Les BD piratées sur le Net à l’épreuve de la Loi Hadopi

17 mai 2009 17 commentaires
  • À l’heure où la bande dessinée entre dans sa phase de commercialisation numérique, la Loi Hadopi (Création et Internet) pose la question des BD piratées sur le Net. Cela existe ? Oui, et en quantité industrielle. La discrétion des éditeurs est à la mesure de leur peur de voir le phénomène prendre de l’ampleur. Enquête.

Le procédé a même un nom technique franglais : Le Scantrad. Il trouve son origine dans le Fansubing, une pratique visant les séries télévisées américaines qui sont rapidement sous-titrées et mises à disposition en ligne gratuitement. Cette variante touche notamment aux dessins animés, mais aussi aux bandes dessinées étrangères (manganimes et mangas en tête), scannées, traduites et diffusées à leur tour en ligne. Dans les deux cas, c’est la traduction et sa facile et rapide disponibilité offerte aux fans qui est au centre du procédé.

Il n’y aurait aucun problème si ces pratiques étaient légales. Mais voilà, elles ne le sont pas, comme le rappelle un récent article complaisamment diffusé sur le sujet, notamment par Le Journal du Net [1] puisqu’elles constituent une infraction de l’article L 122-4 du code de la propriété intellectuelle, stipulant que : « Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement par un art ou un procédé quelconque.  »

C’est donc clair : le Scantrad viole totalement tant les droits moraux que patrimoniaux de son créateur (ou possesseur), des droits aussi bien imprescriptibles qu’inaliénables. Des mètres entiers de jurisprudence dans certaines affaires de logiciels peer-to-peer ont condamné cette pratique sans aucune ambiguïté. Un éditeur comme Dargaud avait obtenu naguère une condamnation d’un internaute qui pratiquait cette contrefaçon avec les titres de son catalogue.

Et pourtant, ces sites continuent leur activité.

Un piratage apparemment... toléré

L’un des arguments-clé des teams de Scantrad touche au fait que certaines de ces œuvres traduites n’arriveraient certainement jamais par un biais légal jusque chez nous. En outre, une fois l’œuvre publiée en France par un éditeur classique, nos « pirates » la retirent de leur catalogue, si bien que les éditeurs finissent par tolérer le Scantrad, considérant qu’il construit le « buzz » qui précède la commercialisation de la série. Ils publient donc le plus souvent de séries non licenciées en France, ce qui signifie qu’aucun éditeur n’en a encore acquis les droits. Au fond, ce serait comme une publicité pour une série à venir.

Les BD piratées sur le Net à l'épreuve de la Loi Hadopi
OneManga.com, le premier site de Scantrad de mangas aux USA
Capture d’écran - DR

Mais hélas, une absence d’exploitation ne suffit toutefois pas à légitimer cet acte et n’empêche pas les propriétaires de ce genre de site de risquer gros, la condamnation pouvant aller jusqu’à trois ans de prison et plus de 300.000 € d’amende !

« Nous sommes des illégaux témoigne l’un d’eux. Les Japonais seraient dans leur droit de nous faire arrêter. S’ils nous laissent faire, c’est qu’ils doivent y trouver un intérêt, sinon cela ferait longtemps qu’ils auraient bougé (eux, ou les éditeurs français qui les représentent)… Après, on n’est jamais sûr de rien. Nous sommes conscients que ce que l’on fait est illégal. S’il nous faut arrêter, on s’arrêtera. Nous faisons cela par passion. On ne peut pas être comparé aux autres téléchargements, tels la musique et le cinéma. Nous respectons les éditeurs français. On a parfois des relations avec eux… Mais, c’est assez ambigu. Quant aux Japonais, ils ne communiquent pas beaucoup. Ils savent qu’on fait pas mal de pub pour eux et qu’on est un facteur de développement des mangas en France : Cela peut permettre de mieux vendre les licences si on voit que le manga est déjà populaire sur le net. Donc, notre situation est vraiment complexe et unique surtout que les ventes de mangas continuent de progresser en France, donc on ne peut "même pas" nous accuser de tuer le marché, comme c’est le cas pour celui du disque. »

La (non-)réaction des éditeurs

Dès lors, les sites pratiquants le Fansubing et le Scantrad se sont multipliés et connaissent, malgré leur illégalité, une énorme affluence. Onemanga.com (qui n’hésite pas à offrir en ligne des mangas disponibles en librairie) [2] ou, en France, Scantrad-fr, Naruto Kun², Scantrad-MK, Ban Kai Team, etc. mettent gratuitement sur le Net des mangas piratés et ont un taux de fréquentation qui se chiffre parfois (seuls aux USA, les chiffres sont disponibles) par centaines de millions de pages vues. Preuve en tout cas qu’il y a de véritables attentes d’un public lassé par des délais de traductions officiels trop longs et avides d’avoir accès à la suite de leurs bandes dessinées ou séries télévisées favorites.

On peut se demander pourquoi les grandes boîtes restent discrètes, voire silencieuses et peu promptes aux réactions, par rapport à ces procédés illégaux. En 2006, Kana avait tenté de réagir face aux sites qui continuaient de traduire sans permission les aventures de Naruto, série au bénéfice d’un succès et d’une popularité mondiale impressionnante. Dans une lettre envoyée aux sites visés, la boîte japonaise avait rappelé très courtoisement que dans le cas de Naruto il s’agissait bien d’œuvres artistiques protégées par le droit d’auteur : « Nous vous remercions de nous confirmer que vous avez bien reçu l’autorisation des titulaires des droits (l’auteur et la société Shueisha) pour la reproduction de ces mangas sur votre site. Dans la négative, nous vous invitons à supprimer sans autre délai de votre site toute reproduction partielle ou totale des mangas en question. » Si certains des sites ont bien exécuté la demande, d’autres l’ont rejetée et n’ont pas plus été inquiétés.

Scantrad.fr. Probalement le premier site français de Scantrad
Capture d’écran - DR

Le couperet de la Loi Hadopi

La très contestable Loi Hadopi ajoute encore à l’arsenal répressif, et fait porter cette fois le risque sur le consommateur ! Chacune et chacun sont tenus de vérifier si les droits de la BD téléchargée sont librement disponibles (car des éditeurs offrent parfois gratuitement la possibilité de télécharger) mais aussi si le voisin ou le petit frère ne télécharge pas en contrebande des BD contrefaites. Le législateur ne rigole pas : Si, après deux avertissements, le téléchargement est toujours constaté, c’est la coupure de l’opérateur, sans compter les poursuites judiciaires !

Les opposants de cette loi n’en démordent pas : elle est absolument liberticide. Elle va aboutir à mettre en place des outils de répression qui permettront de contrôler tout trafic sur le Net. Une sorte de Big Brother.

Nos pirates surveillent dès lors la manœuvre, sans trop d’illusion, et attendent les décrets d’application : « Hadopi est clairement une loi pour les grandes Majors, mais si cela nous touche, on fera ce qu’il faudra en conséquence, nous dit l’un d’eux. On ne fera pas de bataille. »

Les spécialistes pointent néanmoins l’absurdité de l’exercice : Les moyens de télécharger anonymement sont connus de tous les amateurs, les contre-mesures ne tarderont pas. C’est une loi pour rien, en quelque sorte.

Naruto Kun 2. Le méga-succès de chez Kana n’échappe pas au phénomène du ScanTrad
Capture d’écran - DR

La fin d’une époque ?

Depuis la “non-affaire“ Kana, il semblerait que la patience des éditeurs commence à diminuer, d’autant plus que cette pratique ne se cantonne plus uniquement aux séries non encore licenciées, risquant ainsi de nuire aux titres commercialisés en librairie. Le piratage de leurs œuvres inquiète de plus en plus les acteurs du secteur, les obligeant à se repositionner face à cette problématique. On comprend alors mieux ce genre d’avertissement, découvert sur le site des éditions Glénat : «  L’éditeur se réserve le droit de poursuivre tout acte de contrefaçon de ses droits de propriété intellectuelle, y compris dans le cadre d’une action pénale ! »

Une réflexion sur le Scantrad et le Fansubing est donc d’actualité. Au lieu de punir, les acteurs des milieux artistiques touchés devraient se réunir pour discuter des moyens pour rendre ces pratiques non seulement légales, mais aussi rentables, car le fait est que la patience des lecteurs et téléspectateurs n’existe plus et leurs désirs de découvrir la suite des aventures de leurs héros préférés passent bien au-dessus de toutes précautions légales.

Scantrad-MK. les sites sont souvent très "pro" et joliment designés.
Capture d’écran - DR

Certaines mesures existent déjà dans l’univers du dessin animé, puisque des compagnies telles que Wizmedia, Wakanim ou Crunchyroll.com offrent les leurs en streaming sous-titrés et cela quelques heures après leur diffusion à la télévision japonaise.

Si certaines solutions existent donc bien pour le monde de l’animation, le manga papier (et la bande dessinée) n’en a pas encore trouvé d’adéquates. Une idée serait que les maisons d’éditions japonaises coupent l’herbe sous le pied des teams de Scantraders en préparant une version déjà traduite de leurs principaux mangas à succès (quitte à s’appuyer sur des teams existants) afin de les proposer plus rapidement en ligne aux fans et cela contre une modique somme, mais de manière tout à fait légale. Pour les BD non encore licenciées, les éditeurs lâcheraient par contre la bride et continueraient de bénéficier ainsi indirectement du travail du Scantrad.

Si les solutions semblent exister, la nouvelle loi française Hadopi prend le contre-pied, pariant sur l’interdiction plutôt que sur la conciliation. Elle risque bien de nuire aux efforts du secteur qui, confronté aux infinies possibilités du Net, doit aujourd’hui plus que jamais se réinventer.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Olivier Wurlod)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

La fiche Wikipedia sur la Loi Hadopi où la bataille fait rage.

Notre dossier sur la bande dessinée numérique

En médaillon : Albator 84 de Leiji Matsumoto. (c) Toei Animation.

[1Sullimann Omarjee, Fansubing et Scantrad : traduire c’est contrefaire !, sd, consulté en avril 2009.

[2Onemanga ne fait pas directement de scantrad. C’est un site de référence qui propose en lecture les travaux d’autres teams mais qui ne traduit pas lui-même.

 
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17 Messages :
  • Les BD piratées sur le Net à l’épreuve de la Loi Hadopi
    17 mai 2009 10:44, par Xavier Mouton-Dubosc

    Si les éditeurs concernés ne se sont pas bougés, c’est un problème qui les regarde, mais qui évite au moins de faire comme Luc Besson : une publicité démesurée pour un système marginal, peu confortable et sûrement frustrant.

    Mais soyons clairs : oui la loi Hadopi est liberticide : Elle donne à une commission plus de pouvoir que n’aie eu n’importe quel juge d’instruction en France, même anti-terroriste, une situation qui n’a pas été vu depuis la Révolution. De même qu’elle met en place l’obligation d’installer un mouchard (un cheval de troie légal) et les prémices d’un système de censure comme la Chine a mis en place. Et une société privé (déjà choisie avant même les débats parlementaires) motivée au chiffre qui fera à la fois le relevé, l’envoi de mails et les demandes de suspensions.

    non, elle ne sert à rien car comme tu le dis dans l’article, il existe déjà un arsenal législatif fort bien construit qui aurait déjà dû permettre de faire le ménage. En plus d’être en totale contradiction avec les principes fondamentaux de la République et de l’Union Européenne.

    Le premier problème, c’est que la loi Hadopi s’est servie des artistes (plus exactement de certains d’entre eux) pour préparer la LOPPSI.
    Et le deuxième problème : c’est l’incroyable légèreté de la "preuve" proposée, que n’importe quel spécialiste hurle de rire quand on la lui présdente comme "fiable".
    Ce qui entrainera un taux de faux positifs plus que certains, et donc un danger technique énorme. Que deviendra un dessinateur si son abonnement ADSL est suspendu pendant un an pour cause... d’erreur de relevé ?

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    • Répondu par Jimmy Jof le 17 mai 2009 à  16:24 :

      Moi j’aime bien la loi Hadopi. Elle devrait nous éloigner un peu de cette société de consommation, où les gens téléchargent des chansons, des livres, et ne les écoutent/lisent même plus. A force, la surconsommation nous a rendus moins patients, moins tolérants envers la qualité des productions car on ne prend plus le temps d’apprécier les choses, de les découvrir vraiment !

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      • Répondu le 18 mai 2009 à  23:53 :

        Probable... Mais j’aimerais ne vous voir décider en mon nom de récurrences bibliophages.

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    • Répondu le 17 mai 2009 à  21:04 :

      Les dessinateurs ont survécu sans internet pendant des années, rien d’indispensable donc.

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      • Répondu par Pirlouit (le gentil troll qui aime trés fort la bonne BD) le 18 mai 2009 à  00:01 :

        Moi ce qui m’étonne, c’est qu’à lire cet article, seuls les mangas semblent concernés. Cela veut il dire que la BD francobelge n’interesse pas les pirates du net ?

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        • Répondu par Jean Latuelle le 18 mai 2009 à  11:21 :

          Je pense surtout que les BD franco-belge sont en général plus difficiles à copier que les mangas car elles sont souvent au format A4 et en couleurs. De plus, les albums européens sont + proches des objets d’art (couvertures cartonnées, impression de qualité) et les scans détruisent l’intégrité de ces albums. On se dit alors "j’aurais mieux fait de l’acheter" !

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          • Répondu par Gill le 18 mai 2009 à  14:48 :

            Il faut surtout louer la prudence d’ActuaBD qui fait tout pour ne pas aider d’éventuels lecteurs attirés par les lieux de diffusion de la BD Franco-Belge ! Parler des mangas, c’est un moyen de traiter le problème du piratage sans y participer concrètement. Oubliez donc ces sites sur les mangas, imaginez qu’il s’agit de piratage de BD francophone et relisez le texte.

            On m’a fait découvrir il y a peu l’existence de tels moyens, et je peux vous assurer, pour avoir reçu "en cadeau" d’un ami un album entier d’Hermann, et vu le large "catalogue" ainsi offert, qu’il est tout à fait possible de scanner des images-couleurs au format A4 ;-) ! Oeuvres d’Art ou pas...

            Quant au discours de certains disant que les plus grands pirates sont aussi ceux qui achètent le plus (de CD, DVD ou BD), c’est vrai pour la génération qui a DEJA acheté de la BD un certains temps au cours de sa vie, qui est habituée, ne peut s’en passer et connait ce plaisir... pas à ceux qui découvrent la BD par le piratage : ceux-ci n’achèteront jamais de BD-papier !

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      • Répondu le 18 mai 2009 à  09:03 :

        Les dessinateurs ont survécu sans internet pendant des années, rien d’indispensable donc.

        Les dessinateurs peuvent bien aussi dessiner éclairés à la bougie... Non ? L’électricité n’étant pas indispensable... Vive le progrès.

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  • "Que deviendra un dessinateur si son abonnement ADSL est suspendu pendant un an pour cause... d’erreur de relevé ?"

    Bien euh, il passera moins de temps devant son ordinateur à lire et écrire des bêtises et plus de temps devant son ordinateur et sur sa table à dessin à travailler.
    Donc merci à la loi Hadopi qui lui permettra de travailler plus pour gagner plus.

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    • Répondu le 18 mai 2009 à  11:48 :

      C’est vrai qu’on a l’impression qu’ils perdent beaucoup de temps à savoir ce qu’on dit de leur travail sur le net et à défendre celui de leurs petits camarades, ça se voit même ici sur UniversBD.

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    • Répondu par Baptiste Gilleron le 18 mai 2009 à  15:49 :

      Les auteurs de BD, avant internet, se débrouillaient très bien, certes. Si l’on coupe la ligne internet d’un auteur, il passera plus de temps à travailler dites-vous. Bien, c’est effectivement probable, mais je crois que vous oubliez un point important sur le sujet : depuis internet, beaucoup de choses ont changé pour les auteurs comme pour les éditeurs d’ailleurs.

      Aujourd’hui, bon nombre de dessinateurs, scénaristes et coloristes travaillent ensemble tout en étant séparés par des dizaines, des centaines voire même des milliers de kilomètres. Internet a ouvert une porte vers des échanges et des collaborations qui n’auraient été envisageables il y a 20 ou 30 ans.

      A notre époque, dans la majorité des cas, le scénariste envoie son scénario par l’intermédiaire du net au dessinateur qui, le cas échéant, envoie ensuite ses planches au coloriste de la même manière. Le travail terminé s’en va pour finir dans les mains de l’éditeur, souvent par ce même outil. Si l’un ou l’autre se retrouve coupé d’internet, comment cette chaîne pourra-t-elle fonctionner ?

      Vous me direz qu’il existe encore le bon vieux courrier postal pour un envoi physique ou sur un support (CD, DVD, clé USB...). Très bien. Mais cette méthode comporte bien des risques : disparition du colis, détériotation des planches, etc... De plus, la plupart des coloristes (ou dessinateurs) utilisent l’outil informatique pour la mise en couleurs, ce qui fait qu’il n’existe donc pas de document couleur "palpable" jusqu’à l’impression des planches finales réalisée en imprimerie. Comment donc ferait ce coloriste pour expédier le fruit de son labeur ?

      Le problème se pose aussi pour les auteurs de blogs BD ou de webcomics qui pour cette activité et l’éventuelle reconnaissance qui va avec ont tout simplement besoin d’internet pour s’exprimer.

      Et, tant qu’on y est, imaginez que certains de mes collaborateurs, dont pourquoi pas moi-même, soient coupés d’internet injustement ou non. Que deviendrait ActuaBD, privé d’une partie de ses rédacteurs ? D’une vision plus globale, que deviendrait la presse internet si des journalistes se retrouvaient du jour au lendemain privés de connexion ?

      Il faut savoir vivre avec son temps. Biensûr qu’internet peut faire perdre son temps à un dessinateur de BD comme à monsieur tout-le-monde, mais c’est aussi et surtout un outil qui a démultiplié les possibilités et qui est devenu réellement indispensable dans bien des domaines.

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  • Pour les mangas, il est vrai que le recours au scans provient trop souvent d’un décalage entre la politique des éditeurs et celle des fans. On commence une série qui peut être arrêtée brusquement par l’éditeur, faute de ventes. Je suis désolé mais j’ai lu la fin de EAGLE sur scan car j’ai Lu avait stoppé la série. Comment je pouvais deviner que SAKKA reprendrait la parution. De même, PINAPPLE ARMY de URASAWA chez Glénat, qui est édité en one shot alors qu’il y a 10 tomes.
    Pour parler de ce même auteur, que font les éditeurs pour sortir PLUTO dont la série est complète. A ce que je sache, ces précédentes séries sont des succès en France, non (Monster, 20th century boys) ?
    Dans les séries, il y a un coté addictif inhérent à tous les feuilletons populaires ; l’impatience de découvrir la suite existe et les éditeurs devraient ne pas l’oublier.

    Pour la BD franco-belge, il existe quand même une grande tentation à télécharger les pages de certaines BD, plutôt que de débourser 90 euros pour un introuvable ou un inédit. Des éditeurs sérieux proposent de superbes choses en scans (Editions du topinambour, françois Boudet) et même si je trouve que rien ne remplacera un bouquin, c’est pas mal.

    Mais c’est vrai que depuis HADOPI je me pose des questions cons :
    Question : je télécharge des planches de génial Olivier ou des inédits de Mic Mac Adam dont aucun éditeur ne veut, je suis un pirate du net ?

    Question : je reçois gratuitement Calvin & Hobbes, Garfield et Snoopy par GOCOMICS.com direct depuis les USA, Dargaud va me faire un procès ?

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    • Répondu par Pirlouit (le gentil troll qui se sert utilement du méchant web) le 18 mai 2009 à  23:58 :

      Personnellement, je suis foncièrement attaché au papier, j’aime posséder dans ma bibliothèque les livres que j’ai choisis et appréciés. je ne telecharge ni musique, ni films, ni livres.
      Je pense quand même que la loi Hadopi devrait faire la différence entre le téléchargement de livres disponibles à la vente et ceux qui ne le sont pas. Dans le premier cas, il y a une éventuelle spoliation des éditeurs, libraires et auteurs concernés. je dis bien éventuelle, car j’aimerai savoir ce que pensent les députés de la mise à disposition gratuite de millions de livres dans les bibliothèques municipales. A la limite, je pense que rien ne m’empèche de scanner les pages qui m’intéressent, pour mon usage personnel, bien sûr !

      La problèmatique est différente pour les livres épuisés ou les recueils d’oeuvres n’existant pas en livres. Il y en a beaucoup, que ce soit dans ce qui a été publié dans Vaillant-Pif, Spirou ou Tintin, pour ne citer que les revues BD les plus connues. Leur mise à disposition sur le net ne peut gèner que les antiquaires, brocanteurs divers et d’été habitués à vendre à des prix élevés (BDM ou plus), donc je ne pleurerai pas sur leur sort, car je préfererai que des oeuvres oubliées ressurgissent sur le web pour le plus grand plaisir des lecteurs. A la limite, le succès de certains téléchargements pourrait même donner des idées à certains éditeurs réputés pour leur manque de gout, d’audace ou de culture BD.

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      • Répondu par cyril pedrosa le 19 mai 2009 à  13:23 :

        Dans le premier cas, il y a une éventuelle spoliation des éditeurs, libraires et auteurs concernés. je dis bien éventuelle, car j’aimerai savoir ce que pensent les députés de la mise à disposition gratuite de millions de livres dans les bibliothèques municipales.

        Les livres mis à disposition dans les bibliothèques municipales le sont rarement gratuitement : il faut payer une cotisation, la plupart du temps, pour pouvoir emprunter des livres.

        Par ailleurs, en contrepartie de cette mise à disposition des livres auprès du public dans les bibliothèques, un % du prix d’achat des ouvrages est versé à un organisme, la Sofia, qui le redistribue ensuite.

        La moitié de cet argent finance une part des cotisations retraites des auteurs.

        L’autre moitié est reversé aux ayants droits : 50 % aux auteurs, 50 % aux éditeurs, et ce pour chaque titre.
        Ce ne sont pas des sommes ridicules : un auteur de bande dessinée peut facilement recevoir des centaines d’euros provenant de cet argent collecté par le droit au prêt en bibliothèque.

        Donc le prêt en bibliothèque, contrairement à beaucoup d’usages sur internet, prévoit une rémunération des auteurs.

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    • Répondu par cyril pedrosa le 19 mai 2009 à  11:47 :

      Question : je télécharge des planches de génial Olivier ou des inédits de Mic Mac Adam dont aucun éditeur ne veut, je suis un pirate du net ?

      Si aucun éditeur "ne veut" de de ces oeuvres, on peut en conclure que les droits en général, et en particulier de diffusion numérique, appartiennent aux auteurs (ou leurs ayants droits).
      Si les auteurs (ou leurs ayants droits) ont autorisés la diffusion et le téléchargement libre de leur oeuvre, vous n’êtes pas un pirate. Si les planches sont téléchargeable sans l’accord des auteurs, vous êtes un pirate, tout comme le site qui propose le téléchargement.

      Question : je reçois gratuitement Calvin & Hobbes, Garfield et Snoopy par GOCOMICS.com direct depuis les USA, Dargaud va me faire un procès ?
      Dargaud n’est sans doute pas propriétaire des droits numériques de ces séries, pas plus que des droits d’exploitation sous forme de livre en langue anglaise.
      Si vous téléchargez du Calvin Et Hobbes, ça concerne Bill Waterson ( je ne sais pas si il est d’accord avec la diffusion de son travail sur Go comics) et son éditeur américain.

      Je perçois une pointe d’ironie dans vos questions, mais pourtant, je pense que ce serait déjà un bon début si tous les sites qui proposent du contenu ( bd, musique, cinéma) se posaient systématiquement la question " est ce que j’ai le droit de diffuser cette oeuvre ? et si "non", est ce que je peux obtenir ce droit ?".

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      • Répondu par Gill le 19 mai 2009 à  20:14 :

        C’est justement là, le problème : les pirates innocents du net pensent que s’ils trouvent un portefeuille dans la rue, il leur appartient de facto = s’ils trouvent des BD ou des dessins sur le net, c’est qu’ils sont libres de droits.

        A lire et entendre les réactions, la notion de "droit d’auteur" n’est pas du tout comprise par le grand-public : pour eux, c’est juste un truc que payent les éditeurs aux auteurs et ça ne concerne pas les particuliers... ce qui est totalement faux ! TOUTE utilisation d’une image est sujette à droits (qui peut être gratuit si l’auteur l’autorise expressément, personnellent et individuellement), droits qui sont payés lorsqu’on se procure un album (papier ou numérique).

        On ne lèse donc pas "le grand capital", mais l’auteur lui-même si on pirate et diffuse une BD de magazine qui n’a pas été publiée en album !

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  • Je tombe un peu tard sur ce sujet toujours plus d’actualité...

    Je m’y intéresse depuis longtemps et parcours régulièrement la litterature scientifique sur ce sujet.

    AMHA, la "démocratisation" politique est au centre du problème des droits d’auteurs... alors même qu’elle prétend s’opposer aux anciennes dérives des "privilèges" royaux.

    La "démocratisation à majorité simple" encourage la dévalorisation des droits individuels... et ce n’est pas demain la veille que cela terminera. C’est aussi la raison pour laquelle HADOPI manque singulièrement de crédibilité.

    Mais concrètement, il faut songer à l’artiste comme produisant avec une certaine dose de magie (potentiellement) un produit qui, même s’il n’est plus "unique" comme le sont les anciennes peintures des maîtres, réponds néanmoins dans son mode de publication à une nécessité individuelle unique. Saborder son mode de publication reste alors un acte relativement agressif... et associal.

    Quand on pense qu’un des interprètes de Bach les plus réputés encore aujourd’hui fut Glenn Gould, alors qu’il avait tourné sciemment le dos à la publication en direct de ses concerts, dans le but de trouver un mode d’expression plus pur et plus sublime que celui du concerto public, avec sa tention monstrueuse qui affecte le jeu du soliste... on arrive à développer un certain respect pour ces vulgaires supports vyniles ou CD "officiels", même s’ils sont en théorie des "ressources illimitée".

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