Beastars : le règne animal comme une allégorie de notre société actuelle

30 janvier 2019 0 commentaire
  • Quand l'instinct animal de chaque protagoniste est mis à mal, les herbivores rêvent de dominer les carnivores, tandis que ces derniers sont réduits à mettre en sourdine leurs pulsions les plus primaires. Bienvenue à Cherryton, école mixte pour herbis et carnis.

Dans l’établissement de Cherryton, collégiens et lycéens font partie du règne animal. Les herbivores et les carnivores y coexistent le plus harmonieusement possible, jusqu’au jour où le meurtre de Tem, un alpaga, est annoncé. Tous les soupçons se portent alors sur le meilleur ami de ce dernier, un grand et imposant loup : Legoshi. Si ce coupable présumé n’était pas d’un naturel timide, il serait sans conteste le plus charismatique carnivore de l’école.

C’est ainsi qu’au lieu de poursuivre les investigations sur le crime perpétré, le lecteur est invité à suivre la vie quotidienne de ce loup, technicien son et lumière pour la troupe de théâtre de Cherryton.

Depuis quelque temps, les mangakas se plaisent à mettre en scène des animaux aux comportements humains. Citons notamment Virgin Dog Revolution paru chez Akata, où une part d’humanité persiste encore, mêlant les hommes aux bêtes ; ou Les Royaumes Carnivores, également chez Akata, où la savane s’étend à perte de vue jusqu’à la jungle la plus luxuriante, offrant ainsi un large panel d’animaux sauvages. Enfin, dans une moindre mesure, bien que les héros ne soient que des chats, pensons à Street Fighting Cat chez Doki Doki, dans lequel règne la mafia féline dans toute sa splendeur.

Dans Beastars, l’instinct animal est banni. Les carnivores doivent trouver un équilibre alimentaire tout en devenant végétariens – à l’exception des insectes jugés comestibles. La vie n’est alors pas bien différente de n’importe quel établissement scolaire humain. Il y a les brutes et les victimes, les carnivores et les herbivores. Or, si dans ce monde-ci, quelques-uns luttent contre eux-mêmes et contre le reste du monde pour se hisser en haut du panier, il en va de même à Cherryton, où des élèves tels que Louis, le grand cerf rouge, veulent s’élever par-delà leur statut de proies.

Un manga aux traits fins, fluides, légers dans un contexte complexe. Paru Itagaki soigne sa qualité graphique d’un trait qui contraste avec la torture psychologique des protagonistes principaux : la peur d’être un monstre, d’être une victime, d’être soi-même. Sans oublier ce meurtre qui n’apparaît presque plus au fil des chapitres de ces deux premiers tomes, mais qui reviendra certainement aux devants de la scène, à l’instar du loup Legoshi, dans les prochains tomes, sachant qu’à ce jour, onze tomes sont déjà parus au Japon. La série a d’ailleurs remporté le prix Manga Taisho 2018, récompense annuelle décernée par les librairies japonaises ; il s’agit de l’un des plus prestigieux prix du genre au Japon.

Beastars : le règne animal comme une allégorie de notre société actuelle
©Paru Itagaki / Ki-oon

(par Marc Vandermeer)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Beastars T1 et T2. Auteur : Paru Itagaki. Éditeur : Ki-oon. 208 pages / Tome. Traduction : Anne-Sophie Thevenon. Sortie : le 24 janvier 2019. Prix : 6,90 euros / Tome

  Un commentaire ?