"Les Tueurs" de Jean-Christophe Mazurie ne font pas de quartier

31 janvier 2017 0 commentaire
  • Jean-Christophe Mazurie publie chez Vide Cocagne un petit recueil fort distrayant. Sous une couverture élégante se cachent des strips mettant en scène des tueurs plus ridicules qu'effrayants. Humour absurde et ironie désacralisent tranquillement ces personnages récurrents de la fiction.

Les tueurs n’ont pas bonne réputation. Sauf dans la fiction, où il se retrouvent souvent auréolés d’une gloire macabre. Après les innombrables cow-boys sont venus les mafieux et autres nettoyeurs, mythifiés par le cinéma ou la bande dessinée.

Pourquoi un tel décalage entre la réalité et la fiction ? A sa manière, Jean-Christophe Mazurie nous pose la question. Mais plutôt que d’y répondre, il choisit l’humour pour désacraliser ces héros à la vertu plus que douteuse. Dans Les Tueurs, édité par Vide Cocagne, il manie l’absurde avec brio, transformant les tueurs en cible de son ironie.

Jean-Christophe Mazuerie a compilé, dans ce petit livre carré de plus de 90 pages, des strips de quatre cases. Pour partie diffusés dans les revues numériques Mauvais Esprit et Professeur Cyclope, ils mettent en scène des tueurs professionnels, travaillant sous contrat et réunis en syndicat. S’ils ne ratent que rarement leurs victimes, ils ne manquent pas de nous faire sourire.

"Les Tueurs" de Jean-Christophe Mazurie ne font pas de quartier
Les Tueurs © Jean-Christophe Mazurie - Vide Cocagne 2017

L’auteur joue principalement sur le décalage entre cette "profession" hors du commun et hors-la-loi, créant ainsi des situations absurdes. Un tueur peut rentrer chez lui. Mais que se passe-t-il s’il ramène du travail à la maison ? Il peut souhaiter davantage de reconnaissance de la part de ses clients et de ses victimes. Mais comment conserver sa propre sécurité ?

L’esthétique quasiment minimaliste du dessinateur sied parfaitement au propos. Ses personnages longilignes et aux nez hypertrophiés ne sont pas sans rappeler ceux de Voutch. Les visages sont presque abstraits, mais deviennent expressifs d’un simple trait ou d’un minuscule décalage dans la case.

Jean-Christophe Mazurie opte quant à lui pour le noir et blanc, fait majoritairement d’aplats et de trames, ce qui n’empêche pas quelques touches d’un noir charbonneux. Les décors sont à peine esquissés - ce qui permet de se concentrer sur les dialogues - mais immédiatement identifiables. Un bar, un bureau, une rue, une forêt... Les tueurs passent plus de temps à pérorer qu’à assassiner, et c’est tant mieux pour le lecteur.

Les Tueurs © Jean-Christophe Mazurie - Vide Cocagne 2017

Tout l’art de Jean-Christophe Mazurie est de faire sourire ou réfléchir par la création de ces infimes décalages. Nous les retrouvons d’ailleurs dans ses dessins "de presse" qu’il publie au sein du collectif "Battre la campagne". Son créneau (son credo ?) n’est pas la dénonciation criarde des travers de nos politiques, mais la mise en lumière des petites absurdités de notre arène démocratique.

© Jean-Christophe Mazurie - Battre la campagne 2017

Les Tueurs est donc d’une lecture agréable, truffée de jeux de mots et de situation à la fois banales et délirantes. Sous une couverture élégante, Jean-Christophe Mazurie et Vide Cocagne proposent de nous démontrer que les tueurs peuvent être moins durs et plus drôles que ceux de Scarface et Léon. Et cette démonstration est réussie.

Les Tueurs © Jean-Christophe Mazurie - Vide Cocagne 2017

Voir en ligne : Le site de l’auteur

(par Frédéric HOJLO)

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16 x 16 cm - 96 pages noir & blanc - couverture souple - parution le 24 janvier 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

Consulter le site de Jean-Christophe Mazurie.

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