Legio Patria Nostra : 1. Le Tambour – Par Boidin et Yerlès – Ed. Glénat

27 novembre 2019 0 commentaire
  • Une série naissante qui nous emmène dans un monde de violence, de guerre et d’héroïsme en nous contant l’histoire d’un jeune garçon, Casimir, qui va choisir comme famille la Légion étrangère ! Un livre à découvrir, en même temps que l’interview de ses auteurs, dans cette chronique…

Tout commence à Lyon. Casimir, adolescent, défend sa mère en tuant son souteneur. Un geste grave qui le laisse totalement désemparé, rejeté par celle qu’il a pourtant sauvée, un crime qui ne peut que l’emmener vers l’échafaud qui, en ce milieu de dix-neuvième siècle, fonctionne sans répit.

Legio Patria Nostra : 1. Le Tambour – Par Boidin et Yerlès – Ed. Glénat

Commence alors pour ce gamin des rues une épopée qui le fera mûrir très vite, trop vite sans doute, de rencontre en rencontre, d’amitié en trahison, de rêve en réalité insoutenable. Une épopée qui, de fuite en fuite, va l’emmener jusqu’à Marseille, et de là en Algérie, dans les rangs militaires de la Légion étrangère. Une fuite qui va sans doute faire de lui un homme, peut-être même un héros comme le laissent deviner les premières pages de ce livre.

Parler d’héroïsme, aujourd’hui, cela peut paraître étrange… D’autres mots en « isme » ont remplacé depuis des années et des années ce vocable devenu plus que désuet ! L’idéalisme laisse la place à l’idéologie et l’héroïsme au terrorisme…

Mais les auteurs de cette série évitent cet écueil passéiste en réussissant, tout simplement, à construire un récit à hauteur d’homme, à hauteur des différents personnages qui rythment et construisent la narration. Sans oublier, cependant, de prendre l’Histoire majuscule comme trame de fond…

Nous nous trouvons en présence, ici, d’une BD résolument « classique », avec des sentiments et des émotions directs, immédiats. Une BD qui assume, d’ailleurs, pleinement cette influence évidente de ce que furent, il y a deux siècles, les « feuilletons » dans les journaux, de ce que furent les envoûtements patriotiques qu’on n’appelait pas encore des élans nationalistes.

L’aventure, les aventures plutôt que nous racontent Jean-André Yerlès et Marc-Antoine Boidin sont certes épiques. Elles sont aussi volontairement plus romantiques que romanesques ! Ce qui pousse le dessinateur, Marc-Antoine Boidin, à privilégier l’ambiance plutôt qu’à respecter une stricte vérité historique. Avec, à la clé, l’erreur de placer en pleine Marseille des tramways une bonne dizaine d’années avant qu’ils ne fussent créés !

Cette première partie d’une série qui devrait compter cinq albums prend le temps de mettre en place les différents personnages de ce qui sera une saga, on le sent, on le devine. Une saga violente, sanglante, déshumanisante aussi, sans doute, dans une société colonialiste avide de profits et de pouvoir. Ce premier album dresse aussi le portrait d’une époque, un portrait tantôt historique, tantôt sociologique, par petites touches, sans insistance qui nuirait à la fluidité du récit.

C’est par le petit bout de la lorgnette que les auteurs se plongent, et nous plongent à leur suite, dans une réalité à la fois disparue et à la fois exaltante ! En utilisant tous les codes propres à ce genre de BD, c’est à dire en mêlant à l’histoire racontée un peu de polar, beaucoup de violence, quelques traînées de sang, des sentiments extrêmes et extrêmement pesants, ils érigent une sorte de tragédie à la grecque, dans laquelle le chœur change sans arrêt de personnalité.

Pour que tout cela tienne la distance, pour que le déroulé du récit soit attachant de bout en bout, il fallait, bien sûr, un scénario solide. Mais il fallait aussi un dessin somptueux. Marc-Antoine Boidin a travaillé sur les « Sambre » avec Yslaire, et il y a appris, sans aucun doute, à maîtriser les émotions et les sentiments dessinés. Mais son dessin, ici, a évolué, il revendique d’autres influences qui font de son graphisme quelque chose qui lui devient véritablement personnel. Son approche des visages, par exemple, et des mouvements, est remarquable, tout comme l’intensité lumineuse de ses couleurs.

Je ne suis pas convaincu qu’il faille aujourd’hui faire de l’héroïsme le centre névralgique d’une BD, d’un roman, ou d’un film… Mais force m’est de reconnaître que, selon l’expression consacrée, la sauce prend parfaitement dans cet album, et que, la dernière page tournée, on ne peut qu’attendre avec une certaine impatience, d’en découvrir la suite !

(par Jacques Schraûwen)

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Legio Patria Nostra – Par Boidin et Yerlès – Glénat – 64 pages – sortie octobre 2019

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