Les Ignorants – Par Étienne Davodeau – Futuropolis

18 octobre 2011 8 commentaires
  • Sous-titrée « Récit d’une initiation croisée », la nouvelle bande dessinée reportage d’Étienne Davodeau nous emmène à la rencontre de vignerons et d’auteurs de bande dessinée, curieux du métier des uns et des autres. Un livre parsemé d'aller-retours entre la vigne et la table à dessin.

Tout commence par une excellente idée. Profane mais amateur de vin, Étienne Davodeau propose à Richard Leroy, un de ses amis vignerons, de le suivre durant plusieurs mois pour comprendre son métier. En échange, le dessinateur lui propose de l’initier à la bande dessinée. Une poignée de main plus tard, le projet est lancé.

Depuis Rural !, on sait que Davodeau est un homme doué pour le reportage en bande dessinée. Il n’est certainement pas exagéré de dire qu’il fait partie des francophones qui ont donné leurs lettres de noblesse à ce genre inventé par les anglo-saxons. Avec le souci de s’adresser en permanence au plus grand nombre, Davodeau investit le terrain de son sujet d’étude et en décrypte les us et coutumes.

Les Ignorants – Par Étienne Davodeau – Futuropolis
Un extrait des "Ignorants"
© Davodeau - Futuropolis

Au fil de cette initiation, on sent que l’auteur se laisse porter par son sujet et improvise la trame du bouquin. Avec la découverte comme boussole, Davodeau et Leroy s’échangent leurs savoir-faire et prennent à tour de rôle le gouvernail du livre. Personnages entiers et passionnés, ils trouvent des similitudes dans l’approche artisanale de leur métier.

Ce parcours croisé donne également l’occasion à Davodeau de faire le point sur les bandes dessinées qu’il aime et de présenter des auteurs, des éditeurs et même des imprimeurs à son ami.

Le lecteur a ainsi droit à des visites chez Jean-Pierre Gibrat, chez Marc-Antoine Mathieu, chez Emmanuel Guibert, au festival Quai des Bulles, aux Rencontres BD à Bastia, à l’imprimerie Lesaffre, ...

C’est une approche pédagogique d’autant plus intéressante, qu’elle oblige les professionnels du livre à se reposer des questions fondamentales pour répondre aux interrogations du vigneron. Avec la fraîcheur d’un lecteur néophyte, Richard commente ses découvertes : perplexe devant Moebius, touché par le travail de Dominique Goblet,...

Sans s’encombrer d’un encombrant bagage de bédéphile, le sympathique "ignorant" renvoie le lecteur à ses propres premiers émois. La boucle est bouclée au moment où Leroy rencontre d’autres "personnages de BD vivants" : les médecins du Photographe [1], reconvertis... dans le vin !

Les deux "ignorants" au milieu des coteaux
© Photo F.Roy - Editions Futuropolis

Les Ignorants est un livre généreux. L’enthousiasme et l’appétit de ses deux principaux protagonistes est communicatif. Comme dans ses précédents reportages, Étienne Davodeau réussit à donner un point de vue global sur un sujet précis. En refermant le livre, on n’aura qu’un bémol : l’usage répété du qualificatif "états-unien", horriblement pédant, alors que le livre ne l’est pas le moins du monde. Mise à part cette remarque grammaticale, il faut saluer Les Ignorants, le genre d’ouvrage qui fait aimer la bande dessinée.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire l’entretien qu’Étienne Davodeau a accordé à Thierry Lemaire à propos de ce projet.

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A propos d’Étienne Davodeau, sur ActuaBD :

> Chute de Vélo

> Un Homme est mort

> Lulu Femme Nue T1, T2

> Les Mauvaises Gens

> Rupestres

> Rural !

> La Tour des Miracles

[1La trilogie afghane de Guibert, Lefèvre et Lemercier parue dans la collection Aire Libre de Dupuis

 
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8 Messages :
  • Les Ignorants – Par Étienne Davodeau – Futuropolis
    3 novembre 2011 18:40, par Laurent Lessous

    Bonne chronique mais je ne partage pas votre avis sur le terme états-unien, c’est le mot exact pour désigner les habitants des Etats-Unis. Un Américain est un habitant du continent, l’Amérique.

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    • Répondu par Bakounine le 4 novembre 2011 à  08:33 :

      le terme désigne les habitants d’une région précise du continent américain, certes, mais c’est un terme surtout utilisé de manière péjorative et par des gens de gauche. Bref, le terme est connoté mais pas pédant.

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      • Répondu par Laurent Lessous le 4 novembre 2011 à  14:39 :

        Ce terme était sans doute connoté il y a quelques années mais son utilisation se généralise.
        Voir ce qu’en disent les correcteurs du Monde : "Pour notre part, en tant que correcteurs du site Internet du Monde, vestales de la langue française et responsables de sa bonne tenue orthographique et sémantique, nous sommes tenus d’avoir une opinion, qui est la suivante : Américain a pour lui la légitimité historique, Etats-Unien, son "challenger", est assez pertinent et comble en partie un manque lexical ; en fait, ils se complètent et nous laisserons donc les deux cohabiter..."

        sur : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2007/07/06/etats-uniens-ou-americains-that-is-the-question/

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        • Répondu le 4 novembre 2011 à  22:51 :

          Ridicule, on dit un américain pour les usa, un canadien pour le canada, un mexicain pour le mexique etc... C’est comme ça depuis 200 ans et ça n’a jamais géné personne à part les néo-pédants qui ont même inventé le terme "droitdelhommiste" pour moquer les humanistes.

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      • Répondu le 4 novembre 2011 à  17:14 :

        Pourquoi de manière péjorative ? De manière précise il me semble. Les canadiens, les beliziens ou les chiliens sont aussi des américains, ce me semble. Et certains des états américains du sud ne sont plus aussi inféodes aux politiques économiques et extérieures des USA que dans les années 70. Ne croyez-vous pas que parler d’états-uniens est plus une marque de respect envers les autres américains qu’un mépris des enfants de l’oncle Sam ?

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        • Répondu par Bakounine le 4 novembre 2011 à  18:20 :

          Péjoratif parce qu’à l’origine, le terme vient de la gauche et est clairement anti-américaniste. Mais comme toujours, un terme vient de quelque part et prend un sens plus commun pour tous. Les idées nouvelles viennent souvent de la gauche. Exemple au hasard : aujourd’hui, même les salariés qui votent à droite sont bien contents d’avoir les congés payés... Ce terme états-uniens désigne les habitants des USA et pour les états-unis d’Europe, on trouvera peut-être un mot s’ils arrivent à se confédérer un jour...

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          • Répondu le 4 novembre 2011 à  22:55 :

            D’ailleurs à la base le mot "bolchevick" signifie "majoritaire", après la révolution c’est devenu plus connoté.

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            • Répondu par Bakounine le 5 novembre 2011 à  09:07 :

              Bolchevik était connoté dés le départ sauf par les bolcheviks. Pas que par les russes blancs, par ceux de l’armée noire aussi.

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