Léonard Chemineau ("Les Amis de Pancho Villa") : « J’ai tenu a apporter graphiquement tout ce que je connaissais de la culture sud-américaine. »

23 mai 2012 0 commentaire
  • Pour son premier essai en BD, Léonard Chemineau a choisi d’adapter le roman de l’américain James Carlos Blake, "Les Amis de Pancho Villa". À mi-chemin entre le roman d’aventure et la chronique historique, cette nouvelle pièce de la collection Rivages/Casterman/Noir nous invite à (re-)découvrir en bande dessinée une période charnière de l’histoire du Mexique du début du 20e siècle, celle de la Révolution mexicaine. Rencontre.

Léonard Chemineau ("Les Amis de Pancho Villa") : « J'ai tenu a apporter graphiquement tout ce que je connaissais de la culture sud-américaine. »À l’origine, vous ne deviez pas réaliser cette histoire. Vous deviez même développer un projet personnel, si je ne me trompe pas ?

Jérôme Chemineau : Effectivement. À l’origine, j’avais dans mon book un projet d’adaptation d’un roman de Guillermo Arriaga intitulé : L’Escadron Guillotine. Ce projet n’a jamais vu le jour car aucun éditeur à qui je l’avais envoyé n’a été intéressé. Toutefois, je traitais déjà dans cette histoire de la Révolution mexicaine avec Pancho Villa. Lorsque Casterman a vu mon travail, il leur a semblé naturel de me proposer l’adaptation d’un roman de James Carlos Blake qu’ils avaient en projet et qui traitait exactement de la même période.

Votre traitement est pour le moins assez « rentre-dedans » car, jusqu’à présent, nous avons peu de représentations aussi réalistes de cette période.

JC : Tout à fait ! Disons que les westerns mexicains sont un peu les même que les westerns du genre de Blueberry mais en plus brutaux. Ce n’était pas des tendres ! C’est là que l’on se rend compte du niveau de connaissance de James Carlos Blake, qui est un historien américain d’origine mexicaine. Tout ce qu’il a mis dans son roman s’est réellement passé. Et puis, je pense que cela correspond à la réalité. Il n’y a pas de traitement particulier mais une conservation de ce qui s’est vraiment passé durant cette période. Une conservation que j’ai aussi voulu faire dans ma BD.

Parlez-nous du personnage principal de votre histoire.

JC : Rodolfo Fierro est le bras droit de Pancho Villa. On le surnomme « El Carnisero », le Boucher. Ça veut dire ce que ça veut dire ! C’est un homme sanguinaire, sans pitié, qui n’avait pas d’idéal avant sa rencontre avec Pancho Villa. C’est un bandit de grand chemin qui vit en pillant et en tuant. La révolution apparait à ses yeux comme un moyen de justifier ses méfaits et de les continuer surtout ! Mais, au fur et à mesure de l’album, il épouse les thèses de Pancho Villa bien qu’il se rende compte qu’il ne veut pas vivre dans un pays « civilisé » avec de l’ordre et des lois.

"Les Amis de Pancho Villa" par Léonard Chemineau d’après James Carlos Blake.
Collection Rivages / Casterman / Noir

Finalement, vous nous brossez des portraits de révolutionnaires qui sont plus bandits que justiciers. Les motivations de Fierro semble être les mêmes que celles de ses compagnons de lutte. La frontière entre le bien et le mal est mince, voire ténue.

JC : Oui, tout à fait. Il y a un personnage dans le livre qui a pour mode de vie la révolution. Ils ne savent faire que ça finalement !

Pourriez-vous nous en dire plus sur l’imagerie du squelette dans la culture mexicaine ?

JC : C’est une figure très présente dans la culture mexicaine. C’est Santa Muerte, Santísima Muerte, Doña Sebastiana ou encore Catrina. Des noms différents mais qui représentent tous la Mort. Elle est très présente pendant l’équivalent mexicain de la Toussaint. C’est une figure joyeuse car la culture mexicaine préfère rire de la mort que d’en avoir peur.

Ce personnage n’existe pas dans le roman de James Carlos Blake mais il est sous-jacent. Il vit vraiment avec les personnages du livre. Je trouvais cela rigolo de l’inclure dans mon histoire et de le mettre au devant de la scène. J’ai tenu a apporter graphiquement tout ce que je connaissais de la culture sud-américaine.

Vous avez une formation d’ingénieur. Comment passe-t-on d’un métier scientifique à celui d’auteur de bande dessinée ?

JC : J’ai toujours dessiné. Depuis tout petit, je tiens un crayon. J’ai d’abord recopié pas mal de BD, ce qui m’a fait progresser dans mon dessin. Puis à force de persévérance, on finit par y arriver.

Je puise mes influences auprès d’auteurs aussi différents que Jean Giraud, Juan Giménez, Jacques Tardi ou encore Hugo Pratt.

Pour conclure, quels sont vos prochains projets de BD ?

JC : J’ai un projet pour Casterman qui se passera toujours en Amérique latine, mais de nos jours. J’ai aussi une autre idée de BD qui aura pour théâtre le Sud de la France et qui traitera des conséquences de la crise économique sur les citoyens. Aucun de ces projets n’est encore signé mais comme on dit, wait and see.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

"Les Amis de Pancho Villa" par Léonard Chemineau d’après James Carlos Blake.
Collection Rivages / Casterman / Noir

(par Christian MISSIA DIO)

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"Les Amis de Pancho Villa" par Léonard Chemineau d’après James Carlos Blake. Collection Rivages / Casterman / Noir -

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