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Le petit conservatoire pop de HEY !

  • C'est peut-être une nouvelle façon de faire de l'édition. HEY!, la revue d'Anne et Julien éditée par Ankama, n'est pas seulement un rendez-vous éditorial produisant magazines et livres, mais aussi des expos-concept, des spectacles, des concerts, un film... qui embrassent une esthétique englobant la peinture, le tatouage, la bande dessinée, la sculpture et l'illustration…
Le petit conservatoire pop de HEY !
Le catalogue de l’exposition HEY !
Ed. Ankama

C’est une rencontre avec Run, l’auteur de Mutafukaz, également éditeur chez Ankama, qui est à l’origine de cette publication unique en son genre : "Nous avons avec lui une culture commune, nous raconte l’un des deux commissaires d’expo, Julien. Il a pas mal vécu aux États-Unis, il connaissait les peintres du Surréalisme Pop que nous défendions... Il a présenté le projet à Ankama et cela s’est fait assez vite. C’est un auteur, nous sommes des auteurs, on se parle plus facilement."

L’exposition a lieu encore en ce moment jusqu’au 23 août 2013, à La Halle Saint-Pierre à Paris (à droite du Sacré-Cœur, en arrivant du métro Anvers). Elle présente 61 artistes de tous les horizons. Des noms connus et inconnus, anciens et modernes et quelques originaux d’auteurs de bande dessinée comme les Américains Winsor McCay et Jack Kirby ! Que diable viennent-ils faire dans ce bric à brac fantastique et très souvent morbide ?

Julien : "Quand nous choisissons d’exposer Winsor McCay ou Jack Kirby, c’est d’abord parce que nous sommes de très très gros fans. Or, en discutant avec les artistes américains ou japonais que nous exposions, moins avec les Européens, ces noms apparaissent comme des références ultimes. Dans leur ADN, ils ont le travail de McCay et de Kirby."

Les récits oniriques de Winsor McCay, précurseurs du Surréalisme, font partie de l’ "ADN graphique" de nombreux lllustrateurs.
Les "splash pages" de Kirby ont profondément influencé les peintres exposés par HEY !

Le dessin de Kirby irriguerait-il une partie de l’art contemporain ? Julien l’affirme : "Des artistes comme Todd Schorr, qui font aussi bien référence aux dessins animés des frères Fleischer qu’à la bande dessinée, s’intéressent à la mise en page de Kirby, à sa façon de fractionner l’histoire, encore très moderne aujourd’hui. Il fait exploser la page à partir d’un élément central comme a pu le faire Druillet plus tard. Or, nous exposons des peintres qui racontent des histoires, qui reviennent à la narration. Kirby inspire la manière dont on va réintroduire un personnage central dans une image..."

Et quid de Winsor McCay et son dessin 1900 ? "À la différence de Kirby, nous sommes dans une poésie, un imaginaire, un travail du trait d’un lyrisme total. Le fait que McCay soit une des références des Surréalistes les influence également. Ce qui les flashe d’une manière générale, c’est qu’il est également l’un des inventeurs du dessin animé moderne, qu’il travaille sur le cirque, sur les foires, les jouets... Le côté “freak” de la biographie de McCay les fascine."

Dans un coin, le bric à brac de Bazooka, "démocrates graphiques"

La bande dessinée comme référence plastique

"Nous défendons, avec les peintres avec lesquels on travaille, l’ADN qui nous relie, qui sont des terrains de discussion importants dans leur travail, quand ils échangent entre eux. On s’est aperçus, par rapport au public français, que Kirby et McCay n’avaient pas l’importance qu’on devrait leur donner. Ou que les gens ne voyaient pas leur apport dans l’art plastique, dans la peinture moderne. Comme nous sommes biberonnés, Anne et moi, à la bande dessinée, c’est important de faire connaître à un public qui les connaît -et à ceux qui ne les connaissent pas- l’apport plastique de leur travail."

Le peintre suisse Giger -le concepteur de la créature du film Alien auquel le magazine Métal Hurlant avait consacré jadis un numéro hors série- fait aussi partie de ces influences communes à tous ces artistes : "C’est un fan de BD, lui aussi. Il a travaillé avec des gens de BD de façon très resserrée dans le domaine du cinéma. Par exemple, il y a eu des échanges intensifs entre Giger et Moebius sur des films qui n’ont pas toujours été réalisés. Giger fait partie de cette génération de peintres qui ont lu la bande dessinée. On n’échappe pas à ses lectures en général, qu’elles soient littéraires ou imagées."

La créature d’Alien par Giger fait partie du Panthéon

Dans ce Panthéon référentiel, on trouve également Di Marco, l’illustrateur des anciennes couvertures de Détective : "L’art populaire est un art. Quelqu’un comme Di Marco est un monstre de l’art populaire. Tout le monde a rêvé devant ses dessins ! C’est un éducateur du dessin ! C’est marrant que l’on fasse encore ce distinguo, que l’on puise dire que cet art populaire qui a une charge esthétique, qui a propulsé des gens dans un autre monde et qui a fait leur éducation, que cet art populaire n’est pas valable. Nous on s’en porte bien, c’est notre combat, notre mission. Nous sommes très fiers de montrer Di Marco avec des couvertures de “Détective”, c’est-à-dire en soulignant d’où il vient. Nous ne sommes pas dans le refus de cet usage, contrairement à d’autres musées qui écartent ces travaux-là."

Di Marco, "un monstre de l’art populaire" (Julien)

Trois ans de HEY !.

Cette année, HEY ! a multiplié les performances -des spectacles improbables rythmés par la mélopée de gramophones grésillants-, les publications (dont le magnifique catalogue de l’exposition) qui recueillent à chaque fois un succès inattendu.

Le 14e numéro de Hey ! est paru en juin 2013
(c) Ankama

La revue épuise à chaque fois les 7000 exemplaires de son tirage, un score enviable à une époque où peu d’ouvrages dépassent les 1500 ventes : "Pour une revue de niche comme celle-là, trois ans, c’est énorme. On aurait déjà dû mourir quinze fois. Mais on commence à parler à plus de gens. Ils sont plus nombreux à comprendre notre discours et à se reconnaître de façon intuitive dans ce que l’on représente. C’est ce qui résulte des retours que nous recevons de nos lecteurs que nous rencontrons environ tous les trimestres grâce à ces rendez-vous. L’avenir d’une revue comme celle-là est de ne rien lâcher, tout le temps. C’est fatigant, c’est un sacré truc ! Mis il faut rester dans cet état d’esprit et aller jusqu’au fond de ce que l’on veut montrer."

La Compagnie Hey !. Au centre, assis sur un canapé, on reconnaît Anne & Julien.
Photo DR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

HEY ! Modern art & pop culture / Part II

Jusqu’au 23 août 2013.

HALLE SAINT-PIERRE

2, rue Ronsard

75018 Paris

Le blog de HEY !

Sauf mention contraire, les photos sont de D. Pasamonik.

 
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