acier où s’ouvre une porte titanesque aux dimensions inhumaines, commencent les terres des Fantômes, un peuple violent et quelque peu dégénéré. […] Les côtes sont hérissées de pieux acérés, […] disposés à fleur d’eau et capables de percer les meilleures coques. De plus, de petits groupes de Pant’hommes – des monstres sanguinaires qui ne laissent jamais un seul témoin de leurs atrocités – en surveillent attentivement les abords. » [2]

Un déclin annoncé

L’univers décrit dans les huit premières pages présentées dans ce Mag est aux antipodes des descriptions précédentes : un peuple ouvert et raffiné, habitant d’élégantes constructions et de grands palais. Serait-ce le flux magique inutilisé par les tribanites qui créèrent ces gargouilles, entraînant peut-être le déclin de Triban vers la sauvagerie ? C’est précisément dans cette question que réside tout l’intérêt de ce nouveau récit.

Les Légendes de Troy se succèdent avec une qualité inégale. L’intérêt du scénario d’Arleston est ici fort bien mis en scène par Didier Cassegrain. Après Code McCallum, l’illustrateur revient à la bande dessinée dans un univers qui rappelle le fabuleux Tao Bang. Le dessin plus adulte et le travail à l’ordinateur risquent de déconcerter les amateurs de Troy, habitués à un autre style, mais avec un peu de tolérance, les décors, les personnages et les fabuleux costumes des tribanites ne manqueront pas d’ébahir le public.

Reste à savoir si Arleston (seul au scénario) nous livrera quelques-unes des facéties humoristiques dont il a le secret, ou s’il désirera rester dans un ton plus aventureux pour coller au dessin de Cassegrain. Cette légende se développera en deux albums de quarante-six pages, dont le premier ne paraîtra pas avant 2011. Il faudra donc s’armer de patience… ou suivre ces aventures dans le magazine !

Les gargouilles, pétrifiées le jour, s’attaquent aux bâtiments de pierre.

De nouveaux récits alléchants

Une autre caractéristique de ce double numéro, c’est sa faculté à présenter des aventures qui débutent. Ce savant calcul de la rédaction permet donc à un néophyte de découvrir une flopée de récits commençant au premier chapitre.

Outre L’heure de la Gargouille, l’autre grande nouveauté est Ogres, un récit scénarisé par Iggy et Alwett, et dessiné par Ludwig Alizon (ayant assuré l’intérim sur Travis). Loin d’êtres des monstres comme on pourrait le croire, les ogres sont de preux chevaliers qui sacrifient tout à leur sens l’honneur. D’ailleurs, ils apprécient en particulier les haricots ! C’est encore le contremploi qui trouve ici une utilisation audacieuse.

Les ogres exterminés avec cruauté, ce sont les goules et zombies qui ont pris le pouvoir, noyant le peuple sous des effluves plus puissantes les unes que les autres. Ces dix premières pages présentent donc une excellente introduction, et il reste à espérer que la suite ne tombe pas trop dans la mièvrerie et continue à cultiver innovation et suspens.

Les Ogres : des chevaliers raffinés.

On retrouve également la suite des aventures de Lanfeust, de retour sur Troy et on comprend enfin ce qui pourrait ainsi faire trembler le château d’Or-Azur. La jolie Marlysa revient également, dans des aventures plus dramatiques qui nous avait réconciliées avec le ton de la série. Cixi arrive à Eckmül, sous le crayon de Vatine, dans le second volet de son diptyque, expliquant la naissance de l’Ombre ténébreuse.

On fête aussi le huitième tome des Naufragés d’Ythaq (déjà !). Granite et Narvarth devraient enfin en savoir plus sur ce jeu dont ils sont malheureusement les héros. Mais les dés semblent pipés, une fois encore …

C’est aussi l’arrivée de Sam Catch, avec 22 pages pleines de punch, et le début du sixième tome du Chant d’Excalibur. On retrouve aussi les premières pages du tome 5 de Cross Fire

Des aventures qui se terminent

Le tome 13 des Trolls de Troy est déjà dans les bacs !

Après bien des péripéties, c’est donc la fin de la Guerre des gloutons 2e partie. Les Trolls de Troy sont donc de nouveau réunis dans ce treizième tome, qui rayonne d’humour grâce à Arleston et au talent de Mourier. Nous en reparlerons prochainement.

C’est aussi la conclusion définitive de Sinbad, ainsi que nous l’avions annoncé. Un fin sans réel panache, si ce n’est une belle innovation au baisser de rideau.

Et des bonus !

Pas de magazine qui se tienne sans ses jeux et ses courts récits. Ce numéro double accueille ainsi une demi-douzaine d’entre eux, ce qui permet de profiter de ces ‘nouveaux’ talents. En particulier, nous avons apprécié Blake qui revient avec un second récit aussi drôle qu’innovant.

Les gags sont bien entendu de la partie, avec les Geeks, Noob, le fameux Blogustin dont on ne lasse pas (en particulier quand il présente la vie d’un auteur de bande dessinée), une double page plein d’autodérision signée par Guillaume Bianco, Barbeük & Biaphynn, et Les débuts de Dieu ou comment tourner la création en dérision.

Nos amis du Gottferdom Studio rempilent dans des aventures tonitruantes en parodiant Avatar : il faut couper l’arbre des Navis pour imprimer les 150e rééditions de Lanfeust et Luuna ! Ça promet …

Enfin, les couvertures se dépliant, on découvre d’un côté un détournement du Radeau de la Méduse, version trolle, par Mourier, et de l’autre, un délirant ‘Prolopoly’ par Augustin, bataille entre les prolos et les bourgeois.

Si on n’est pas allergique à l’Heroïc Fantasy, on profitera au mieux de cet été pour se plonger dans les 230 pages du magazine. De quoi lire déjà un avant-goût de ce dont la rentrée sera faite !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire nos précédents articles sur les Lanfeust Mag :
- Lanfeust Mag n°130 : le Top de la BD !
- Lanfeust Mag’ n° 127 : Samourai Vs Guerrières !
- Un Lanfeust Mag de "Légendes"

[1Cartographie illustrée du Monde de Troy, page 16 du Monde de Troy, édition Soleil 1998.

[2 Le jeu d’aventure de Lanfeust et du Monde de Troy, pp 194 & 263, édition Soleil 2005.

 
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7 Messages :
  • Pourquoi, dès qu’il s’agit de Soleil, ce ton hagiographique ? "qualité et quantité se retrouvent pour distraire et informer au mieux les lecteurs"

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 31 juillet 2010 à  11:47 :

      J’ai trouvé la revue excellente à près de 90%, avec des séries devenues effectivement des ’classiques’ de la bande dessinée.

      Mais ce n’est pas le cas unique : "[Fluide] recycle ses meilleurs albums en proposant des bandes aussi drôles qu’incontournables !".

      On ne se gêne pas non plus pour dire ce qu’on n’aime pas chez Soleil.

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      • Répondu par Francois Pincemi le 31 juillet 2010 à  17:03 :

        J’ai cliqué sur le lien "ce que l’on n’aime pas sur Soleil", mais je suis arrivé sur la page d’accueil d’actuaBD... pourtant j’aimerai confronter mon opinion à la votre. Merci donc de préciser les choses. Cordialement.

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        • Répondu par Charles-Louis Detournay le 31 juillet 2010 à  18:25 :

          Une erreur d’adressage que je ne m’explique pas.

          L’article est ici

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          • Répondu par Francois Pincemi le 31 juillet 2010 à  19:24 :

            L’adressage ne marche pas mieux. Attention, à la longue, certains vont penser que vous n’aimez pas l’ensemble d’actuaBD (qui ne parle pas que de Soleil, heureusement !°). Et si le succès de certaines séries Soleil a certainement influencé en partie son ami Delcourt (de Delsol !), il n’a pas contaminé l’ensemble des éditeurs !!

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            • Répondu par Charles-Louis Detournay le 31 juillet 2010 à  19:59 :

              On résolvera le problème technique dans la semaine.

              En attendant, vous pouvez taper ’Paradis’ dans la section ’Rechercher’. Dans la liste de résultats, vous trouverez dans les brèves : Chute en enfer pour Paradis perdu.
              Merci de votre patience.

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  • Encore un couverture de mag completement sexiste, qui donne à la BD l’image d’un marché pour ados masculins attardés. Pourquoi cacher de bonnes (et de mauvaises) BD sous des couvertures si affligeantes ?

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