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Les Vieux Fourneaux, toujours au cœur de l’actualité

Par Romain GARNIER le 3 novembre 2022                      Lien  
Après le deuxième opus sorti cet été au cinéma, les très politiques et populaires Vieux Fourneaux reviennent dans un septième album intitulé « chauds comme le climat ». Pierrot, Mimile et Antoine continuent d’être les témoins privilégiés et les acteurs débonnaires des bouleversements socio-politiques de notre époque. Ce nouvel album a un incontestable atout : la série demeure dans l'ensemble de qualité depuis son commencement en 2014. Un pari difficile mais chaque fois renouvelé pour nos pépés à la poésie langagière sans pareil. Une chance pour les éditions Dargaud et une preuve supplémentaire du talent des auteurs, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet.

Ce nouvel album s’ouvre sur la disparition du fondateur du géant des antidépresseurs, Garan-Servier. Au même moment, le maire organise au village de Montcoeur un pique-nique du « vivre-ensemble ». Celui-ci tourne mal. À Paris, Pierrot et Antoine manifestent pour dénoncer "l’avaleur travail". En ce bel été, de nombreux travailleurs immigrés sont venus ramasser les fraises cultivées dans le village. Et alors ? Une nuit, l’entreprise Garan-Servier prend feu. Les emplois locaux sont en danger, les immigrés soupçonnés, Berthe Goitreux accusée.

Les Vieux Fourneaux, toujours au cœur de l'actualité
L’avaleur travail - Manifestation parisienne
© Dargaud

Si le point de départ de l’album peut sembler convenu, notamment l’incident qui vient accuser des immigrés, il n’en est rien quant à son traitement. Là est le talent du scénariste Wilfrid Lupano qui continue d’utiliser Les Vieux Fourneaux comme un moyen de traiter l’actualité sociopolitique de notre temps. Un miroir tendu à chacun d’entre nous, album après album.

Un angle d’attaque ? Le vivre-ensemble. Ce mantra dépecé de tout sens véritable, répété ad nauseam par des politiques de tout bord, est ici malmené d’un bout à l’autre de cet album. De derrière ce pensum, chacun perçoit toutes les tensions et fractures profondes qui divisent le village de Moncoeur, miniature volontaire de la société française.

L’hypocrisie de ce slogan de communicant explose en vol face aux nombreux sujets de discorde : climat, féminisme, désindustrialisation et délocalisations, la lutte des classes, militantisme avec violences, montée de l’extrême-droite identitaire, violences policières, diffusion de fake news et pensées extrémistes, violence envers les femmes, place, exploitation et rapport aux immigrés…un véritable feu d’artifice à l’image du bouillonnement social de la France. En 48 pages nous direz-vous ? Nous répondons oui, et avec succès.

Première page du nouvel album
© Dargaud

Le principal reproche adressé au précédent album était son manque de rythme. Un constat qui découlait justement de la volonté de Wilfrid Lupano de vouloir traiter trop de sujets différents en un seul album. Avec ce septième opus, on retrouve le rythme qui a fait la qualité de la série. La profusion de sujets politiques n’en est pas moins importante mais mieux amenée. La violence envers les femmes est notamment traitée en filigrane, avec subtilité.

Le pique-nique du vivre-ensemble à Montcoeur...
© Dargaud

Au-delà des sujets abordés, il demeure important de souligner que la qualité de la série repose sur la galerie foisonnante et truculente de personnages hauts en couleur - Berthe Goitreux est à cet égard particulièrement réussie. La verve des héros et leur parler populaire résonnent comme une poésie à la Audiard. Ou à la Astier avec moins de gros mots. À chaque nouvel album, le rire est inévitable. Les expressions et autres inventions langagières de Wilfrid Lupano rythment les cases qui se lisent autant qu’elles s’écoutent. Lisez/Ecoutez plutôt : « Ton corps ne tient plus debout que par une série de malentendus » ou « Pourtant, ta tête, y a pas de quoi la mettre en avant. Ni pour le contenu, ni pour le contenant ! ».

© Dargaud

Si Wilfrid Lupano assure le succès de la série, tant au scénario qu’aux dialogues, il ne faut pas sous-estimer le rôle et l’excellent travail de Paul Cauuet. Avec un trait vif et semi-réaliste, d’excellents cadrages et une galerie de personnages finement caractérisés, le lecteur est de suite emporté dans les cases de Montcoeur. Un travail visuel réussi auquel l’apport de Jérôme Maffre, responsable de la mise en couleur, est appréciable.

Longue vie aux Vieux Fourneaux !

(par Romain GARNIER)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782505113652

Les Vieux Fourneaux (T. 7) - Chauds comme le climat - Par Wilfrid Lupano et Paul Cauuet - Dargaud

Chroniques des précédents albums

Tome 1
Tome 3
Tome 4
Tome 6

Chroniques des films Les Vieux fourneaux

Les Vieux Fourneaux
Les Vieux Fourneaux 2 : Bons pour l’asile

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