Le roman graphique est-il l’évolution gentrifiée de la BD ? (3/3)

4 mai 2020 37 commentaires
  • Dans les deux premiers volets de notre étude sur les rapports entre le roman graphique et la bande dessinée, nous avons mis en avant les différences fondamentales de fond et de forme qui les opposent. Mais une troisième perspective est à considérer : l'enjeu économique d'une telle différenciation.

Car le roman graphique ne désigne pas uniquement une œuvre libérée de toute contrainte. Il s’agit aussi d’un outil marketing, qui permet à la bande dessinée de s’installer dans les librairies. Aux États-Unis, les trade paperback à couverture rigide dont nous avons parlés dans le premier volet de notre enquête sont vendus en librairie précisément parce qu’ils se sont débarrassés de leur connotation trop populaire, et parce que désormais, ce sont des œuvres d’auteurs (Will Eisner, Art Spiegelman, Frank Miller, Alan Moore...) et non la perpétuation quasi anonyme de personnages à vocation distractive.

Cette différenciation vise précisément un public adulte. Watchmen ou Sandman sont lus par des lecteurs qui saluent l’inventivité, la pertinence, l’originalité de ce qui est raconté. On les imagine difficilement tenir le même discours sur les fascicules souples achetés en kiosque, quand bien même c’est la même histoire qui est racontée. Le biais d’appréciation intervient lorsque l’on tient en mains un bel ouvrage rigide.

Le roman graphique est-il l'évolution gentrifiée de la BD ? (3/3)
Dans les années 1980/2000, la jonction entre le cinéma et le comics élargit considérablement son audience donnant l’illusion d’un art populaire.
Photo DR

Une "continuity" contrariée

Mais cette évolution de la forme qui permet l’entrée en librairie a un coût qui se ressent directement lors du passage en caisse. Un roman graphique coûte cher, plus cher qu’un fascicule de kiosque, même si, arithmétiquement, les "compiles" sont financièrement plus intéressantes que la somme des fascicules publiés et comportent des bonus comme des variant covers par exemple. Est-ce pour cela que la tendance montre que depuis la fin des années 1990 et les années 2000, les ventes de comics s’effondrent au profit notamment du roman graphique ?

Le phénomène est le même que chez nous lorsque la presse BD, basée sur l’obsolescence (en kiosque, la nouveauté chasse le numéro précédent) et une logique de flux, s’est trouvée concurrencée en permanence par une offre en librairie de plus en plus constante et abondante. La fameuse "continuity" des comics US qui s’employait à réinterpréter régulièrement les "origines" de leur superhéros -et qui trouvait là de quoi fidéliser sa clientèle- se trouvait contrariée par une offre alternative autorisant les achats intermittents.

Cinéma, Jeux vidéo et Internet

Le succès des comics à l’écran a longtemps caché le problème. Quant ils commencent à se multiplier à partir des années 1980, les Video Rental Stores ouvrirent leurs linéaires de VHS et de Betamax, de figurines et de jeux vidéo, aux comics. Logique : le public était souvent le même. Le comics apparaît comme une culture universelle partagée par toutes les classes populaires et sur tous les supports, le nec plus ultra de l’Entertainment. L’embellie dure une décennie et se prolonge avec l’arrivée des DVD.

Mais depuis des années 2000, une nouvelle forme de culture émerge, encore moins chère et encore plus universelle : Internet. La vidéo à la demande et le streaming sur le Net sonnent le glas de ce segment de marché qui avait permis un développement exponentiel des comics dans la décennie précédente. Le déclin commence.

Le marché du comics allant en décroissant, celui des romans graphiques augmente en importance. Spiegelman rafle un Pulitzer Prize en 1992, la version Penguin de Maus passe le cap du million d’exemplaires vendus.

Sophistiqués, les comics de l’éditeur Urban, maquettés par So Grafik à Nice, avec leurs préfaces savantes truffées d’inédits, incarnent le gentrification des comics.
Photo : So Grafik

L’irrépressible ascension des mangas

Cette chute des ventes de comics ne s’explique pas seulement que par l’arrivée d’Internet : la déferlante des animes nippons et des mangas a aussi joué son rôle, en particulier dans nos contrées. Le manga est devenu le produit culturel de base bon marché à destination des cours de récrés désertées depuis longtemps, à quelques exceptions près, par les comics et les BD de papa. Les enfants d’aujourd’hui connaissent par cœur les sorts de Naruto et les équipages de One Piece comme auparavant tous connaissaient les Green Lantern et les gadgets de Batman.

Cette "culture manga" s’est par ailleurs très bien connectée à la culture internet, bien plus que la BD franco-belge ou le comics : le scantrad permet à tous les amateurs non scrupuleux de lire les aventures de leurs héros favoris en ligne et en avant-première par rapport à la parution-papier, et la vague des anime d’abord à la TV puis sur les PC et les consoles a très largement contribué à porter cette tendance, et l’a même initiée. Car avant d’être lu, le manga était vu, merci le Club Dorothée !

En France, le même phénomène s’est produit : les millenials sont plus prompts à réciter les noms des personnages de Demon Slayer ou de Fairy Tail que les habitants du village d’Astérix. Et alors que le manga s’est installé bien confortablement dans les bibliothèques des bambins en lieu et place des traditionnels Boule et Bill, le roman graphique s’est lui ancré dans celles des parents.

Même les mangas s’y mettent, comme les oeuvres de Tezuka dans la collection "prestige" chez Tonkam/Delcourt. Les acheteurs ne sont pas des ados...
Photo : Tonkam / Delcourt

En devenant plus luxueuse et plus chère, la bande dessinée franco-belge s’est elle-même détournée de son public d’origine, et le manga s’est engouffré dans la brèche avec des prix défiants toute concurrence : 7€50 le dernier One Punch Man contre 10€ le dernier Astérix. Qui plus est, le format poche des mangas les destinaient d’emblée à la grande distribution, en plus de faire d’eux des objets "facile à trimballer" dans un cartable d’élève.

Et quand, dans le même temps, les classes les plus aisées trouvent plus valorisant d’acheter un Arabe du futur ou un Persepolis qu’un Gaston, on comprend d’où vient que les chiffres montrent le roman graphique et le manga en progression alors que la BD plus traditionnelle perd du terrain.

En trente ans, la gamme des romans graphiques s’est largement diversifiée, occupant une part significative des linéaires des librairies généralistes.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Seuls rescapés de ce phénomène : les monuments déjà ancrés dans la postérité, Astérix (dont le dernier volume a été de très loin le plus gros succès en librairie de 2019, devançant Guilaume Musso et Michel Houellebecq), Tintin, Les Schtroumpfs, Lucky Luke, Blake & Mortimer, Spirou... Un catalogue limité dont la propriété passe progressivement des auteurs aux éditeurs, constituant des marques propriétaires de grands groupes. Des marques devenues, comme les romans graphiques, l’apanage d’une culture gentrifiée.

La gentrification de la BD s’accompagne d’une représentation elle-même "gentrifiée", à l’image du très chic New Yorker, ici illustré par Adrian Tomine.
© The New Yorker, 2004.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
37 Messages :
  • "En devenant plus luxueuse et plus chère, la bande dessinée franco-belge s’est elle-même détournée de son public d’origine"

    Ou alors, parce que son public d’origine populaire et jeune s’est tourné vers d’autres divertissements (séries TV, jeux-vidéo…), la bande dessinée est devenue plus chère et plus luxueuse parce que son public reste celui des lecteurs : ceux qui fréquentent les librairies et pas seulement les supermarchés. Son public a aussi vieilli : le lectorat qui a continué de lire et acheter des bandes dessinées après l’adolescence et qui a un pouvoir d’achat d’adulte plus fort que celui du gamin avec son argent de poche.

    Encore une fois, le terme "gentrification" ne me semble pas adapté pour décrire l’évolution du marché de la bande dessinée. "Gentrification", c’est seulement pour l’urbanisme.

    Répondre à ce message

  • Reste un problème de fond dans ce marasme du livre, les auteurs aux Japons ou aux USA, vivent-ils mieux que les auteurs Européens ? Peut-on continuer à vouloir conquérir des segments (ou niches commerciales) sans payer le prix juste du temps de la création ? Si la marchandisation de la matière grise au plus bas devient la variable d’ajustement, les auteurs ont du soucis à se faire. Et la crise sanitaire mondiale n’arrangera rien.

    Répondre à ce message

  • Cette troisième partie est éclairante mais elle fausse le débat en disant que la progression des romans graphiques fait baisser les ventes des 46CC( je schématise). Parce que il me semble que ce serait compréhensible si les acheteurs se détournaient des uns pour aller vers les autres, ce qui n’est pas le cas.

    Pour de nombreuses raisons culturelles et sociologiques, on vend moins de tel héros humoristique installé depuis 20 ou même 40 ans. Dans le même temps on vend plus de romans graphiques. Mais il faut bien voir que tous ces romans graphiques sont pour la plupart vendus à quelques milliers d’exemplaires, il ya peu de best-sellers et une myriade de bouquins tirés à 1000 ou 2000 exemplaires.

    La gentrification si on veut utiliser le mot est évoquée ici. C’est la conquête d’un public "intello" qui a changé la donne et qui a transformé certaines librairies ( ou qui les a obligées à s’agrandir). Le livre BD, le roman en BD a attiré de nouveaux lecteurs ; acheter des histoires humaines, des morceaux d’histoire, des biopics ou des oeuvres graphiques novatrices est devenu une façon de consommer la BD nouvelle. Un autre phénomène a accompagné ce "glissement". Les médias. Tous les journalistes ont soudain préféré parler des drames humains en BD que des gros nez sympas et des histoires policières soudainement devenues académiques. Les auteurs les autrices sont devenues des personnes avec une philosophie à défendre, une idéologie n’ayons pas peur de mots. Et la plupart de tous ces romans graphiques ont bien une idéologie commune , ça mériterait une étude, justement parce que leur public est relativement uniforme .

    Si internet a eu une influence c’est aussi celle de pousser ceux qui font des livres à faire des beaux livres. Des livres bien plus beaux que le livre standard. Et le roman graphique a cette aura. Certains peuvent s’en moquer pourtant c’est une simple façon de raconter et un certain genre de sujet, rien d’autre.

    L’idée d’associer roman graphique à marketing me pose question. Comme si le marketing était le diable. Evidemment qu’il y a utilité de bien situer le produit mais ni plus ni moins que n’importe quel autre . Ceux qui n’aiment pas les romans graphiques, pour plein de raisons, ont vite fait de penser alors que ce n’est qu’une arnaque. Pour ma part un pavé de 300 ou 400 pages ( évidemment il n’y a pas 20 cases par page hyper détaillées) qui coûte 20 ou 25 euros ça me choque pas trop. On pourrait se poser la question de la littérature avec des bouquins qui coûtent 20 euros et qui sont des photocopies, enfin je veux dire , l’impression d’un roman coûte bien moins cher que celle d’une BD. BD qui parfois s’appelle roman graphique .

    Répondre à ce message

    • Répondu le 4 mai à  13:26 :

      Qui va encore acheter du roman-graphique ou de la BD après le 11 mai en y mettant le prix ? Les classes aisées, qui vont aussi absorber les plus de 5000 titres qui paraissent chaque année ? Le taux chômage va exploser et la récession mondiale sera très dure. Le covid-19 est en train de rebattre toutes les cartes. Ce n’est pas un problème de sémantique qui attend l’industrie du livre, mais la façon dont elle va devoir se ré-inventer pour survivre à l’épidémie. La maison brûle et on regarde ailleurs. Ce n’est pas avec une poignée d’auteurs médiatiques et d’albums luxueux qu’on va sauver la mise.

      Répondre à ce message

  • Juste en mode pinaillage, les trade paperbacks sont bien à couverture souple et sortent en premier. Suit généralement une édition à couverture rigide, dénommée logiquement hardcover. Laquelle vaut plus cher et propose des bonus supplémentaires. Marketing, quand tu nous tiens !

    Répondre à ce message

    • Répondu le 6 mai à  06:46 :

      Sur le plan visibilité, le roman-graphique est une bonne opération pour les éditeurs : une plus grande audience auprès des médias et des magazines en dehors de l’éternelle messe du festival d’Angoulême, et surtout, une reconnaissance du monde littéraire qui a toujours considéré la BD comme un sous-genre. Des intéractions élitistes qui risque d’enfermer les autres catégories de la BD dans un ghetto, car considérées comme trop populaire.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 6 mai à  07:58 :

        Le roman-graphique, c’est la bien-pensance !

        Répondre à ce message

        • Répondu par kyle william le 6 mai à  10:32 :

          Celle-là, fallait s’y attendre.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 6 mai à  12:15 :

            Parce que c’est l’évidence même.
            Le roman graphique n’est pas ce qu’il faut faire pour faire œuvre mais ce qu’il faut faire pour faire bien.
            Le roman graphique, c’est pour les bobos par les bobos.
            Démontrez-moi le contraire !

            Répondre à ce message

            • Répondu par kyle william le 6 mai à  13:31 :

              Les mots bobo et bien- pensants sont tellement usés qu’ils ont perdu leur sens. Rappelons qu’à l’origine, le bobo est une personne aisée qui vote à gauche. Si le roman graphique, du fait de son prix de vente, s’adresse aux gens aisés, il n’est généralement pas dessiné ni écrit par des gens aisés.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 6 mai à  19:41 :

                Quel puritain vous faites !

                Répondre à ce message

              • Répondu par Ponzone le 12 mai à  13:59 :

                Quel gros cliché… Il y a déjà un bohème bourgeois dans un roman de Frédéric Dard des années 50 : un patron d’agence de publicité située aux Champs Elysées de mémoire : il ne devait pas voter à gauche !

                Répondre à ce message

                • Répondu le 13 mai à  14:00 :

                  Comme s’il suffisait de se croire de gauche pour être du côté du bien.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par kyle william le 13 mai à  17:37 :

                    C’est la droite qui taxe la gauche de bien-pensante en général. Mais le bien et le mal ont à voir avec la morale, pas avec la politique.

                    Répondre à ce message

                    • Répondu le 14 mai à  10:11 :

                      La bien-pensance c’est de la politique puisque c’est de dire ce qu’ils faut dire pas de penser juste. La bien-pensance, c’est l’hypocrisie, tout simplement et elle s’exprime aussi bien à droite qu’à gauche.
                      Le roman graphique, c’est de la bande dessinée mais dit hypocritement pour faire bien.

                      Répondre à ce message

            • Répondu le 6 mai à  14:09 :

              Les autres genres de la bd ne sont pas non plus exempts d’albums qui ne la valorisent pas, et le roman-graphique, de par sa diversité hétéroclite, souligne un autre fait dont personne ne parle : la sélection des projets par les comités de lecture. N’y a t-il pas aussi de ce côté là, toute une logique professionnelle à revoir ? Il serait peut-être bon que les personnes dévolues à cette tâche passe quelques jours de formation en dessin, en scénario, en colorisation, en typographie, pour voir de l’intérieur ce que le travail de création implique comme effort de maîtrise. Si la bd est un vrai métier, alors il va bien falloir un jour ou l’autre resserré le canevas du tamis. On a l’impression depuis des années que tout est publiable, du moment que les ventes couvrent les frais d’impression. On fait un coup commercial et on passe à autre chose. Personne n’embaucherait un boulanger qui carbonise sa fournée, ou un maçon qui monte des murs de travers... la bd est une activité légère qui mérite plus de sérieux.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 6 mai à  19:40 :

                Vous venez de démontrer qu’auteur n’est pas un métier. La liberté d’expression n’est pas un métier. Tout le monde a le droit de publier et par conséquent d’être auteur d’un livre. Qu’il soit bon ou mauvais n’est pas un critère, le critère est qu’il trouve son public.

                Répondre à ce message

                • Répondu le 7 mai à  06:05 :

                  Vous m’avez mal compris, "Auteur", c’est un métier. Il existe des formations pour devenir scénariste, dessinateur ou coloriste de BD. Il n’y a pas de formation pour être "comité de lecture". Le roman-graphique a eu deux effet ; un prix plus élevé de l’ouvrage et l’installation du forfait, appauvrissant encore plus les auteurs. Lire l’article du dernier Casemate sur Laurel. Elle donne des chiffres très précis sur la pratique du roman-graphique.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu le 7 mai à  07:36 :

                    Auteur n’est pas un métier. Si je suis cuisinier et que je suis l’auteur d’un livre sur ma vie, je suis auteur… et pourtant, mon métier, c’est cuisinier.
                    On est auteur de tel ouvrage ou tel film ou telle chanson… C’est le fait que l’œuvre soit publiée qui détermine qu’on (en) est (l’)auteur.
                    On n’apprend pas à être auteur dans une école. C’est faux. On apprend des techniques inventées par d’autres mais l’auteur et l’artiste inventent leurs propres techniques et codes. Techniques et codes qui peuvent servir de références mais qui ne sont pas à appliquer à la la lettre. C’est le talent potentiel qui fait qu’on sera auteur ou artiste.
                    Il n’y a pas de formation pour être comité de lecture mais il y a des formations pour être éditeur et producteur. Le comité de lecture incarne la politique éditoriale d’une maison. Libre à la direction de cette maison de le composer comme bon lui semble. Il n’y a pas de formation non plus pour être juré au tribunal. À part savoir lire, il n’y a pas besoin de formation supplémentaire pour être lecteur. L’intérêt d’un comité, c’est d’être collégial, d’avoir différents points de vue sur une œuvre proposée par un "auteur", d’être un panel du public potentiel d’un ouvrage. Si le comité de lecture refuse votre ouvrage, tant mieux, il n’est pas fait pour cette maison et y serait très mal défendu. Il est préférable d’essayer ailleurs. Et si votre manuscrit est refusé partout, alors, ou bien vous êtes un génie que le monde entier ignore et c’es triste pour l’avenir de l’humanité et pour votre carrière d’auteur tant rêvée, ou bien c’est parce que cet ouvrage n’a aucun intérêt ou est mauvais, ou encore, parce que la maison qui pourrait le publier n’existe pas et le mieux serait de la créer ou d’attendre qu’elle soit créée par d’autres.
                    Le mieux pour parvenir à vivre de ses œuvres est de travailler infiniment plus que la moyenne de la population et surtout sans se plaindre.

                    Répondre à ce message

                    • Répondu le 7 mai à  11:24 :

                      Je vais vous aider à décoller les pages de votre dictionnaire des « lieux communs ». Tant mieux pour vous si vous êtes un cuisinier dont on a publié le livre. Dès demain, je peux aussi monter mon propre restaurant et faire ma tambouille sans aucune formation. Pas sur que l’estomac de mes clients soit à la fête et que cela fasse de moi un cuisinier. Les élèves des beaux-arts ou des Gobelins seront contents d’apprendre qu’ils ne font pas un métier. Même si l’on apprend des techniques initiés par d’autres, comme dans la cuisine, « auteur » est un vrai métier à temps plein, que cela rapporte ou non, et rien ne vous empêche de faire le cuisto à côté pour mettre du beurre dans vos épinards. Vous mélangez tout en matière de comité de lecture. Les grilles d’appréciations du littéraire ne sont pas celles de la BD, même si il y a un scénario. Faire des romans et faire de la BD, sont deux choses différentes. Même si certains réussissent à faire les deux. Rien ne vous empêche d’être cuisinier et rémouleur de couteaux, vous ferez des économies. Si vous imaginez que les comités de lecture sont un « panel du public potentiel d’un ouvrage », il va falloir sortir du XIXe siècle. C’est beaucoup plus complexe qu’une simple lecture de projets et si il n’y a une solide formation artistique derrière ou une parfaite connaissance du métier, d’où la formation, je plains l’auteur qui verrait son projet jugé par une collégiale de cuisiniers. À vous lire, les auteurs de BD ne sont que sont que des « râleurs fainéants ». Les principaux intéressés apprécieront. Que connaissez-vous des arcanes des éditeurs, ce que la presse vous en rapporte ? Et quant bien même vous êtes auteur ou vous en connaissez, chaque personne à sa propre histoire et on ne peut pas en faire une généralité. Quant au talent, il n’est rien sans la maîtrise de la technique, sauf une affreuse manie.

                      Répondre à ce message

                      • Répondu le 7 mai à  12:51 :

                        " Dès demain, je peux aussi monter mon propre restaurant et faire ma tambouille sans aucune formation."

                        Ben non. Vous pouvez ouvrir un restaurant mais vous devrez engager un cuisinier diplômé pour nourrir vos clients.

                        Auteur n’est pas un métier. Que ça vous plaise ou non. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est si complexe de trouver un statut à ceux qui exercent pleinement une telle activité. Je ne dis pas que ce n’est pas énormément de travail mais ce n’est ni un métier, ni une profession. Si vous commencez à professionnaliser l’activité d’auteur, vous allez avoir un sacré problème avec le concept de liberté d’expression. Vous allez décider que seuls les auteurs professionnels ont le droit de s’exprimer en publiant des ouvrages ou en écrivant des œuvres audiovisuelles ou de Théâtre ?
                        Quels critère pour décider de cela ?
                        Des diplômes ? Interdiction d’être autodidacte ?
                        Il dit quoi le Rapport Racine ?
                        Qu’est-ce qu’on en a retenu ? Rien de concret, ni fromage, ni jambon de Robinson dans sa cale. Des paroles en l’air !
                        En fait, auteur devient un métier par la force des choses mais vous n’avez pas besoin d’un diplôme pour l’exercer ni d’avoir été formé dans une école. Vous arrivez avec votre talent et un éditeur décide de vous publier et des lecteurs ont du plaisir à vous lire.
                        C’est un statut "à-part" et c’est bien là le problème. Dans un monde de plus en plus rigide et qui sédentarise les cervelles, l’auteur est devenu un nomade. Il n’a pas sa place, il dérange. Il n’est pas vraiment salarié, pas vraiment propriétaire, pas vraiment indépendant. Sur les formulaires administratifs, il doit généralement cocher "autre". C’est à la fois navrant et une liberté.
                        On est auteur d’une œuvre existante mais avant qu’elle le soit, on n’est auteur de rien. Vous ne vous levez pas le matin en vos disant "de quoi vais-je être l’auteur aujourd’hui ?".
                        Ce n’est pas le temps de travail qui détermine l’auteur mais l’œuvre existante. D’ailleurs, l’avance sur droits rémunère un résultat futur, jamais l’activité pour la produire.
                        Essayez de changer de paradigme au lieu de me répondre sottement. Votre logique, je la connais par cœur. Elle m’épuise parce qu’elle est bancale et philosophiquement et étymologiquement.
                        Cuisinier est un métier mais être un Grand Cuisinier, c’est un travail d’artiste.

                        Répondre à ce message

                        • Répondu le 7 mai à  13:18 :

                          Cela se voit que vous n’avez jamais travailler dans la restauration. Ni dans la BD, d’ailleurs.

                          Répondre à ce message

                          • Répondu le 8 mai à  16:17 :

                            Ça se sent que vous êtes perspicace. Une sorte de Sherlock Holmes, n’est-ce pas ?

                            Répondre à ce message

                            • Répondu le 12 mai à  19:49 :

                              Aussi perspicace que le niveau de votre analyse, c’est dire :
                              "Le mieux pour parvenir à vivre de ses œuvres est de travailler infiniment plus que la moyenne de la population et surtout sans se plaindre."

                              Répondre à ce message

                        • Répondu le 8 mai à  05:27 :

                          Le précédent intervenant à raison, auteur c’est un métier. Votre exemple du cuisinier est un mauvais exemple, puisqu’il y a de nombreuses dérives dans cette profession, comme la pratique très répandue du sachet que l’on découpe et que l’on réchauffe en faisant passer ça pour de la cuisine maison. Et pour qu’il y est talent, il faut bien des normes professionnelles pour le déterminer. Les éditeurs ne sont pas des philanthropes qui signent aveuglément les candidatures qu’ils reçoivent. Autodidacte n’a jamais empêché de travailler, qu’elle que soit la profession, mais ça n’est pas un métier.

                          Répondre à ce message

                          • Répondu le 8 mai à  10:13 :

                            Auteur n’est pas un métier et il ne faut pas que ça le devienne parce que les professionnels de la profession, il n’y a rien de pire !

                            Répondre à ce message

                            • Répondu le 9 mai à  06:30 :

                              Il n’y a que vous qui n’êtes pas au courant que c’est déjà le cas.

                              Répondre à ce message

                              • Répondu le 9 mai à  07:16 :

                                Il existe au niveau du Pôle Emploi une cause "auteur" lors de l’inscription. Toute industrie, celle du livre, génère des métiers, celui d’auteur.

                                Répondre à ce message

                                • Répondu le 9 mai à  09:35 :

                                  Et que faites-vous du pôle emploi artistique, qui couvre de nombreuses professions dans ces domaines, comme les intermittents du spectacle ? On peut s’y inscrire en tant qu’auteur, dans la catégorie métier. C’est donc bien un métier pour le pôle emploi.

                                  Répondre à ce message

                                  • Répondu le 9 mai à  12:23 :

                                    Les auteurs ne sont pas intermittents du spectacle. Les auteurs ne cotisent pas pour le chômage. Vous pouvez indiquer "auteur" si ça vous amuse sur un formulaire de Pôle Emploi mais je vous rassure, Pôle Emploi ne vous trouvera jamais un "emploi" d’auteur.
                                    Vous racontez vraiment n’importe quoi !

                                    Répondre à ce message

                                    • Répondu le 10 mai à  08:35 :

                                      Pour s’y inscrire il faut avoir un métier. Pour "auteur" Il le valide. Il ne vous trouverons pas de travail et vous n’aurez pas le chômage. Mais ça c’est un autre débat.

                                      Répondre à ce message