Les Tuniques Bleues N°55 : Indien, mon frère – Par Raoul Cauvin & Willy Lambil – Dupuis

22 décembre 2011 3
  • Il faudrait l’écrire, quand même, un jour : Willy Lambil est l’un meilleurs dessinateurs belges. Depuis de nombreuses années, il apporte à la série des Tuniques bleues une formidable constance dans le talent.

Évidemment que Willy Lambil ne se reconnaît pas dans le Pauvre Lampil et ses files de dédicace désertées ! Cet avatar, il avait accepté de l’endosser car cet auteur à succès a le sens de l’autodérision et de sa vraie place dans le métier.

La réalité est que ce dessinateur doué aligne avec constance quarante ans de succès, son dernier album étant tiré à 140.000 exemplaires, en toute modestie, alors que d’autres auteurs pérorent dans les médias après seulement quelques milliers d’albums vendus. Sa série constitue l’épine dorsale du catalogue Dupuis, assurant la pitance quotidienne de la maison de Marcinelle, en dépit du mépris que lui porte une certaine catégorie de commentateurs qui abhorre un genre de bande dessinée « commerciale », « gros nez », « 48cc », voire « belge »…

Les Tuniques Bleues méritent le détour. Voici une série créée pour boucher dans Spirou le trou béant laissé par le départ de Lucky Luke pour Pilote en 1968.

Reprenant à la volée le dessin de Salvérius, trop tôt disparu, Lambil abandonna le dessin réaliste de sa série Sandy & Hoppy créée en 1959 (24 histoires, toutes publiés dans Spirou, Dupuis ne daignant publier qu’un seul épisode en album avant les années 1980) pour se lancer dans cette série humoristique dont la première difficulté était de se distinguer du cow-boy de Morris & Goscinny.

C’est ce qui a conduit au choix de la période de la Guerre de Sécession, Cauvin faisant voyager ses personnages dans les états de l’Union mais pas seulement. La grande réussite des Tuniques Bleues, comme celle de Lucky Luke, est sa capacité de jouer avec l’histoire.

Finement documentée, sans jamais être « pédagogique », cette série se distingue de celle du cow-boy solitaire notamment parce qu’elle n’est pas une parodie de western. La matière première est historique et si elle bien évidemment le prétexte au formidable duo de comédie formé par Blutch et Chesterfield, elle offre le plus souvent un regard inédit sur l’histoire de États-Unis. Et on peut le dire : un regard d’experts.

Cette armée qui manque de chevaux et qui est obligée à aller en acheter au Texas ou cette histoire d’enfant blanc recueilli par les Comanches (un thème proche de celui de Canyon Apache de Lucky le chanceux) sont basés sur des faits authentiques.

Lambil n’est pas intimidé par cette documentation : elle est à l’image du dessinateur, efficace et discrète : armes, costumes, chevaux, paysages, faune et flore…, rares sont les faux pas !

Il est temps que son travail soit enfin regardé de près.

Les Tuniques Bleues N°55 : Indien, mon frère – Par Raoul Cauvin & Willy Lambil – Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire l’interview de Lambil par Nicolas Anspach

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3 Messages :
  • Tout à fait d’accord avec votre article qui a le mérite de rendre justice à un artiste modeste et opiniâtre dont le travail mérite reconnaissance.

    Seul bémol, selon moi : jamais Lambil n’a su retrouver le charme du dessin extrêmement fin et virtuose de Salvérius qui mourut malheureusement au moment même où son talent éclatait dans les pages du journal "Spirou".

    Louis Salvérius avait également un grand sens de la nature et des grands espaces : son traitement de la grande prairie ou des déserts rocheux était tout à la fois évocateur et minutieux, tout comme sa représentation très esthétique des Indiens, du moins dans ses dernières planches.

    Avec Salvérius est morte une vision virtuose, enthousiaste et magnifiquement "incarnée" des "Tuniques bleues" à laquelle on peut toujours rêver... et ce même si Lambil s’est très honorablement investi dans cette reprise qu’il a conduite avec beaucoup de soin et de réalisme, mais selon moi sans le petit "plus" qui distingue un artiste "habité" d’un dessinateur consciencieux.

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    • Répondu par Gill le 22 décembre 2011 à  15:11 :

      Je suis d’accord pour dire que Salvérius avait atteint en quelques années un niveau de dessin extraordinaire, c’est manifeste quand on compare ses premiers gags et ses derniers albums, mais si ses décors et ses mises-en-scènes étaient grandioses, c’était surtout dû aux scénarios de Cauvin qui restait encore dans l’état d’esprit des westerns télévisés de l’époque. Avec Lambil, les histoires sont devenues plus comiques et peut-être moins grandioses, ce qui ne l’a pas empêché de produire de véritables fresques avec ses canyons, ses grandes plaines et ses villages typiques.

      Il y a juste un truc que Salvérius faisait mieux que Lambil, c’est ses personnages féminins, proches de Claude Marin et que j’ai toujours admirés.

      Cet article qui fait la part belle au dessinateur était nécessaire et indispensable, à la fois pour mettre en exergue un excellent Lambil... et pour oublier un peu le scénario de ce dernier album qui est franchement anecdotique et décousu, avec de l’émotion à deux balles et un humour de plus en plus forcé. Et c’est bien dommage.

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      • Répondu par Oncle Francois le 23 décembre 2011 à  23:30 :

        Vous avez raison,cher Gill, quand Salvérius est disparu en cours de publication dans Spirou, ce fut comme si la sinistre faucheuse avait raté sa cible. Car quoi, il était jeune , talentueux, son talent se manifestait de page en page (attestation d’un talent à émergence rapide. C’est ce genre d’auteur que vous devriez recruter, messieurs les éditeurs qui préfèrez les clones d’auteurs connus ou réputés actuellement !!

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