Le retard- par Barbara Yelin - Editions de l’an 2

12 juillet 2006 0 commentaire
  • Retrouvailles entre amis, de longues années après leur dernière rencontre. Un thème souvent visité par le cinéma comme en témoignent "Mes meilleurs copains" ou encore "Etats d'âme".

En BD, en dehors de "Quelques jours avec un menteur", de Davodeau, il est assez rare. L’allemande Barbara Yelin, avec finesse, sensibilité et amertume, fait de son portrait de groupe un tableau humain émouvant et crédible.

Ils sont cinq amis qui ne se sont pas vus depuis un certain temps. L’hôte se fait attendre. Il semble jouir d’un statut de star, et d’un niveau de vie élevé. Sa maison de campagne possède le charme et le confort tels qu’on les imagine dans les reportages télé. Et sa présence ne semble pas revêtir la même valeur pour tout le monde. A force d’attendre, la tension va monter, les relations se tendre. Entre les angoisses de l’une et les regrets de l’autre, les rancoeurs d’un troisième ou la jalousie de son voisin, nos invités vont devoir se remettre en question.

Barbara Yelin, en plus de 80 pages, a pris le temps de bien camper ses personnages. Chacun charrie sa part négative, son lot d’amertume. Et si l’humour pointe parfois le bout de son nez, le ton est plutôt ici à la mélancolie. Utilisant à foison les cases muettes, Yelin installe des climats lourds et aériens à la fois. La nature qui entoure la petite maison constitue elle aussi un personnage à part entière. De nombreuses cases détaillant les arbres, les feuillages, les herbes, font respirer ce récit tendu à grand renfort de brises nocturnes.

Le retard- par Barbara Yelin - Editions de l'an 2

Finalement, on se moque bien de savoir si l’homme tellement en retard finira par faire une apparition. Chacun a déjà fait des choix, à la faveur de cet isolement en groupe. On devine que leur vie à tous va changer, et qu’en même temps, elle vient de s’enrichir au contact des peurs, des angoisses et des espérances des uns et des autres. Un thème et un traitement très originaux, qui ressemblent par moments à la formidable pièce de Bacri et Jaoui, Cuisines et Dépendances.

(par David TAUGIS)

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