Le fabuleux destin de Patar & Aubier

1er février 2012 1 commentaire
  • « Destins Animés », une monographie parue fin 2011, vient retracer le parcours artistique de Vincent Patar & Stéphane Aubier, les créateurs de Pic Pic & André et de Panique au Village. En creux, c’est le portrait de toute une génération d’auteurs de films d’animation qui apparaît. Avec de nombreux allers-retours vers la bande dessinée...

Lorsque le long-métrage Panique au Village entre en production, le journaliste Alain Lorfèvre se fait fort de couvrir sa réalisation pour le compte du quotidien La Libre Belgique. Après deux ans passés dans les coulisses de cette grande aventure d’animation, le journaliste déchante car le projet de livre making of Panique au Village tombe à l’eau.

L’histoire rebondit grâce au Centre pour le cinéma et l’audiovisuel de la Communauté Française de Belgique. L’institution souhaite consacrer une monographie au duo déjanté. En s’appuyant sur ses reportages destinés au making of avorté, Alain Lorfèvre reprend le travail et l’approfondit. Le résultat "Destins Animés. Patar, Aubier & Cie" est un must pour qui s’intéresse au cinéma d’animation, made in Belgium.

Le fabuleux destin de Patar & Aubier
"Destins animés" regorge de dessins d’enfance ou d’adolescence puisés dans les greniers des familles Patar et Aubier
ici, un Dingo reproduit avec minutie par Vincent Patar

« Destins Animés » revient aux sources de l’inspiration de Vincent Patar & Stéphane Aubier. Dans leur jeunesse, les deux hommes sont l’un comme l’autre des fondus de bande dessinée. Vincent Patar grandit dans un village qui s’appelle Les Bulles, ça ne s’invente pas ! Le jeune garçon est passionné par la BD, il dévore les vieux hebdomadaires, s’éprend d’un abécédaire dessiné par Degotte dans la collection Carrousel, avant d’apprendre à lire dans Petzi.

Petzi
© Hansen - Casterman

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, à Verviers, Stéphane Aubier est également sous le charme de l’ourson bricoleur. « Ce qui était chouette, c’était qu’il n’arrêtait pas de construire des trucs. Il coupait un arbre comme on coupe une baguette de pain. Pour Petzi et ses amis, faire un bateau, c’était un truc assez simple », confie-t-il dans les pages de la monographie. Bien des années plus tard, le duo Patar & Aubier va appliquer la recette de la bande à Petzi pour réaliser ses films : d’ingénieux bricolages et des péripéties à gogo.

Comme de nombreux petits Belges, les deux sont abreuvés d’albums Dupuis. Les aventures de Gil Jourdan, Lucky Luke, Spirou & Fantasio, La Patrouille des Castors, Les Schtroumpfs ou Johan & Pirlouit les marquent profondément. Ce fonds de culture commun les rapprochera lorsque, plus tard, ils étudieront ensemble à La Cambre, l’école d’animation la plus réputée de Belgique.

Mais ils n’y sont pas encore. À la fin des années 1970, Vincent fait ses gammes éditoriales : il participe à des fanzines et suit les conseils d’un jeune dessinateur local encore inconnu, un certain Jean-Claude Servais. C’est d’ailleurs par son intermédiaire que les noms de Stéphane Aubier et Vincent Patar seront pour la première fois imprimés ensemble. En 1984, lors d’un concours BD à Florenville, ils font tout deux partie des lauréats et se retrouvent à ce titre cités dans le catalogue de la manifestation. En fait, les deux se côtoient sur les bancs de l’Institut Saint-Luc de Liège depuis le début des années 1980, en compagnie d’un futur auteur de BD : Jean-Philippe Stassen.

Les deux planches qui valurent un prix à Vincent Patar en 1984
l’influence de Jean-Claude Servais est manifeste
Pic Pic & André

En lisant « Destins Animés », on comprend que c’est la bande dessinée qui a cimenté l’amitié entre Patar & Aubier. Ils peuvent disserter pendant des heures sur Chaland, Franquin, Peyo ou Morris. Au moment de partir pour La Cambre, les deux amis décident d’emménager ensemble. Leur arrivée dans le temple bruxellois de l’animation est le point de départ d’une collaboration artistique tonitruante pour créer le Pic Pic & André Shoow, puis plus tard Panique au Village. C’est dans le format court que Pic Pic & André vont se tailler une réputation de série culte. Les "shoows" du cochon et du cheval collectionnent les prix en festival et les fans inconditionnels (Benoît Poelvoorde qui prête sa voix à certains épisodes est, il est vrai, un VRP trois étoiles).

Portés par cette popularité, Patar & Aubier sont sollicités par l’hebdomadaire TéléMoustique pour décliner leur série sur papier dans des petits strips "Pic Pic André et leurs amis". En 2012, un recueil de ces strips est annoncé chez Dupuis, en partenariat avec la plate-forme My Major Company BD. Ce n’est pas une première pour l’éditeur de Marcinelle, qui avait fait paraître une version BD de Panique au Village, dans la foulée du film. C’est ce film, d’ailleurs, qui fait entrer ceux qu’on surnomme affectueusement "Les Pic Pic" dans le nouveau siècle.

Au début des années 2000, Patar & Aubier vont développer une idée créé quelques temps plus tôt : une série en stop motion dont les héros sont des petits bonshommes en plastique : indien, cowboy, cheval,... Le titre résume bien l’esprit : Panique au Village. De fil en aiguille, la série va devenir un projet de plus grande envergure, puisque la maison de production La Parti envisage carrément un long-métrage. La suite est détaillée avec précision dans cette monographie, vue de l’intérieur...

Stéphane Aubier et Vincent Patar sur le tournage de "Panique au Village"
© La Parti Production

Si Destins Animés raconte avec force détails le long chemin qui amené le duo Patar-Aubier à présenter un long-métrage au Festival de Cannes 2009, l’intelligence de l’ouvrage est d’associer à cet équipage, le portrait d’une génération d’animateurs belges ainsi qu’un grand nombre de pages zoom sur les infrastructures du secteur en Belgique (écoles, festivals, ateliers...).

"Ernest & Célestine"
© Gabrielle Vincent - Casterman

Dans un souci d’exhaustivité, l’auteur nous parle des projets à suivre du duo. D’une part, la série Les Touplats qui renoue avec l’esprit bricolage manuel cher aux auteurs.

D’autre part, et c’est plus surprenant, un long-métrage tiré de Ernest & Célestine de Gabrielle Vincent (Casterman), chef d’œuvre de la littérature enfantine. Pour ce projet, Patar & Aubier seront associés au réalisateur français Benjamin Renner, tandis que Daniel Pennac signe le scénario.

Avec ses spirales qui lui donnent des airs de journal ou de sketchbook, Destins Animés est malicieux dans la forme et extrêmement bien documenté sur le fond. Un véritable ouvrage de référence qui creuse jusqu’aux racines du processus créatif.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

« Destins Animés. Patar, Aubier & Cie. » - Par Alain Lorfèvre - Coédition Wallonie Bruxelles International - Centre du Cinéma et de l’audiovisuel

 
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