Les Aventures d’Hergé – Par José-Louis Bocquet, Jean-Luc Fromental et Stanislas - Ed. Reporter

31 janvier 2007 1 commentaire
  • « Quelle bande dessinée que ma vie ! » aurait pu dire Hergé en paraphrasant Napoléon. Surtout revue et visitée par des romanciers comme Bocquet et Fromental, aurait-on envie d’ajouter. Année jubilaire oblige, les éditions Reporter ressortent la biographie d’Hergé qu’ils avaient publiée en 1997. Avec deux chapitres inédits nourris par les derniers développements de l’historiographie hergéenne, et une nouvelle couverture.

La première version de cet ouvrage avait été publiée lors du 90ème anniversaire de la naissance du grand homme. Il s’agissait d’une lecture ironique et opportune de sa vie, scénarisée par deux spécialistes de l’histoire de la BD devenus aujourd’hui éditeurs : José-Louis Bocquet, actuellement directeur de la collection Aire Libre chez Dupuis, et Jean-Luc Fromental, le patron des éditions Denoël Graphic. Au service de ces deux ténors, un graphiste doué, Stanislas, ci-devant fondateur de l’Association. Nous avions, en son temps, salué ce bel et sensible hommage au maître de Bruxelles. Entre ces deux romanciers et ce dessinateur, une alchimie s’est produite qui nous apporte aujourd’hui ce qui constitue, dans l’épais corpus de la critique hergéenne, l’hommage le plus touchant au créateur bruxellois.

Il ressort ces jours-ci enrichi de deux épisodes inédits. Il n’est pas anodin que ces nouveaux chapitres s’inspirent de deux travaux réellement marquants qui ont considérablement élargi le champ de la recherche hergéenne ces dernières années. Le premier de ces ajouts, millésimé 1928, raconte comment Hergé, pour créer Tintin, a repris un personnage qu’il avait inventé quelque jours plus tôt dans le journal politique satirique bruxellois Le Sifflet. Une trouvaille que l’on doit à Huibrecht van Opstal dans son livre-somme Tracé RG, le Phénomène Hergé [1]. Un « ovni littéraire » comme le qualifia Pierre Assouline, au résultat « hallucinant », si l’on en croit la chronique horrifiée que Patrick Albray en fit dans nos pages. Reste que pour "hallucinant" qu’il soit, le travail de van Opstal et en dépit de la non-adaptation (volontaire, de la part de l’auteur) qu’en a faite les éditions Lefrancq, n’a pas échappé à nos tintinologues-scénaristes.

L’autre ajout concerne « le clandestin de la BD », à propos duquel le critique de bande dessinée Benoît Mouchart (aujourd’hui directeur artistique du Festival d’Angoulême) fit une passionnante biographie : « A l’Ombre de la Ligne Claire, Jacques Van Melkebeke » [2]. Aujourd’hui, grâce à ce travail, plus personne ne conteste sérieusement l’apport fondamental de cet homme de l’ombre à l’univers hergéen. Un nouveau chapitre qui met en relief l’éviction avec pertes et fracas de « l’ami Jacques » des Studios Hergé, sur les conseils sulfureux d’une voyante qui avait mis Hergé sous sa coupe. Une anecdote racontée à demi-mot par Van Melkebeke lui-même dans un ouvrage de 1972, Les Enigmes de la survivance : « J’ai, pour ma part, raconte Van Melk qui s’en prend aux « crédules » de tout poil, connu un monsieur présumé intelligent qui n’a pas hésité un seul instant à rompre avec un vieil ami sur le conseil d’une voyante qui avait détecté chez ce dernier une aura maléfique » [3]. Le portrait d’Hergé par Van Melk qui figure dans l’album est directement tiré de l’iconographie qui accompagne la biographie de Mouchart.

Voici une bande dessinée qui passionnera sans nul doute les tintinophiles qui connaissent le moindre détail de la vie du créateur de Tintin mais qui, aussi, intriguera et donnera envie de lire davantage aux néophytes curieux de l’étrange destin de ce créateur singulier.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1Ed. Lefrancq, avril 1998.

[2Editions Vertige Graphic.

[3Publié chez Marabout, cet ouvrage était signé sous le pseudonyme de Jacques Alexander, Alexandre étant le deuxième prénom du « scénariste fantôme » d’Hergé, de Jacobs, de Cuvelier et de Laudy. La citation figure page 71.

 
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