Les Rêves dans la maison de la sorcière - Par Mathieu Sapin et Patrick Pion - Editions Rue de Sèvres

6 juin 2016 1
  • Walter est étudiant en mathématiques, son mode de vie modeste et solitaire l'oblige à occuper une petite chambre de bonne dans un immeuble vétuste. Une légende prétend que l'endroit fut jadis occupé par une vieille femme jugée comme sorcière. Ayant des capacités à voyager dans différentes dimensions, son esprit continuerait à hanter les lieux...

Accaparé par ses études et fasciné par cette histoire, le jeune homme multiplie les rêves dans lesquels des mondes étranges lui apparaissent. L’immonde sorcière et Brown Jenkin, créature à l’aspect d’un rat monstrueux y sont de plus en plus présents. Épuisé et tourmenté, Walter Gilman est en proie à des hallucinations, sa relation à la réalité et aux autres s’en trouvent profondément perturbées. Peu à peu il perd pied .

Bascule-t-il dans la folie ou peut-il, par la force de raisonnements logiques et mathématiques, trouver une explication à l’existence d’univers parallèles ?
Est-ce les rêves qui ont provoqué la fièvre ou la fièvre qui a provoqué les rêves ? Cette question reste au cœur de ce récit étrange et terrifiant.

Les Rêves dans la maison de la sorcière - Par Mathieu Sapin et Patrick Pion - Editions Rue de Sèvres
Howard Phillips Lovecraft, né en 1890, est aujourd’hui encore considéré comme un maître de la littérature fantastique..
Photo DR - Rue de Sèvres

Lovecraft a écrit de nombreuses nouvelles de 1917 à 1935 prenant appui sur plusieurs mythes. Dans la plupart il évoque la présence d’espèces ultérieures dont l’existence remonterait au-delà de la naissance de l’espèce humaine. Bien entendu, ses héros se retrouvent face à ces monstres fruits de visions fantastiques et angoissantes !

L’univers de l’écrivain est peuplé de différentes entités parmi lesquelles, on trouve Cthulhu, créature extraterrestre gigantesque chassée de sa planète ou Nyarlathotep, autre divinité aux multiples métamorphoses.

Le personnage de la sorcière n’est pas celui qui est le plus présent dans une œuvre qui reste toujours aussi difficile à adapter. L’auteur jouant sur l’imagination pour provoquer la terreur, la mise en images de son univers et ses fantasmes.

D’Alberto Breccia, à Alan Moore, de Horacio Lalia, à Ian Culbard ou Druillet, de grands noms de la BD s’y sont essayés avec plus ou moins de succès, non sans parfois céder à des envolées lyriques qui rendent la lecture guère plus facile que les nouvelles de l’écrivain américain.

Il n’empêche Lovecraft n’en finit pas de fasciner et d’attirer de nouveaux auteurs. On n’attendait pas forcément Mathieu Sapin sur ce terrain, mais ce serait oublier que cet auteur n’a cessé de multiplier les expériences graphiques et narratives, s’attaquant, souvent en les détournant, à la plupart des genres, du mythe du super-héros avec Supermurgeman (Dargaud) au reportage avec Le Château, un an dans les coulisses de l’Élysée (Dargaud).

Les Rêves dans la maison de la sorcière - Par Mathieu Sapin et Patrick Pion
© Editions Rue de Sèvres

Scénariste de ce one-shot, il en a confié la mise en image à Patrick Pion, familier des mondes fantastiques et des univers étranges. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion de travailler ensemble notamment sur une série au cadre fantastique et parodique éditée chez Dargaud : Mégaron. Son dessin classique, hachuré apporte une certaine intensité à l’atmosphère de cette histoire. Cet album procure une impression étrange, de mélange des genres et des styles avec des décors bien typés, légèrement rétro inscrits dans une période éloignée de la modernité et de la technologie tandis que Walter manipule un ordinateur portable. Si le climat terrifiant et angoissant est bien posé, on peut s’interroger sur certains choix narratifs.Le récit est ponctué de croquis et de crayonnés qui donnent un rythme singulier en s’ajoutant à une mise en page multiforme.

En évitant de s’attarder sur une couverture pas très engageante, on appréciera toutefois le défi relevé par les auteurs. Si la tentative suscite l’intérêt par le choix de son traitement, elle souligne aussi les difficultés et les limites de l’entreprise : mettre en scènes les images d’un texte dont la substance repose essentiellement sur l’imagination du lecteur. Un album qui offrira sans doute à certains l’opportunité de découvrir le monde et les phobies de l’écrivain américain.

Les Rêves dans la maison de la sorcière - Par Mathieu Sapin et Patrick Pion
© Editions Rue de Sèvres

(par Patrice Gentilhomme)

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