Le directeur du Festival d’Angoulême est limogé !

21 février 2006 0 commentaire
  • « Coup de froid sur le Festival » titrions-nous [la semaine dernière->3282], en tirant les premiers enseignements d'une édition à marquer d'une pierre noire. Nous ne croyions pas si bien dire : à peine quatre mois après [la démission de son Président->2879], c'est au tour de Jean-Marc Thévenet, Directeur Général de la manifestation, de quitter la scène. Il est mis à pied quelques jours à peine après la clôture de la 33ème édition.

La mèche avait été allumée par La Charente Libre du 26 janvier 2006 : dans un encadré, le journaliste Stéphane Vacchiani titrait : « L’autre casquette de Jean-Marc Thévenet ». L’article faisait état d’un autre job qu’assurerait, selon le quotidien, M. Jean-Marc Thévenet, depuis mai 1998, à côté de son travail de Directeur Général du Festival : « Jean-Marc Thévenet, affirmait le quotidien charentais, est aussi étroitement associé à un autre (futur) événement culturel français. Yves Poinot [1] n’en avait jamais parlé, son directeur non plus, mais depuis près de trois ans, le D.G. planche sur la Biennale d’art contemporain du Havre. » La première édition devrait avoir lieu en juin 2006. Le Groupe Partouche, propriétaire du casino de cette ville avait pensé accompagner son inauguration d’un événement culturel. « Dans un -rare- document trouvé sur cette Biennale, poursuit l’article, on cite Jean-Marc Thévenet comme responsable. Ce que dément l’intéressé : « Il y a un commissaire général, on m’a simplement confié une mission de consultant... » Et Jean-Marc Thévenet d’ajouter qu’il fallait voir là comme une reconnaissance du « savoir-faire observé à Angoulême ».

Interrogé par le journaliste de la Charente Libre, il apparaît que le propre président du Festival, Dominique Bréchoteau, l’employeur de Jean-Marc Thévenet, refusant de confirmer au journaliste de la Charente s’il était informé de la situation, semblait ne pas être vraiment au courant. Apparemment irrité, il concède qu’il faudrait peut-être « que Jean-Marc Thévenet [lui] en parle  ».

Or, un article de 2003 semble contredire les dénégations de Jean-Marc Thévenet. On peut y lire que « la biennale d’art contemporain sera créée dès 2006, sous la direction de l’actuel directeur du festival d’Angoulême, Jean-Marc Thévenet, et avec l’artiste Jean-Pierre Reynaud. » Ce qui ne ressemble pas à une fonction de consultant.

Est-ce là la raison pour laquelle le directeur général du Festival a été mis à pied pour « faute grave » ? Il est encore trop tôt pour le dire, la procédure de licenciement étant en cours. La rumeur cependant annonçait son départ. Lui-même ne s’en cachait plus puisque le dimanche de la clôture du Festival, alors que nous l’interpellions en lui disant : « Alors, c’est bientôt la quille ? », Jean-Marc Thévenet nous avait répondu, sibyllin : « Plus encore que tu ne le crois... »

Le directeur du Festival d'Angoulême est limogé !
Jean-Marc Thévenet et le dessinateur Fred

Jean-Marc Thévenet avait fait un peu de télévision sur France 2 avant d’être engagé par Guy Vidal à Pilote où il oeuvra au début des années 80. Il tenta ensuite l’expérience avortée de l’Hebdo des Savanes (un hebdo qui a tenu deux mois en kiosque) avant de bifurquer comme directeur de collection chez Futuropolis (« La Collection X ») puis d’assurer la rédaction en chef du magazine masculin Max. Il signe plusieurs ouvrages, dont quelques-uns de bande dessinée en collaboration avec Florence Cestac et Baru. Après un bref retour à la télévision, Jean-Marc Thévenet qui animait les cérémonies des prix du Festival finit par en devenir le directeur général en 1998. Tout au long de ces années, la BD se développa de façon exponentielle voyant sa croissance boostée par les mangas. Dans le même temps, à Angoulême, sous l’impulsion de Magelis, une pépinière d’entreprises liées à l’image se développa autour du Festival et de son Centre de la Bande Dessinée et de l’Image. Il aura donc accompagné quelques-unes des plus belles années de son histoire, dont un mémorable 30ème anniversaire.

Il le quitte alors que la manifestation angoumoisine s’apprête à faire une nouvelle mue et qu’elle affronte l’une des périodes les plus critiques de son histoire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : (c) D. Pasamonik.

[1Ancien président du Festival. NDLR

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