Les 10 bonnes raisons qui font de « La Fille de Vercingétorix » un excellent cru

25 octobre 2019 9 commentaires
  • ASTÉRIX. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas avoir remarqué la sortie hier en librairie de la dernière aventure du célèbre Gaulois : « Astérix et la fille de Vercingétorix. » Nous l’avons trouvé excellent, voici pourquoi.

Hier soir, c’était la fête pour la sortie du nouvel Astérix. Une soirée pour « happy fews » réservée au personnel d’Hachette, aux proches des auteurs et des ayants droits et à quelques médias privilégiés. L’humeur était au champagne, mais l’attaché de presse des éditions Albert-René maugréait. Un mauvais papier dans Libé titré « Pourquoi on se contrefout d’Astérix » le chagrinait. Amusante aporie, cela dit : voici un quotidien qui ne peut pas passer à côté d’un tel événement et qui se contrefiche de l’événement… Comme dit un certain renard gascon :
« Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n’y pouvait atteindre :
"Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. "
Fit-il pas mieux que de se plaindre ? »

Les 10 bonnes raisons qui font de « La Fille de Vercingétorix » un excellent cru

Nous, on est des fans, on ne se contrefout pas d’Astérix et nous avons même trouvé dix bonnes raisons pour trouver le dernier album plutôt réussi, et sans doute le meilleur à date du duo Jean-Yves Ferri - Didier Conrad. Ces dix raisons les voici :

1. Une relecture iconoclaste de l’histoire. On connaît tous cette scène fondatrice de l’histoire du Gaulois de Goscinny et d’Uderzo : celle où Vercingétorix dépose les armes sur les pieds d’un César qui s’exclame : « Ouap ». Les créateurs de la série déconstruisaient ainsi une figure historique fabriquée par le Second Empire et la IIIe République qui voyaient en Vercingétorix le symbole d’une résistance face à l’ennemi. Ferri & Conrad surfent sur cette icône initiale pour construire leur histoire. Vercingétorix aurait-il eu une fille ? Personne ne peut affirmer le contraire.

Adrénaline était présente hier à la fête des 60 ans d’Astérix : " - Ce vieux !"

2. Une floppée de nouveaux personnages. Un album réussi d’Astérix est souvent celui qui arrive à construire son récit autour de ses personnages. Au fil des histoires, la famille s’est agrandie, et l’univers s’est enrichi. Ferri en invente une demi-douzaine de nouveaux dans cet album dont les plus réussis sont sans conteste Adrénaline, la petite ado rebelle qui mène le récit comme un chef et le maître-espion Adictosérix et son cheval Nosferatus.

3. Une bonne caractérisation. Ferri a cette fois trouvé la potion magique. Jamais sa caractérisation n’a été aussi réussie : les ados du village (oui,, oui, il y en a…), les chefs arvernes et leur accent chuintant, le petit Goth musicien Ludwikgamadéus… Mention spéciale pour la caricature de de la personnalité, un autre passage obligé des aventures d’Astérix, consacrée à Charles Aznavour, décédé au moment de la réalisation de l’album.

Obélix, Jean-Yves Ferri, le scénariste, Didier Conrad, le dessinateur et Anne Goscinny, la fille de Ver... de Goscinny !

4. Un album truffé de jeux de mots. Ferri s’en est donné à cœur joie de la « montée d’Adrénaline » sur le mât du navire des pirates jusqu’à la suppression du poste de Baba, Ferri a retrouvé la rythmique de Goscinny inspirée du cinéma d’animation américain : un gag par seconde. Et vraiment, ici, le lecteur en a pour son content.

5. Un storytelling fluide. Ferri ne reproduit pas ici l’erreur d’Astérix chez les Pictes où l’argument initial se perdait un peu ensuite dans le fil d’un récit confus. Un scénario d’Astérix est une mécanique fine : il faut que cela tourne autour des personnages principaux avec une série de rendez-vous obligés : la potion magique, la confrontation avec les Romains, éventuellement les pirates jusqu’au banquet final. C’est d’une difficulté crasse : allez raconter une histoire dans cet écheveau de contraintes ! Ici, l’histoire est parfaitement fluide, jamais ennuyeuse et trouve sa résolution avec beaucoup de naturel. Quasiment un sans-faute.

© René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Yves Ferri, Didier Conrad et Albert-René.

6. Un bon usage des gags récurrents. Astérix est une série très référentielle, en particulier à elle-même en raison de ses gags récurrents. Ils sont ici utilisés avec beaucoup d’intelligence qui creusent à chaque fois la caractérisation des personnages principaux. On peut prendre comme exemple le banquet final où Assurancetourix se retrouve ligoté dans des circonstances inédites ou encore cette séquence où César se soigne des blessures aux pieds occasionnées par la déposition des armes du général gaulois.

7. Des rendez-vous réussis. La technique des running gags est elle-aussi désormais bien au point. Le cri de guerre des Arvernes donne lieu à des moments réjouissants et la rencontre entre Adrénaline et les sempiternels pirates est un des incontournables de cet album. Tout cela coule avec naturel (ce n’est pas l’équipage du bateau pirate qui me contredira) sans que l’on ait l’impression d’un exercice obligé.

Crayonné de Didier Conrad.
© René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Yves Ferri, Didier Conrad et Albert-René.

8. Des gags dans l’air du temps. Astérix, on le répète pas assez, n’est pas un cours d’histoire. C’est une parodie du passé vue à travers le prisme du temps présent. La petite Adrénaline est vegan, très « peace and love » et profondément écoresponsable : elle râle notamment contre la surconsommation des sangliers. Rien à voir avec la petite Greta Thurnberg : l’album a été dessiné avant qu’elle apparaisse dans les radars des médias. Même Emmanuel Macron est évoqué au détour d’une fine allusion.

9. Un dessin respectueux et fidèle. Celui sur qui pèse le plus gros des contraintes est sans aucun doute Didier Conrad. Il endosse, en reprenant le dessin d’Uderzo, un costume qui n’est pas le sien et qui n’a pas été vraiment conçu pour être du « prêt-à-porter ». Il n’est pas au même niveau de lisibilité que son modèle mais une fois entré dans l’album, on se laisse emporter dans le dessin sans que l’on se dise : « - Tiens, je ne reconnais pas ce personnage ! » Là aussi, c’est quasiment un sans-faute.

Une case-clé du scénario de Jean-Yves Ferri.
© René Goscinny, Albert Uderzo, Jean-Yves Ferri, Didier Conrad et Albert-René.
Surprise : Spirou faisait le groom pour la soirée Astérix !

10. Une collection de cases et de phrases-cultes. Ce que l’on aime dans Astérix c’est de retenir quelques images et quelques dialogues qui, avec le temps, constituent sa légende. Gageons que certaines expressions comme « - La violence ne sert à rien  » et sa réplique obélixienne « - ça sert à rien mais ça détend  ! », « la potion rend obèse » ou encore « Forts comme l’auroch… Dichcrets comme la taupe » resteront au Panthéon des bons albums d’Astérix.

L’argumentation systématique contre les reprises revient régulièrement comme un prurit saisonnier. On a beau avancer que cela tient au génie des repreneurs : Jijé, André Franquin et Émile Bravo avec Spirou, Carl Barks ou Cavazzano dans l’univers Disney, ont plutôt rayonné dans l’exercice, rien n’y fait. On peut presque dire que cela fait partie du folklore. Lequel peut aussi être une partie de plaisir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos ; D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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9 Messages :
  • Libération, un "journal du soir" ?...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 octobre à  13:15 :

      Corrigé. Merci.

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  • Pourquoi les critiques donnent-ils l’impression que c’est un icône intouchable ? C’est un album quelconque pour ma part...

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 octobre à  17:33 :

      Question d’Ordalphabétix : de quelle conque parle-t-on ?

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  • Ce qui a fait le succès de cette série planétaire ; ce sont à l’origine les contraintes qui se sont imposées à René Goscinny et Albert Uderzo. Ayant abandonné le roman de Renart déjà pris, ils ont dû en deux mois juillet et août 1959 créer une histoire, et des héros de papier. Car René Goscinny a écrit le texte et Uderzo a du inventer des personnages qu’on ne trouvait nulle part. C’est donc un exploit. Goscinny et Uderzo portés par un succès aussi considérable ont enchaîné les albums.Le succès est dû au génie graphique d’Uderzo qui anime , par des petits traits les planches et caricature les mimiques humaines comme pas un. Mais René Goscinny a du fournir des textes alors même qu’il avait d’autres scénarios à fournir. Malicieux il a fourni des gags récurrents qui lui permettaient de fournir un scénario neuf avec des gags déjà vus mais renouvelés. Cétautomatix qui interdit à Assurancetourix de chanter, Obélix déambulant avec ses casques etc... C’est grâce à cette habileté que René Goscinny a pu fournir en 18 ans 24 scénarios. Ces deux personnages sont uniques Uderzo près de 400 millions d’albums publiés et Goscinny 500 millions publiés. Pas mal. Le dernier opus sera un succès car les auteurs ont bien compris qu’il fallait surfer sur l’actualité. et reprendre la vista des créateurs. Du mouvement, encore du mouvement, toujours du mouvement. Dire que des méchants et des jaloux ont critiqué Uderzo en 1977 suite à la mort de son ami. Il a continué, impulsé la création du Parc Astérix, soutenu des dessins animés, des films légendaires et même trouver des héritiers talentueux. Sans oublier les misères que lui a imposé sa fille : obliger un tel génie à voir un psychiatre pour vérifier sa santé mentale. Merci à Uderzo et merci aux héritiers pour faire vivre un guerrier courageux et son ami mangeur de sangliers en guerre contre le destin qui parfois accable les hommes. Astérix : résister ou mourir.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 octobre à  17:29 :

      Salmigondis que tout cela.

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  • J’étais prêt à crier "Génial", car j’apprécie depuis toujours le style Conrad, clair et nerveux, malheureusement, comme toujours chez Hachette cet ouvrage est imprimé à l’étranger (ici en Roumanie), et s’il est vrai qu’il faut que tout le monde vive, je trouve quand-même ça dommage quand je vois les imprimeurs français mettre la clef sous la porte...

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  • J’ai trouvé des qualités à cet album, mais pour un album "dans l’air du temps" il a déjà un côté bien vieillot. Un gag à propos d’une fille qui veut mettre un pantalon et non une robe, ce n’est pas exactement dans l’air du temps (et Uderzo l’a fait avec déjà du retard il y a presque 30 ans, dans son album de 1991). Quant à la jeune fille devant rencontrer un compagnon/mari pour enfin s’émanciper de la génération qui l’a élevée, je ne trouve pas non plus cette leçon très dans l’air du temps. Ce dernier travers en particulier gâche un album par ailleurs sympathique même si un peu léger niveau histoire. Il y aura eu un essai d’être dans l’air du temps mais on sera retombé en plein dans des travers vieillots.

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