Les Souliers rouges - Par Cousseau et Cuvilliers - Editions Bamboo

7 mars 2014 0 commentaire
  • Récit de guerre ou chronique pastorale de la vie sous l’occupation ? Une histoire d'amitié authentique qui hésite entre ces deux registres.

Dans la Bretagne occupée de 1944, Jules, tout juste vingt ans, vit de pêche et de chasse clandestines. Fils du régisseur du château du village de Saint Nicolas du Pelem, le jeune homme s’arrange pour revendre le produit de ses braconnages afin d’améliorer l’ordinaire.

Par hasard, il fait la rencontre d’un Russe blanc exilé pour des raisons de santé. Entre ces deux personnages que tout oppose va naître une amitié faite de respect et de curiosité réciproques. Georges Mikelitch, lointain descendant des tsars, a fui le communisme triomphant qu’il foule aux pieds : « Je mets le rouge à mes pieds ... et le piétine pas à pas ». Telle est la justification de ses fameux souliers rouges ! Il va donner l’occasion au jeune paysan proche de la nature de s’ouvrir à la culture, la poésie, la beauté et éveiller son goût de la curiosité.

Malheureusement l’époque n’invite guère à la philosophie et à l’humanisme. Le petit village breton voit arriver un détachement de la Wehrmacht s’installant au château. Aidés par des miliciens locaux aussi zélés qu’immondes, les soldats allemands pourchassent les résistants. La tension va monter d’un cran lorsque l’on va découvrir un militaire abattu à proximité. Comme le reste de la population masculine les deux amis sont pris dans la rafle effectuée par les nazis. Jules a commis l’imprudence de « récupérer » le pistolet du soldat assassiné....

Les Souliers rouges - Par Cousseau et Cuvilliers - Editions Bamboo
Tons d’aquarelle pour les ambiances bucoliques...

Récit de guerre ou chronique pastorale de la vie sous l’occupation ? Cette histoire authentique semble hésiter entre ces différents registres. Racontant une amitié née dans des conditions bien singulières, la narration s’attarde sur la description des principaux personnages au risque parfois de tomber dans la caricature, comme dans le portrait du milicien alcoolique et borgne. N’y a-t-il pas là le risque de desservir le propos néanmoins inscrit dans un cadre réaliste et parfaitement crédible ?

et variations des plans pour animer la narration.

La qualité des couleurs directes, les magnifiques ambiances douces et lumineuses de Damien Cuvilier rendent ce récit aussi attachant que séduisant sur le plan graphique. Avec cette nouvelle expérience, le dessinateur des Sauveteurs en mer (Vent d’Ouest) nous livre une nouvelle facette de son talent.

Tout en suivant une trame plutôt classique, Gérard Cousseau reconnu dans un style plus léger (les Ripoupons, Les Toubibs publiés chez Bamboo sous le pseudo Gégé) parvient à échapper à un discours manichéen ou trop convenu (un défaut courant sur ce genre de sujet). En s’attardant sur la rencontre improbable des deux héros, en privilégiant la fibre humaniste, cette histoire au point de départ authentique suscite sans doute plus d’intérêt que la simple chronique de guerre. Toutefois, le scénariste n’a pas hésité à se documenter en allant jusqu’à retrouver au fond de la Bretagne les traces de soldats cosaques enrôlés dans l’armée allemande !

Si des thèmes similaires ont déjà fait l’objet de scénarios BD (on pense au Sursis de Gibrat ou à Tranquille courage de Merle et Tefenkgi), les deux auteurs, que l’on n’attendait pas dans ce type d’histoire font ici une entrée dans la BD réaliste remarquée.

(par Patrice Gentilhomme)

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