Lefranc T18 : La momie bleue – Par P. Weber et F. Carin – Ed. Casterman

5 juin 2007 0 commentaire
  • La nouveauté de ce volume est l’arrivée au scénario de {{Patrick Weber}}, un romancier belge, historien de l’art, connu pour ses polars historiques. L’intrigue s’en ressent : mieux construite et en tout cas appuyée sur une documentation spécialement signalée.

Tous les canons du récit martinien sont là : le décor historique, une intrigue classique justifiée par un fait scientifique qui défraie depuis peu l’actualité, l’aventurier propre sur lui flanqué d’un jeune comparse, et enfin Axel Borg dans le rôle éternel du tourmenteur à la barbe méphistophélique. Dans cet épisode en particulier, les auteurs louchent également du côté de l’une des influences majeures de Martin, le Jacobs de La grande pyramide.

Cela posé, Patrick Weber et Jacques Martin ne manquent pas d’insérer leur récit dans un cadre contemporain, histoire de reconstruire sa crédibilité : on y parle de clonage, des conflits internationaux aujourd’hui radicalisés par le terrorisme islamiste ; ses personnages utilisent le portable, l’Internet, communiquent aux médias, et l’on y voit même des cléricaux de tous bords s’organiser dans une internationale pour gérer le problème éthique que pose la question de la résurrection « scientifique » d’une momie, car tel est l’enjeu de cet album.

Malgré les efforts de crédibilisation du propos, le lecteur ne marche pas cinq minutes dans la combine : Jeanjean est renvoyé à ses études au bout de quelques pages, et l’on sent bien qu’il s’agit d’escamoter proprement un personnage encombrant. Il est remplacé par une jeune guide locale qui en sait évidemment plus que ce qu’elle veut bien dire et dont on devine les intentions dès son apparition. Louxor est truffé d’agents secrets aussi caricaturaux qu’involontairement ridicules, les auteurs préférant porter leur ironie sur un private joke martinien (la jeune guide porte « une eau d’alix », jeu de mot avec « odalisque » ?) que dans une description parodique de ce nid d’espions comme l’avait si bien réussi OSS 117.

On y décèle même quelques incohérences comme cette organisation « secrète » de religieux, une sorte d’Opus Dei œcuménique qui allie curés, rabbins, popes et pasteurs et qui, même si elle est appuyée sur une observation assez fine (dans l’Affaire des caricatures danoises, toutes les religions du Livre s’étaient réunies pour les condamner), devient immédiatement ridicule dès l’instant où elle jette aux orties sa nature secrète pour organiser une absurde conférence de presse sous la haute autorité de l’O.N.U.

Quant au dessin de Francis Carin, il est parfaitement à la hauteur en ce qui concerne les décors (signalons au passage une mise en couleurs parfaite), mais toujours aussi faible en ce qui concerne les personnages, en particulier quand il dessine au cordeau le profil de Lefranc (par exemple pl. 17, case 7 ou pl. 20, case 8), ou quand il aborde le traitement des vêtements. La relecture des albums de Jacobs lui donnerait quelques trucs de dessin pour résoudre ces problèmes. Aucune honte à cela : après tout, son mentor n’avait pas fait autrement.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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