Le service 1960-1968, T1 - Par Djian, Legrand et Paillou - Emmanuel Proust

15 octobre 2011 1 commentaire
  • En suivant les missions très particulières d'un homme de main d'une étrange police secrète, cette histoire nous renvoie une image inédite de la France des années 1960.

Magouilles, coups tordus et basses œuvres… Dès ses origines la cinquième république connut son lot d’affaires obscures et de scandales. Déçus du gaullisme, nostalgiques du temps des colonies ou militaires égarés, nombreux furent ceux qui à l’aube des années 1960 finirent par confondre défense de la Patrie et manœuvres musclées au service de politiciens peu scrupuleux sur les méthodes et les moyens.

Paul Galland fait partie de ces hommes désillusionnés, aigris, un brin cyniques, tout juste sortis de ces « drôles de guerre » d’Indochine ou d’Algérie qui se sont soldées par des déroutes. Certains de ces soldats perdus vont se retrouver au service d’officines clandestines proches du pouvoir politique chargés de "régler certaines affaires délicates".

Recruté par son ancien lieutenant en Algérie, Galland va devoir éliminer certains opposants jugés particulièrement dangereux : militants d’extrême gauche, étudiants turbulents ou opposants trop virulents... Tout cela à quelques mois des événements de 1968.

Taciturne, solitaire et sans état d’âme, Galland saura mettre à profit son savoir-faire acquis lors de ses missions dans les colonies françaises : filatures, tortures et exécutions sommaires.

Ceux qu’on désignait alors comme « l’ennemi intérieur » ou l’ « anti-France » (bien avant les interprétations « gotlibesques » de Super-Dupont) constituent les cibles privilégiées de ces mercenaires mandatés par les hommes de l’ombre familiers des ministères et des hautes sphères du pouvoir. Un escadron de la mort à la française en quelque sorte...

Le service 1960-1968, T1 - Par Djian, Legrand et Paillou - Emmanuel Proust

Avec « Le Service », les éditions Proust nous proposent une série policière très politique, « engagée », dont l’audace force le respect et suscitera l’intérêt de tous ceux que ces questions passionnent. Malgré quelques maladresses ou invraisemblances que ne manqueront pas de relever certains lecteurs, ce récit de fiction tendu, rivé à une chronologie précise, fascine par la maîtrise de son sujet.
Nul doute qu’à l’heure des scandales et des règlements de compte politiques du moment cette bande dessinée tombe à pic et ne laissera pas indifférents les lecteurs qui ont suivi l’actualité récente.

De nouveau associés pour réaliser le scénario de cette histoire, Jean Blaise Djian et Olivier Legrand parviennent à produire un récit solide, haletant et manifestement bien documenté qui, par le truchement de la fiction, renvoie à des faits connus. L’humeur de ces années 1960 sur fond de terrorisme d’état et de chasse aux sorcières est restituée de manière crédible.

Le dessinateur Alain Paillou parvient à rendre cette atmosphère très convaincante grâce à un trait classique mais grande lisibilité et d’une belle et efficacité.

Cette série programmée en quatre épisodes nous invite donc à revisiter la part d’ombre de la cinquième république de 1960 aux années 1990.

Si le thème des hommes de l’ombre a parfois été abordé (souvent timidement) au cinéma ou à la télévision, la tentative audacieuse des éditions Proust n’en est que plus remarquable.

(par Patrice Gentilhomme)

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© Illustrations Éditions Emmanuel Proust

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