"Legion" : une autre manière d’adapter les X-Men à l’écran

15 août 2020 3 commentaires
  • Dans une industrie du cinéma et des séries saturées par les adaptations de comics, un certain sentiment de lassitude peut s'emparer du spectateur mal avisé. C'est vrai, après douze ans de Marvel Cinematic Universe, que peut-il bien rester à raconter sur les justiciers ? Et alors qu'on est sur le point d'abandonner et de tourner le dos aux super-héros arrive comme une bombe la série "Legion", pour nous rappeler qu'il est toujours possible de révolutionner le genre. Alors "buckle up, guys !", préparez-vous à suivre le lapin blanc dans le profond terrier de la folie...

Assez peu connu du grand public, David Haller est Legion. Fils de Charles Xavier, ce mutant est, virtuellement, l’être le plus puissant de l’univers. Télépathe aux pouvoirs sans limite, il peut transformer la réalité, lire l’esprit des hommes et les manipuler. Mais ces pouvoirs sont-ils bien réels ou ne sont-ils que la manifestation de sa schizophrénie ? Torturé par cette question, il vit en léthargie à l’hôpital psychiatrique de Clockwrok, assommé par les antalgiques pour faire taire les incessantes voix dans sa tête et ne plus risquer de blesser qui que ce soit, à commencer par lui-même.

Il finit par y croiser la route de Sydney, une mutante ignorant tout de sa condition et se pensant elle aussi malade à cause de ses pouvoirs. Fuyant ensemble une obscure unité de l’armée américaine chargée de traquer et d’éliminer les méta-humains, ils se cachent à Summerland, une oasis pour mutants dysfonctionnels aux pouvoirs trop dangereux pour eux ou pour les autres. Là, David peut se concentrer sur le développement et la maîtrise de ses pouvoirs, mais aussi et surtout préparer son combat contre le plus menaçant des adversaires : lui-même.

"Legion" : une autre manière d'adapter les X-Men à l'écran
L’une des scènes fortes de la série : David en pleine crise psychologique et télékinésique.
© FX Studios / Marvel Television.

Bien que l’on soit dans une adaptation d’un comics X-Men, exit la X-Force des films de Bryan Singer composée de héros flamboyants en costume et aux grands idéaux : les mutants auxquels on a affaire dans Legion sont dangereux, torturés et sans espoir. Préférant la réflexion à l’action, l’introspection au conflit, la série aborde l’enjeu du pouvoir, du surhomme et du héros d’une manière très inédite dans le genre, sans cape ni Spandex mais à grand renfort de dialogues acérés et de thèses métaphysiques.

Un trait d’originalité qui se manifeste aussi par l’incroyable inventivité visuelle dont font preuve les réalisateurs. Abusant de filtres, de distorsion et d’effets allant même piocher dans le cinéma d’animation, l’identité visuelle de la série est unique, et s’apparente parfois à un trip sous psychotropes que David Lynch lui-même ne renierait pas.

© FX Studios / Marvel Television.

Il est, en outre, très intéressant de centrer le récit sur des personnages atteints de maladies mentales sans les présenter comme des victimes à plaindre, ni en les rendant "sexy" par leur maladie. La façon traditionnelle de mettre en scène les afflictions mentales par Hollywood est depuis quelques années contestée par des organismes qui accusent l’industrie de former dans l’esprit des spectateurs de fausses constructions sur la nature de certaines maladies mentales. Legion parvient à avoir sur le sujet un regard moins normé, peut-être plus proche de la réalité.

La manière de raconter l’histoire est elle aussi très décalée des canons du genre. Les showrunners font tout pour perdre le spectateur en accumulant les ramifications, retours en arrières, ellipses ou séquences-fleuves, en jouant sur la temporalité et la géographie, alternant les passages dans le "vrai monde" et ceux dans les palais mentaux des protagonistes. Et si au final tout fait sens, il est nécessaire d’aborder l’intrigue dans sa globalité : jusqu’au dernier épisode de la dernière saison, on ne comprend pas tout, loin de là, mais une fois les dernières clefs en main, tout devient limpide.

Ce manque de clarté qui caractérise la série est d’ailleurs peut-être ce qui, à force, peut finir par lasser : dans la première saison, on est bluffé par cette inventivité tant graphique que narrative, mais dans la saison deux puis trois, on a parfois l’impression que les scénaristes tentent "à tout prix" de réitérer l’exploit en étant encore plus fous, encore moins linéaires, encore moins lisibles. Une surenchère qui ne gâche pas vraiment la qualité de la série mais qui va assurément en perdre certains en cours de route...

© FX Studios / Marvel Television.

Le travail des acteurs, enfin, est remarquable. Dan Stevens, dans le rôle principal, livre une performance de haut vol, naviguant entre les émotions et rendant son personnage très attachant. De même pour Rachel Keller qui incarne Syd et qui brille tout au long de la série, et Aubrey Plaza en Lenny Busker, fascinante. Il est surtout passionnant de suivre les évolutions des personnages qui, au fil de la série, passent du tout au tout, campés par des acteurs qui, sans exception, se donnent corps et âmes à leur rôle.

Quoiqu’il en soit, les trois saisons de Legion sont une vraie expérience qu’il vaut la peine de tenter, ne serait-ce que pour son originalité vis à vis des autres adaptations de comics. On est très loin de la débauche d’actions caractéristiques du genre, mais il est rafraîchissant de voir une autre manière d’aborder le genre super-héroïque. Et au pire, que risque-t-on, à part un brin de folie ?

(par Jaime Bonkowski de Passos)

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"Legion" - Série TV de Noah Hawley crée en 2017 - 3 saisons - 27 épisodes - produit par FX Studios et Marvel Television - disponible en France sur OCS Max.

 
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3 Messages :
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    • Répondu par Jaime Bonkowski de Passos le 16 août à  12:25 :

      Bonjour,

      La série est disponible sur OCS Max et sur Orange VOD.

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  • Bonjour,
    Merci pour le coup de projecteur. L’article donne envie de voir cette série.
    Je n’ai pas suivi les sorties cinématographique de Marvel parce que la débauche d’effets spéciaux ne m’intéressait pas. Mais cet angle d’approche plus le format "série", ça me plaît. Et si en plus c’est bien réalisé et bien joué...

    Merci également de relever comment les films à grosse production massacrent le travail de sensibilisation à la maladie mentale. Les association et les organismes de santé font ce qu’elles peuvent, mais Hollywood n’aide pas. Comme vous dites, les films peuvent faire dans le message de commisération ou bien dans la "maladie fun", avec au milieu les "freaks" et tous les clichés sur les personnes soufrant de schizophrénie ou de dépression.
    C’est Joaquin Phoenix et son interprétation d’Arthur Fleck dans "Joker" qui m’a convaincu que le cinéma actuel pouvait mettre en scène la maladie mentale sans complaisance le côté "sexy". Todd Phillips filme des scènes de bouffées délirante fortes mais sans faire dans cinéma d’exhibition.
    Je ne dis pas qu’il faut faire des œuvres engagées, mais plutôt que les réalisateurs mesurent ce qu’ils véhiculent dans leurs films.

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