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Les Filles du Kurdistan – Par Mylène Sauloy & Clément Baloup - Steinkis/Les Escales

  • Dans les montagnes du Kurdistan, un grand territoire situé à cheval sur quatre pays (l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie), des femmes armées de kalachnikov résistent à Daech.

Ces femmes Kurdes, installées dans la région du Rojava, appartiennent aux Unités de défense féminines (YPJ pour Yekîneyên Parastina Jin en kurde). Leur combat va bien au-delà de la lutte contre le groupe terroriste auquel elles ont arraché de haute lutte quelques territoires, parmi lesquels la ville de Kobané en 2015 : elles cherchent à refonder une société sur des bases féministes, démocratiques et écologiques.

Et c’est bien sur cette dimension politique que s’appuie le récit, inspiré d’un documentaire réalisé par Mylène Sauloy sorti en 2016, La Guerre des filles, couronné par plusieurs prix. Proche de ces combattantes depuis le début des années 2000 après s’être intéressée aux mouvements de résistance en Amérique latine, la documentariste est ici accompagnée à l’illustration, en noir et blanc, par Clément Baloup, croisé par exemple sur Les Engagés de Nouvelle-Calédonie.

Les Filles du Kurdistan – Par Mylène Sauloy & Clément Baloup - Steinkis/Les Escales

Le récit s’organise autour des destins d’abord parallèles puis croisés de trois filles, de Paris à Kobané, en Syrie, du Kurdistan de Turquie au Sinjar en Irak. S’activent sur des terres aux paysages parfois désolés que l’on pourrait croire livrées au patriarcat une fourmilière de centaines de femmes de tous âges, certaines en treillis, d’autres voilées. Elles portent des briques de terre, creusent, jardinent, bref, elles construisent un village au sein duquel les femmes occupent un rôle primordial.

L’intérêt principal de l’ouvrage est de mettre l’accent sur des femmes dont le combat remarquable, même s’il a été relayé médiatiquement, reste peu connu, ou alors traité sous un angle « glamour » qui les présente avant tout comme des créatures sexy. D’ailleurs, il est intéressant de noter que le récit met en scène, par moments, la réception de cette lutte dans la presse occidentale : les combattantes oscillent alors entre espoir de soutien et désenchantement face à l’inaction des Occidentaux. Ce dernier point est brûlant d’actualité, après le désengagement américain qui les prend en étau entre deux ennemis : Bachar et Erdogan.

Il est également étonnant de trouver chez ces femmes des pratiques et des revendications qui seraient encore qualifiées d’avant-garde dans des régions prétendument plus civilisées : ici, la parité est de mise, et les femmes, probablement parce qu’elles ont prouvé leurs aptitudes et leur bravoure au combat, font autorité et occupent des positions de pouvoir. Pour ces femmes, éprises de lectures philosophiques, la domination masculine est le terreau des autres formes de domination : elle est donc la première à questionner et à renverser, avant de s’attaquer aux autres formes d’oppression. Aussi, la question écologique, conçue comme un rapport harmonieux entre les humains et la nature, apparaît comme très progressiste.

On ne peut donc qu’être admiratif de ce combat féministe, héritier d’une longue histoire rappelée dans un dossier documentaire qui accompagne l’ouvrage. Corollairement, et c’est notre seul regret, le récit est très (presque trop) dense : dates, noms d’organisations politiques, personnages, chronologie et localisation des événements... Si l’on comprend bien le souhait de Mylène Sauloy de partager sa riche expérience, et si l’on comprend aussi que cela reflète une mosaïque éclectique et cosmopolite, il est parfois difficile de s’y retrouver, comme si le passage du documentaire vers la bande dessinée ne s’était pas délesté d’atours qui alourdissent la narration graphique.

(par Damien Boone)

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