"Les Gouttes de Dieu" : Un manga gouleyant

26 mars 2008 3 commentaires
  • Avec Les Gouttes de Dieu, manga publié par Glénat, les Japonais s’emparent d’un de nos fleurons culturels, l’œnologie, et réussissent à nous en remontrer en termes de possibilités narratives et graphiques concernant l’évocation des sensations provoquées par le vin. Une lecture procurant une réjouissance comparable à celle qui transpire des propos de Michel Dovaz, expert dans ce domaine, sollicité pour préfacer cette gouleyante série.

Les Gouttes de Dieu (Kamino Shizuku, Glénat, à partir du 2 avril 2008), de Tadashi Agi et Shu Okimoto, célèbrent l’engouement relativement récent des palais nippons pour le vin, particulièrement français. Un œnologue japonais réputé, collectionneur de bouteilles prestigieuses, décède en laissant sa fabuleuse cave en héritage, par le biais d’un testament sous forme de chasse au trésor.

Son fils légitime, Shizuku Kanzaki, a été quasiment génétiquement programmé par le nez et par le goût pour suivre ses traces. Il est néanmoins dépourvu de connaissances théoriques sur le vin, pour avoir choisi une voie différente. Afin de rentrer en possession de son bien, il devra partir sur les traces de douze grands crus, ainsi que d’un treizième, mystérieux nectar idéal baptisé « Les Gouttes de Dieu ». Mais il lui faudra compter avec l’opposition d’un concurrent résolu à le déposséder, un jeune spécialiste des vins adopté avec machiavélisme par son père une semaine avant sa mort !

"Les Gouttes de Dieu" : Un manga gouleyant
Les gouttes de Dieu par Tadashi Agi et Shu Okimoto
Ed ; Glénat

Cette intrigue d’une redoutable efficacité est signée par le duo de scénaristes dénommé Tadashi Agi. En fait un frère et une sœur s’étant déjà signalés sous un autre pseudonyme, Yûya Aoki, avec Get Backers (Pika, 2003). Ils font preuve ici d’un remarquable travail de recherche sur le terrain, effectué dans des régions de production vinicole comme le Bordelais ou la Bourgogne. Tandis que leur capacité d’évocation des vins cités dans le cours du récit, se référant avec originalité à la peinture ou à la musique, parle à l’affectif. Sans jamais confiner à la leçon austère, d’où son accessibilité pour le lecteur néophyte. La dessinatrice Shu Okimoto ne réussissant pas moins à traduire graphiquement, avec un certain brio, la poésie du vin.

Les gouttes de Dieu. Une pédagogie appropriée pour apprendre les subtilités du vin.
Ed. Glénat

Les prolongements d’une quête initiatique entre suspense et hédonisme

Le 18 mars 2008, une présentation de cette bande dessinée japonaise a réuni au Village Manga du Salon du Livre de Paris des dégustateurs chevronnés. Entre autres, Albert Algoud, pour la circonstance maître de chais, curieux d’en apprendre plus sur le sujet ; Michel Dovaz, professeur à l’Académie du vin, auteur et journaliste expert en œnologie ; ainsi que Stéphane Ferrand, directeur éditorial chez Glénat. Ce dernier précisant que Les Gouttes de Dieu font partie de ces mangas dits de bouche ou de métier, où il va s’agir de suivre la progression du héros, jusqu’à atteindre un sommet en tant que professionnel confirmé. Le tout traité sur un ton semi-réaliste, en s’autorisant des fantaisies scénaristiques. Voire en s’appuyant sur la notion de nekketsu (littéralement « sang bouillant »), induisant le fait de s’enflammer pour son sujet.

Une passion similaire anime Michel Dovaz, préfacier de ce titre millésimé Glénat 2008, quand il parle du vin, soulignant la liaison naturelle et directe susceptible de s’établir entre ce breuvage et le dessin. Après Sommelier [1], cette excellente cuvée concrétise une nouvelle étape dans la relation privilégiée en train de se construire entre la France et le Japon. Appelée de ses vœux par le tout aussi enthousiaste Dominique Véret, pour avoir publié de son côté chez Delcourt un manga consacré au pain « Donnez-nous notre manga quotidien... », un autre de nos trésors nationaux.

Le nouveau directeur éditorial de Glénat, Stéphane Ferrand, en promotion pour "Les gouttes de Dieu".
Photo : D. Pasamonik (L’AgenceBD)

Le succès de la série Les Gouttes de Dieu dans son pays d’origine, où sa publication se poursuit depuis 2005 (15 volumes), aurait contribué à y démocratiser la consommation du vin. Écoulée à plus d’un million d’exemplaires en Corée du Sud, elle inciterait ses lecteurs à se rendre dans les bars dédiés à cette boisson avec leur manga favori sous le bras. Afin d’y goûter les bonnes bouteilles françaises qui y sont évoquées ! À notre tour donc de découvrir ce grand cru, à apprécier sans modération, à condition d’être en âge d’en découvrir toutes les subtilités, fiches techniques en fin d’ouvrages à l’appui…

(par Florian Rubis)

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Lire l’interview de l’œnologue Michel Dovaz à propos de l’album.

[1Par Araki Joh, Shinobu Kaitani et Ken-Ichi Hori, œnologue de réputation mondiale, 6 volumes, Glénat, 2006-2007

 
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