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Le génie coréen du dessin Kim Jung Gi terrassé par une crise cardiaque à Paris

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 5 octobre 2022                      Lien  
C’est un énorme choc pour nous tous qui l’avons côtoyé ces derniers jours. Le génie du dessin Kim Jung Gi est décédé le 3 octobre à Paris d’une crise cardiaque alors qu’il s’apprêtait à prendre un avion pour New York après un long séjour à Paris où il avait une exposition en cours à la Galerie Maghen. Il avait 47 ans. La rédaction d’ActuaBD qui l’avait rencontré à plusieurs reprises est absolument effondrée. Elle s’associe à son éditeur, Jean-Christophe Caurette, et à son galeriste Daniel Maghen, pour transmettre notre sympathie et notre amitié à son épouse et à ses deux enfants.

J’ai raconté souvent cette anecdote à mes amis pour décrire Kim Jung Gi. C’était à Angoulême. Jean-Christophe Caurette, l’excellent éditeur des carnets de Kim Jung Gi, me le présente inopinément au détour d’un stand. J’ai son dernier livre, je le lui confie pour qu’il me fasse une dédicace. Mais je dois le laisser, j’ai un rendez-vous que je dois honorer. Il y en a pour un quart d’heure et je reviens. À mon retour, Kim Jung Gi, que je ne connaissais pas et qui m’avait vu l’espace de quelques secondes, me tend mon bouquin. Il avait fait à l’intérieur… mon portrait. Réaliste, ressemblant. Dès ce moment, j’ai su que je ne perdrais jamais l’occasion de le rencontrer lors de ses passages à Paris.

Le génie coréen du dessin Kim Jung Gi terrassé par une crise cardiaque à Paris
Drawing Show privé à la galerie Maghen. Ses dessins à main levée, sans croquis préalable, étaient bluffants.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Cette anecdote illustre bien le talent du bonhomme : une hypermnésie, une mémoire visuelle infinie, et sa capacité de transmettre cela au travers du dessin. Il y avait chez lui, outre une gentillesse et une générosité légendaires, un plaisir du dessin inouï. Le voir appliquer son pinceau avec une sûreté confondante, composer ses dessins aux mille détails, cela tenait du rituel magique. Récemment, nous l’avions interviewé pour parler « cuisine », sans que pour autant il ne relève le pinceau, c’était proprement fascinant.

Kim Jung Gi est né en 1975 en Corée du Sud. Son parcours est classique pour un Coréen du sud : études aux Beaux-Arts de l’université Dong-Eui à Busan où il est né, service militaire dans les forces spéciales, il publie dans le célèbre magazine japonais Young Jump en 2002. Jean-David Morvan le rencontre et l’embarque dans une bande dessinée, Spy Games, pour Glénat. Mais pour ce génie du dessin libre, les cases, c’est pas trop son truc. Cela ne l’a pas empêché de faire des BD et de nous annoncer une prochaine à venir, chez Glénat toujours.

Il était accompagné de toute une équipe qui le filmait et qui permettait de rencontrer le public.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

La France le célèbre. Il illustre quelques ouvrages de l’écrivain Bernard Werber, mais il publie surtout depuis 2007, ses carnets de dessins aux éditions Caurette et Superani. Sans textes, ces volumes remportent un succès international qu’il accompagne par des Drawing Shows plébiscités par le public. Récemment, il avait dessiné au Centre Culturel Coréen de Paris, à la Galerie Daniel Maghen et sur le parvis de la Gare Saint-Lazare. Le succès était immense. Voici ce que nous disait le galeriste de Maghen, Olivier Soulcié, il y a quelques jours.

En 2017, il avait travaillé avec le célèbre artiste japonais Katsuya Terada (Sayûkiden, l’étrangevoyage vers l’occident) en réalisant un nouveau carnet de croquis avec lui.

Personnalité généreuse, très ouverte aux jeunes artistes, il avait créé avec son ami fidèle et manager Kim Hyun Jin, l’école de dessin AniChanga à Séoul et avait fait partager ses voyages en Europe et ailleurs à ses jeunes étudiants.

Autoportait de Kim Jung Gi

Tous ceux qui l’ont croisé restent subjugués par ses démonstrations de dessin à main levée sans esquisse préparatoire. La galerie Daniel Maghen lui avait consacré plusieurs grandes expositions en 2016, 2019 et récemment, en octobre 2022. Elle est toujours en cours… L’artiste avait fait ce week-end une performance au PSG, rien ne laissait prévoir cette fatale nouvelle.

Vous pourrez y admirer ses dessins qui témoignent d’un artiste unique en son genre, un génie du dessin que l’on n’oubliera pas de sitôt.

Kim Jung Gi au Centre Culturel coréen en juillet 2022
Photo : Kelian Nguyen

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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