Les Imposteurs - Acte III - Par Christian Cailleaux - Casterman

23 février 2005 0 commentaire
  • Avec ce troisième volume, Christian Cailleaux baisse le rideau sur sa tragi-comédie de moeurs. Rien ne va plus, tout le monde ment et Albert perd pied.

Dans les deux premiers volumes, le lecteur découvrait Albert, un docker impécunieux dont la vie prenait un tournant inattendu lorsqu’une femme de la bonne société le confondait avec un écrivain à la mode et le faisait rentrer dans une soirée mondaine chez un certain Van Holt. Albert prenait rapidement goût à cette existence dont il ne connaissait rien, et la rencontre avec Henry, un écrivain âgé qui décidait de le prendre sous son aile, allait lui permettre de prolonger la supercherie.
Le deuxième volume laissait Albert sur le carreau, son meilleur ami ne lui faisant plus confiance, son jeu de dupes en partie éventé.

Pour ce troisième volume, tout le monde met bas les masques, et de belles surprises attendent le lecteur. Christian Cailleaux a monté une vraie mécanique de précision, où les rapports humains semblent n’être qu’apparence et conventions. La jolie mise en abyme dans le récit, révélée au deuxième tome, ajoute une ironie qui convient parfaitement à ce personnage qui se perd à force de ne se chercher qu’au travers du regard des autres. Finalement, c’est à Henry, qui n’est pas non plus exempt de tromperies, Eunice, domestique chez Van Holt et femme de caractère, Sam, son ami docker, ou Sarah, dont la présence dans les rendez-vous mondains ne fait pas d’elle une charmante ingénue, qu’Albert devra de sortir la tête hors de l’eau pour décider de prendre sa vie en main... et de jouer une dernière fois les imposteurs, cette fois-ci pour un duel à fleurets pas si mouchetés que ça face à un Van Holt aux fréquentations peu recommandables.

Les Imposteurs - Acte III - Par Christian Cailleaux - Casterman

Dans ce tome comme dans les précédents, le dessin de Christian Cailleaux est un plaisir rare : élégant et expressif, évocateur et tendant à l’épure, il est en phase avec le découpage intelligent et sobre qui rythme le récit, soutenu par une mise en couleur aussi stylisée et raffinée que le graphisme lui-même. Les personnages semblent souvent provenir tout droit des classiques du cinéma des années 50, mais la volonté de l’auteur de casser les stéréotypes est manifeste.

Les Imposteurs est un miroir qui renvoie le lecteur à ses propres mensonges, à l’image publique que chacun donne de soi. L’absence de toute morale au récit est une preuve supplémentaire de l’intelligence de l’auteur, comme l’est son refus du statu quo.

(par François Peneaud)

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