"Les Crayonnés de Midam" : dans les coulisses de la création

11 juin 2020 0 commentaire
  • La Galerie Huberty-Breyne expose jusqu'au 20 juin une centaine de crayonnés réalisés par Midam pour Kid Paddle : une occasion unique de soulever le voile et se rendre compte du travail minutieux de Midam, déterminant pour le succès qu'il a rencontré.

« Le succès de Midam n’est certainement pas dû au hasard !! » Voilà ce qu’on se dit une nouvelle fois en arpentant les allées de la galerie Huberty-Breyne à Bruxelles. Ce n’est certes pas la première fois qu’on découvre une exposition consacrée à l’auteur de Kid Paddle. On se rappelle de la [marquante démonstration à Angoulême en 2007>art4670] qui permettait à petits et grands d’entrer au sens propre dans le monde de l’auteur. Ou encore, plus proche de nous, de l’exposition consacrée par la même galerie dévoilant de grandes peintures et illustrations réalisées par le dessinateur belge.

Cette fois, on est pourtant bien loin des créations 3D et des grandes peintures colorées. Au milieu de cet énorme espace de 1000 m², on pourrait presque dire que l’expo ne paie pas de mine. Loin s’en faut, car ce sont justement des crayonnés qui sont exposés !

"Les Crayonnés de Midam" : dans les coulisses de la création

Au-delà de la boutade, les petites feuilles A4 qui sont encadrées se révèlent être de petits trésors de minutie… Et des éléments essentiels pour mieux comprendre la réussite de Midam qui, rappelons-le, a vendu plus de dix millions d’albums toutes séries confondues. L’exposition reprend effectivement quelques storyboards, mais essentiellement des croquis très précis des personnages de ses séries dans les situations des gags que l’on connaît.

En les étudiant, on est frappé par la patience et la résolution de l’auteur : chaque personnage est souvent redessiné entièrement à plusieurs reprises, avant de trouver la posture et l’expression qui coïncident parfaitement avec la mise en situation. Le trait est fin, précis, et ne laisse rien au hasard : pour être créatif, Midam multiplie les essais… Et les résultats sont si convaincants qu’on se demande pourquoi ces crayonnés ont dormi si longtemps dans des cartons.

Midam
Photos : Yves Declercq.

Midam nous explique sa technique pour réaliser un gag : « Je [crayonne les] éléments de manière séparée sur un papier distinct. Je commence par toutes les attitudes de Kid, ensuite toutes celles de Horace, [etc.]. Je ne me soucie pas des rapports de grandeur entre les personnages et je ne les fais pas forcément interagir. […] Ensuite, je photocopie ces crayonnés à différents pourcentages (en général 85/95/98/100/105) et je les décalque avec le concours d’une table lumineuse, ça me permet de composer la scène au millimètre près et d’avoir une case parfaitement équilibrée. »



L’exposition ne se limite pas aux crayonnés des personnages, de la mise en place des décors ou des gags. Elle dévoile entre autres les coulisses de la création de plusieurs des plus caractéristiques couvertures de la série. Grâce à cette étape qui précède le choix final, on a le sentiment d’être au-dessus de l’épaule de l’auteur : divers traits suggèrent les différentes mises en place, voire le choix des postures ou des lettrages. Mieux : des notes écrites à l’époque permettent de reconstituer les réflexions de l’auteur pendant cette réalisation, ainsi que les commentaires de l’éditeur. Palpitant !

« Il y a dans les crayonnés une vie palpitante faite d’hésitations, explique encore Midam, de tests, d’accentuations, de plaisirs, d’énervements, et surtout de repentirs. Cette richesse graphique – les coulisses de la fabrication d’une planche de BD – n’apparaît absolument pas dans les pages finales, ça n’est bien entendu que technique et doit au final non pas impressionner le lecteur mais simplement servir le scénario de la meilleure façon qui soit, en restant direct. »

L’auteur propose également quelques gags encrés, ainsi que des croquis pris sur le vif, dont un très évocateur sur le petite monde de la dédicace, certainement réalisé in situ en attendant de prendre sa place pendant un festival. Histoire d’apporter tout de même un peu de couleur à l’exposition, galeristes et auteurs ont non seulement ajouté des illustrations couleurs, mais ont également pensé à la troisième dimension en exposant des sculptures et des résines des fameux « Blorks ».


Certainement moins bankable qu’une expo d’originaux pleins de couleurs et d’effets, ces crayonnés entraînent néanmoins le visiteur dans un vrai cheminement intérieur : celui d’un artiste qui s’est imposé au grand public grâce à son esprit créatif, mais aussi par sa ligne claire et son trait expressif.

A droite, Midam a utilisé les aérations pour figurer les réacteurs du vaisseau

Ceux qui n’auront pas l’occasion d’aller la visiter (l’expo ferme déjà ses portes le 20 juin) pourront se rabattre sur le très beau recueil réalisé par la galerie et qui reprend la totalité des crayonnés exposés, agrémentés des commentaires de l’auteur. Un recueil de 160 pages limité à 400 exemplaires, et dont certaines versions sont complétées de dessins de l’auteur ou d’ex-libris, selon l’envie. Quelques exemplaires du catalogue de l’exposition plus artistique de 2018 sont également encore disponibles à la vente.

Enfin, pour le grand public qui apprécie surtout l’univers de Midam au travers de ses albums, mentionnons qu’un best of de Game Over vient de paraître chez Glénat. Intitulée Princesse Over, il reprend un choix des meilleurs (ou des pires) sauvetages de princesse réalisés par le petit barbare au sein des albums publiés chez Glénat. Une belle façon de tromper son attente en attendant le prochain Kid Paddle qui doit sortir chez Dupuis au second semestre de cette année !

(par Charles-Louis Detournay)

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