Les Passagers du vent : l’évènement choc de la rentrée

28 août 2009 20 commentaires
  • C’est une grosse surprise et un événement d’importance : la publication d’un nouveau Passagers du vent inédit en septembre, le suivant étant déjà annoncé pour janvier prochain. Un retour signé Dominique Burdot et Laurent Muller, des éditions 12bis.
Les Passagers du vent : l'évènement choc de la rentrée
Le nouveau Passagers du vent de Bourgeon sort le 3 septembre prochain
Editions 12 bis

S’il y a bien une qualité qui caractérise François Bourgeon, c’est la probité. Pour lui, il ne fait aucun doute que son album sera bon car il a durement travaillé pour qu’il le soit. Nous l’avons accompagné sur le marbre de l’imprimerie Lesaffre, à Tournai, en Belgique, au moment où roulaient les 280.000 exemplaires de tirage de son album francophone. La Heidelberg de l’imprimeur tourne à plein régime. Bourgeon ne tient pas en place. Il examine les couleurs, vérifie que les densités correspondent à son attente, interroge le conducteur de la machine.

Le patron de l’imprimerie le bichonne, lui propose un café. Pour cet amateur de bande dessinée, Bourgeon, c’est la star absolue ! Les feuilles arrivent en rythme régulier et s’empilent sur les palettes. Au bout de la matinée, Bourgeon s’estime satisfait. C’est du beau travail ! En effet, les couleurs scintillent, les paysages de la Nouvelle Orléans se révèlent, tout en lumières subtiles.

Les Passagers du vent ont été l’incontestable phénomène éditorial de l’année 1980. Bourgeon fait partie de cette génération d’auteurs qui a fait ses débuts chez Fleurus Presse, comme Juillard ou Dermaud, et qu’Henri Filippini a l’intelligence d’amener chez le jeune éditeur Glénat avec du matériel prépublié dans Djinn ou Formule 1. Devant le succès relatif de ces titres, Glénat accepte de publier de nouvelles séries inédites. Il n’est pas très emballé par cette « nouvelle histoire de pirates », un thème plus vraiment à la mode. Filippini insiste et l’histoire finit par passer dans Circus en 1979, il y a tout juste 30 ans.


Bourgeon sur le marbre de l’imprimerie en juin dernier
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’album devant paraître pour Angoulême n’est pas encore prêt. L’attaché de presse de Glénat, un certain Jean Léturgie ne se laisse pas démonter, assemble des épreuves couleurs issues des pages de Circus et arrose le jury avec ses dossiers. C’est le coup de cœur. Sur la base de cette « maquette », Bourgeon reçoit le « Prix du meilleur album » à Angoulême 1980 ! Depuis, Bourgeon a raflé trois fois le « Prix du public » et sa série compte des millions d’exemplaires vendus, atteignant, dans les premières années, plus de 600.000 exemplaires à la nouveauté !

Le style de Bourgeon donne l’impression de n’être d’aucune école. Il n’appartient qu’à lui : « J’étais un lecteur de bande dessinée moyen, comme la plupart des mômes de ma génération, je lisais Tintin et Spirou, mais je n’étais pas un fanatique de bande dessinée. Je ne faisais pas partie des gens qui recopiaient le modèle de leur maître. Quand j’ai commencé dans le métier, je n’ai pas eu l’idée de copier sur un tel ou un tel. J’ai essayé d’appliquer le dessin académique que j’avais appris dans les ateliers d’art, de forger ma propre grammaire de dessin. J’ai perdu beaucoup de temps mais j’ai développé un style peut-être plus atypique et plus personnel. »

Ce nouveau cycle des Passagers du vent se développe comme une spin-off. Il permet surtout de comprendre certains ressorts des albums précédents. Une fois de plus, la maîtrise est au rendez-vous, L’homme sait où il va et ce qu’il raconte. Le lecteur est entre de bonnes mains : il n’a jamais trahi sa confiance.

La Petite Fille Bois-Caïman, le nouveau Passagers du vent
Editions 12Bis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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20 Messages :
  • Vraiment une bonne nouvelle que cette suite.
    Bourgeon s’était un peu embourbé dans un cycle de science-fiction, beaucoup moins convaincant que les passagers du vent ou les compagnons du crépuscule.

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    • Répondu par Gill le 28 août 2009 à  13:16 :

      Je ne comprends pas votre phrase : "Devant le succès relatif de ces titres, Glénat accepte de publier de nouvelles séries inédites". Il n’y a pas vraiment de lien entre des BD publiées dans un magazine plutôt confidentiel de chez Fleurus, tel Formule 1 ou Fripounet, et celles publiées dans le magazine Circus puis sorties en album. Fleurus ne produisait quasiment jamais d’album !

      Voici plusieurs exemples de BD de Bourgeon de cette époque (toutes dans Fripounet) : Poster de la série "Aurore" puis extraits de la série "La roulotte" (début 1979), d’une BD "spécial Noël" et poster historique (impossible à dater).

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 28 août 2009 à  21:31 :

        Cher Gill,
        Vous vous trompez lourdement. Les titres de Fleurus Presse commençaient certes leur déclin mais les ventes étaient très importantes. Leur taux d’abonnement faisait pâlir d’envie leurs concurrents Tintin et Spirou, eux-mêmes en déclin.

        Éditeur orienté particulièrement vers les adultes, Glénat avait publié les séries de Convard, Juillard et Bourgeon, originellement destinées aux ados, parce que c’était un moyen rapide de se faire un catalogue pas cher avec un matériel déjà financé par Fleurus, et qui plus est de bonne qualité. Filippini a été l’artisan de la conversion de ces auteurs vers le public adulte. Leur succès ultérieur incontestable a montré qu’il avait du flair.

        Face aux séries qu’ils produisirent ensuite, le succès de ces albums "fleurusiens" était, oui, parfaitement relatif. On peut avancer l’hypothèse que ces séries pour la jeunesse n’étaient alors pas très adaptées au catalogue adulte et à la force de vente de l’éditeur grenoblois.

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        • Répondu par Gill le 29 août 2009 à  18:47 :

          Ah d’accord ! Vous parliez des albums Glénat issus de BD parues dans les magazines de Fleurus... qui n’ont effectivement pas eu un succès extraordinaire en album. Je pense notamment à THÄRN prince des étoiles de Bernard Dufossé ou Yann le migrateur de Claude Lacroix.

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  • Bourgeon, c’est l’archétype de la bande dessinée populaire. Dans le sens, le goût populaire, pas savant, pas initié, pas intellectuel. Aux antipodes de l’art moderne, du contemporain, du design... Une page de Bourgeon ressemble à ces vitraux de la seconde moitié du XIX ème siècle avec leurs cerclés noirs plus ou moins épais et leurs couleurs avec "effets de lavis"... Cette dichotomie entre forme cerclée et effets dans la couleur... Il y a quelque chose de pompier chez Bourgeon, et dans le graphisme et dans la façon de construire son récit, de le découper, d’écrire, d’insérer des cases les unes dans les autres... Il est évident que ça ne peut que séduire le plus grand nombre et ce n’est pas du mépris de ma part, juste un constat.
    Aux antipodes de Bourgeon, dans les années 80, il y avait Chaland...

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  • Enfin !! plus qu’une semaine à attendre... Alors que le tome précédent est sorti quelques mois après ma naissance. Une série culte avec un succès mérité qui revient, ça fait plaisir !
    N’oubliez pas la "petite" animation prévue par mes collègues sarthois et la librairie Bulle le 13 septembre après-midi au Mans, vous raterez pas votre dimanche !

    http://www.bds.cg72.fr/agenda.asp?card=1461

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  • Monsieur François (un prénom que j’affectionne !) Bourgeon a été un des grands fondateurs de la BD adulte-soft-historique dans les années 80 (les anglais disent eighties pour faire chic !°). Je connais un certain Jacquou Grenoblois qui lui doit bien de la fortune (imprévue, d’après cet article).

    Quoi qu’il en soit, après avoir constaté de visu l’engouement du public, JGG décida de lancer une revue consacrée à la BD historique(Vécul !) agrémentée de petites séquences olé-olé. On eût droit à quelques bonnes histoires (ainsi qu’à quelques donzelles joliment troussées, hmmmm ??), mais aucun auteur ne parviendra à retranscrire les moites émois de François le Maître Bourgeonneur (ne me demandez pas en quoi, vous avez bien compris de quoi je parle, Messsieurs les libertins !!).

    Aujourd’hui le classique de qualité revient au galop, libéré de la concurrence dérisoire du branché-vite fait-mal dessiné. Quand je dis classique, ne lisez pas "auteur ringard des années cinquante", car François Bourgeon est un auteur qui a su concilier beauté du trait, intéret de l’histoire, et érotisme soft. Son revival (comme on disait du Creedance Water) est une magistrale leçon à tous les petits plaisantins de la ligne frèle en noir et blanc, mal écrite et peu agréable à regarder. Avec toute ma courtoisie ! François.

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    • Répondu par erwan le 29 août 2009 à  17:00 :

      Enfin de l ’évasion pour aller autre part que vers un nombril cynique , petit bourgeois et de plus en plus vulgaire qui semble être le lieux de destination de certains auteurs...
      Trés loin d’une narration dogmatique où l espace temps est caricaturé à outrance dans la nouvelle bd, les bd de bourgeon sont magnifiques (certaines bd nouvelle vague le sont aussi, là n est pas la question)
      J’ai hâte de découvrir ce nouvel album

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      • Répondu par François, amateur de BD de qualité. le 29 août 2009 à  18:24 :

        Merci cher Erwan d’appuyer ma thèse. J’estime que Monsieur François Bourgeon est un auteur véritablement complet, à l’aise aussi bien dans l’écriture que dans le dessin (dans la couleur aussi me semble-t-il). Ses Passagers du Vent, sans être obsédés par un arrière-plan historique précis (manièrisme à la Bob de Moor par exemple), s’appuyaient sur une réalité authentique qu’un souffle romanesque et un zeste d’érotisme (je n’ai plus la même vigueur qu’il y a trente ans, hélas, mais je peux vous dire que mes draps s’en sont parfois souvenus... il suffit d’éteindre la lumière pour etre avec la jolie Isa quand on vient de lire ce livre !!) rendaient absolument palpitant à tout lecteur normalement constitué. Si je comprends bien, il aura fallu prés de cinq ans de travail pour peaufiner ce nouveau livre : nous sommes loins de auteurs modernes au trait rapide à qui il faut cinq mois, cinq semaines ou moins pour finir de torcher un album. Je ne souhaite peiner personne (je sais que beaucoup d’auteurs lisent ce forum, notamment pour y réagir avec véhémence quand ils sont mis en cause), mais il me semble que la qualité graphique est parfois fonction du temps passé à dessiner, chercher le bon décor, le bon cadrage, rectifier d’eventuelles erreurs d’anatomie. La conception de l’écriture nécessite aussi beaucoup de temps, si l’on veut offrir une intrigue astucieuse, sans vulgaires lieux communs. J’ai pu lire dans le dernier Case Mate quelques planches de ce livre : elles sont toutes magnifiques !!! Et ce grand retour me donne quelque raison d’espèrer une amélioration du niveau moyen des rayons BD de supermarchés. Cordialement

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        • Répondu par Sergio Salma le 30 août 2009 à  15:44 :

          Monsieur Pincemi ? Vous êtes de retour ?! C’est bien vous ? Votre histoire de draps est très savoureuse.
          Vous appréciez aussi François Franquin et François Eisner j’espère.

          Mais dites-moi, pourquoi opposer les genres ? Si vous aimez les Beatles (je suis sûr que vous aimez les Beatles ), ça ne vous empêchera pas d’aimer les Rolling Stones ni Orchestral Manoeuvre in the Dark, ni Pink Floyd ni Christophe ni Satie qui n’ont rien à voir. Moi par exemple j’aime beaucoup les films de Sofia Coppola ; eh bien vous me croirez pas mais j’aime aussi Michael Mann , Spielberg et Polanski. Mais pourtant, c’est fou, ça n’a rien à voir, ça alors !

          Idem en bande dessinée. J’apprécie énormément Giardino ET Fabcaro, Guarnido ET Guibert, Lepage ET Clarke. Je me fous de savoir en combien de temps ils ont exécuté leurs pages. c’est leur affaire.

          Pourquoi opposer les dessinateurs de la ligne frêle qui dessinent plus vite que les dessinateurs à la ligne pas frêle ? D’ailleurs êtes-vous sûr de ce que vous avancez ? Peut-être certains dessinateurs qui de prime abord ont un graphisme relâché transpirent-ils beaucoup plus que vous ne le pensez. Peut-être que certains dessinateurs réalistes travaillent avec aisance. J’en connais des deux camps qui ne correspondent aucunement à l’image que vous vous en faites.
          Et puis pour ce qui est de la vitesse d’exécution , voilà bien un terrain mouvant sur lequel je vous invite à réfléchir. Revenons aux Beatles si vous le voulez bien, ça expliquera bien la légèreté de ce qui vous semble être une loi incontournable. Eh bien, John et Paul torchaient leurs chansonnettes en 3 minutes. Et ils en ont aligné des dizaines, toujours écrites sur un bout de table, sans stress , avec désinvolture. Ils ne bâclaient pas. Pas du tout. C’était leur rythme. Il en reste des dizaines de petites merveilles, des chefs-d’oeuvres n’ayons pas peur des mots.

          Et puis il y a des auteurs , des compositeurs qui mettent 5 ans entre chaque album. ça ne les fera pas tomber dans une catégorie ou une autre pour autant. On jugera sur pièce . Sans se soucier des ces données. Quand vous regardez un tableau magnifique , vous demandez-vous en combien de temps il a été fait ?! Moi pas en tout cas.

          Toutes ces considérations n’ont AUCUNE importance. Pour revenir à la bande dessinée, dans les célèbres bâcleurs , nous pouvons trouver Uderzo, un obscur dessinateur qui se moquait bien du public puisqu’il a poussé l’outrecuidance de publier 26 albums d’Astérix en même pas 20 ans , et en plus,en même temps ! il a dessiné au moins 6 albums de Tanguy et Laverdure sans compter les centaines de dessins pour le merchandising et les participations à divers dessins animés ! Parce que , tenez-vous bien, son travail a été plébiscité par le public alors qu’il travaillait vite comment est-ce possible ?

          Dans les auteurs d’aujourd’hui, il y a des rapides et des moins rapides. Pourquoi partir de Bourgeon pour déprécier des gens qui n’ont rien à voir avec lui ? C’est injuste .
          Il faut apprécier Bourgeon pour son travail et ne pas le prendre comme prétexte pour dévaloriser ceux qui n’ont ni sa manière de faire, ni son succès. Votre joie de le retrouver fait plaisir à voir ; mais votre humeur doit-elle obligatoirement se teinter d’amertume ?

          Il y a toutes sortes d’artistes qui ne demandent qu’à s’épanouir ; ils sont conscients chacun de leurs faiblesses, je peux vous assurer que la plupart souffrent en travaillant et donneraient beaucoup pour se débarrasser de leurs points faibles. En attendant , leur seul moyen de progresser est de dessiner puisqu’ils aiment ça et que c’est leur gagne-pain. Ils ne travaillent pas pour vous satisfaire , vous, personnellement mais bien entendu c’est votre droit de ne pas les apprécier ; votre sanction la plus violente sera de ne pas acheter leurs livres.

          Au fait, moi aussi je me réjouis de lire le nouveau tome des Passagers du vent, superbe série .

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          • Répondu par Walla$s le 30 août 2009 à  23:51 :

            Giraud dessinait autrefois un Blueberry tout les 6 mois, Hermann tient depuis 30 ans le même rythme

            sont-ce pour autant des tâcherons à la ligne frêle qui "torchent" leurs albums ?

            bref, il est en effet regrettable que pour faire resortir les qualités d’un auteur vous soyez obligé de descendre toute une catégorie d’autres (et qui ont amené beaucoup à la bande dessinée en générale)

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            • Répondu par François, le mateur de BD de qualité. le 31 août 2009 à  13:41 :

              cher Wallace : Giraud et Hermann ne sont pas vraiment des auteurs modernes au trait rapide : ils doivent avoir entre 65 et 75 ans chacun, et leur dessin magnifique devrait servir de modèles à bien des auteurs de la nouvelle vague. Problème : c’est un peu plus difficile que d’imiter du Sfar ou du Lisa Mandel, auteurs trés regardés par une floppée de jeunes auteurs en devenir....

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          • Répondu par François, le mateur de BD de qualité. le 31 août 2009 à  13:49 :

            Monsieur Salma, je suis désolé de ne pouvoir répondre à votre long message argumenté et courtois.

            Je ne contenterai de vous rappeler que ce que vous appelez "savoureuse histoire de draps" vient d’une chanson du Hit Parade (vers 1968-69) : "J’ai longtemps révé d’eeeellllleee" ; à l’époque je crois que la censure n’avait pas interdit ces paroles audacieuses sur les ondes radiophoniques.

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            • Répondu par Sergio Salma le 31 août 2009 à  18:33 :

              ça ne fera peut-être pas avancer le débat mais oui bien sûr , cher Monsieur François, j’avais noté votre trait d’humour. La chanson n’est pas si ancienne. Elle date de 1975 . Le groupe s’appelait Il était une fois et la chanson "j’ai encore rêvé d’elle" avait mis en émoi tous les adolescents de l’époque.(Ah, la jolie Joëlle !... malheureusement elle n’est plus de ce monde, la vie est cruelle.)

              Chacun reste sur ses positions souvent ; je vous ai juste proposé ma vision des choses. Attention toutefois, je ne crois pas qu’il y aie des styles plus faciles à copier que d’autres ; si on parle de tics grossiers peut-être mais la bande dessinée est faite de ces filiations, ces cousinages ; c’est une tradition qui ne se rapporte pas seulement à ce média d’ailleurs ; les artistes influencent les artistes , le lecteur y trouve son compte, ça lui permet de ne pas être trop décontenancé.

              François Bourgeon a tendance à mettre tout le monde d’accord. Il réjouit les amateurs de grand classicisme et en même temps pose un regard neuf sur un genre ultra-codifié.

              Il fait partie depuis plus de 30 ans des grands auteurs . Un petit retour dans le passé permettra de nous rendre compte que ses 100 ou 200 premières pages n’étaient peut-être pas aussi imparables que ses derniers ouvrages ; elles avaient en elles quelque chose d’original ( Bourgeon n’a pas revendiqué une famille dans la bande dessinée, il s’est inventé tout seul) Qui aurait pu prévoir que ces premières années au style somme toute très classique allaient déboucher sur cette ascension artistique ? Personne. Et il a bien fallu lui laisser le temps de mûrir, les passagers du vent ne sont pas ses premiers travaux.

              Pour répondre à une autre intervention sur le nombrilisme de certains auteurs ,je me demande aussi s’il n’y a pas malentendu là aussi.
              Ce qui compte c’est le talent avec lequel le travail est fait ; on a raison parfois de s’énerver sur le manque d’originalité mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’autofiction peut faire naître des chefs d’oeuvres et l’aventure de grosses bouses. Ce n’est pas le genre qui compte.
              Woody Allen regarde son nombril depuis des dizaines d’années et c’est pourtant réjouissant. Les grands films d’aventures , les romans de chevalerie ou les épopées historiques peuvent se révéler aussi plates et ennuyeuses que le pire des autoportraits. C’est l’auteur qui fera la différence et lui seul.

              Un immense auteur comme Gotlib était derrière chacun de ses personnages quand il ne se dessinait pas carrément !
              Cette manière de se mettre en scène( comme l’ont fait aussi beaucoup d’autres) est une des façons de parler du monde et de donner du plaisir au lecteur. Celui-ci a de multiples envies ; un jour il veut qu’on l’emmène au bout du monde, un autre jour il a envie de se retrouver dans le personnage d’un employé de bureau, il s’identifiera à un pirate, un gaffeur, un gamin , un aventurier ou un agent du FBI. Il pourra se fondre dans l’univers de chacun des auteurs qu’il aura envie de lire.
              Il faut savoir que le plus nombriliste, le plus narcissique dans l’histoire c’est le lecteur lui-même.

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              • Répondu par François, amateur de BD de haute qualité. le 31 août 2009 à  19:51 :

                Monsieur Sergio Salma, je vois que vous etes d’humeur guillerette et affable, donc je vais vous faire un petit plaisir en allant dans votre sens. Effectivement, les Brunelle et Colin et le livre sur les cathédrales ne sont pas le meilleur de Bourgeon, mais sapristi, Monsieur Hergé n’était pas encore au meilleur de sa forme au temps des soviets, de l’Amérique ou du Congo belge. De même pour Jean Giraud quand il aidait Jijé sur Jerry Spring, ou Franquin quand il dessinait les Quatre aventures de Spirou, ou Tillieux à l’époque de Bob Bang. Il faut que jeunesse se fasse ! D’un dûr apprentissage, de l’assimilation du savoir de son époque, puis de son dépassement et enfin de l’appropriation de sa propre identité, pour conclure avec son affirmation, devant l’admiration d’un public conquis. C’est ainsi que Franquin a dépassé Jijé sur le plan humoristique, Hergé Saint-Ogan, Giraud Jijé. Tillieux prefera renoncer au dessin vers 1969, il est vrai que l’hebdo de Charleroi manquait de grands scénaristes à l’époque, alors qu’il débordait de grands dessinateurs.

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              • Répondu par erwan le 2 septembre 2009 à  14:43 :

                Je ne conteste pas le talent ( notion toute relative quand même) et j’ai pris plaisir à regarder les films de woody allen, par contre ce que je note dans une certaine production de bd dites nouvelle bd, c est une façon de concevoir le temps et l espace d’ une façon (pour ma part) convenue, fadasse, désincarnée et parfois même caricaturale (souvent au nom de la sainte narration qui revient comme un dogme comme si il n’existait qu’un seul plan dans la narration) , et certains des papes de cette bd là ,ne se distinguent plus toujours sur la façon de traiter cet espace temps si cher à mon coeur de lecteur...
                Par contre, quand il y a quelques années la bd d aventure (certaines ) pouvait faire ce qu’il y a de pire en matiere de clichés et de stereotypes (encore une fois,à mes yeux) je trouve qu’aujourd hui elle présente une vision parfois bien plus pertinente que beaucoup de bd d’égo...
                Les passagers du vent, c est l exemple type de bd qui ne fera pas la une de télerama (peut être que je me trompe !) ( et je ne crache pas sur telerama, j’y suis abonné) alors que du point de vue de l amoureux de bd les passagers du vent semble offrir sur le terrain même du medium une vision ambitieuse qui n a rien à envier au best seller de la nouvelle bd...parfois je dirai même que sous une apparence de classicisme, elle offre même des espaces bien plus complexes et puissants, mais là encore c est juste mon avis.
                Voila bien à vous.
                Longue vie à Nathalie qui me fait rire et pardon pour l’orto (je prefere ecrire en breton)

                erwan

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                • Répondu par Sergio Salma le 2 septembre 2009 à  18:43 :

                  Erwan, merci pour cette sympathique intervention . Sans entrer dans un débat purement technique qui serait trop chiantifique et qui risquerait d’être long ( Noooon ! Pitié diront certains) , il est épatant de voir que certains lecteurs s’intéressent aussi à cette partie du travail des auteurs.

                  Bourgeon est un conteur dans le sens noble du terme ; il est un orfèvre( intrigue, documentation, dialogues...) ; on pourrait donc oublier son travail sur le média bande dessinée. Je ne pense pas qu’il soit un théoricien fanatique . Sa technique "ne se voit pas" comme on pourrait voir par exemple celle de Marc-Antoine Matthieu ou encore Lecroart qui l’un sous forme de pastiche et l’autre grand expérimentateur nous présentent des pages symétriques, des récits construits et exposés pour qu’en ressortent d’emblée la technicité . L’Oubapo est passé par là même si certains auteurs américains avaient déjà dans les années 20 ou 30 joué avec les codes de la bande dessinée, ses conventions... On peut certainement dénigrer certains excès mais on peut aussi goûter ces plaisirs de narration. Pour ma part, que le sujet soit une aventure ( un Hermann ou un Francq) ou une autofiction typique, je pourrai y trouver mon compte .

                  Le jeu évident avec la narration est effectivement plus l’apanage des auteurs qui ne font pas de bande dessinée dite réaliste( exception notable avec Watchmen) et on serait donc plus enclins à les critiquer.

                  Il est vain de les opposer puisque les auteurs chacun dans leur coin n’ont pas pour but de s’opposer les uns aux autres ; il faut plutôt apprécier ces différents courants et savoir que l’on se méprend souvent quant aux ambitions.

                  On taxera de nombriliste un auteur qui simplement relatera avec sincérité ce qui lui semble le plus important à raconter. Si on suit ce raisonnement un peu réducteur, on pourrait reprocher à Pagnol ne nous avoir bassiné avec son enfance, son appartenance à une terre etc...alors que c’est bien connu, être au plus près de ses convictions personnelles(et donc affirmer une certaine forme d’égocentrisme) peut amener à l’universalité. Taniguchi manipule avec bonheur aussi l’autofiction.

                  D’autres auteurs aux ambitions moins affichées sont pourtant parfois des auteurs compulsifs, nombrilistes maladivement sans que leur travail ne le laisse transparaître ; il s’agit là d’individus et chacun sa personnalité pour affronter le monde et son art. En clair, ce n’est pas parce qu’un auteur se met en scène qu’il s’agit d’ego pur et dur.

                  Toute oeuvre est forcément autobiographique ; il y a autant de façons de créer qu’il y a d’individus. Dupuy & Berbérian se racontent mais Jean Van Hamme lui aussi met beaucoup de lui dans chacun de ses scénarios. Les uns mettent semble-t-il moins de distance entre ce qu’ils écrivent et dessinent et ce qu’ils sont dans la réalité que l’autre mais au bout du compte, il s’agit de la même envie instinctive de mettre en scène le monde. Avec plus ou moins de "fioritures".

                  Je crois que ce mouvement d’humeur de certains lecteurs est dû à un envahissement, une profusion. On se balade dans une librairie et il y a un magma de parutions. L’acheteur potentiel peut se sentir agressé par cette avalanche ; il aura tendance à mettre tout dans le même sac et surtout va classer grossièrement ce qui se présente à lui. Par besoin de rationalisation, il va se faire son étalage à lui. Il fera basculer 2000 livres dans un camp et 2000 autres dans le rayon opposé. ça lui permettra d’y voir clair. Sur tous ces auteurs inconnus qui lui apparaissent ( parfois à tort parfois à raison) imparfaits voire impubliables, l’acheteur potentiel va faire un terrible tri. Combien de lecteurs ai-je entendu dire : " Pfouh ! y a trop ! ça me fait fuir !" Quel paradoxe.

                  Alors débarque François Bourgeon avec son oeuvre aboutie, améliorée encore par les ans passés, remaquettée, rutilante . Il semblera surgir comme un phare dans cette mer démontée. Le classicisme apparaîtra comme le seul refuge possible. Par réflexe, on en viendra à penser qu’il n’y a pas mille façons de faire mais une seule.

                  Je suis pas sûr.

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  • Monsieur Pasamonik, Il s’agit d’une HEIDELBERG et non d’une HEIDELNERG ! Juste une erreur de frappe

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 2 septembre 2009 à  08:26 :

      Bien sûr. C’est corrigé.

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