Les Vikings, sans les cornes

15 août 2012 1 commentaire
  • Pour affronter les Vikings les yeux dans les yeux, direction Orbec dans le Calvados, où l’exposition « Vikings et chevaliers Normands » présente la réalité des fiers Scandinaves à travers la bande dessinée. Instructif et ludique.

Les Vikings, c’est un peu comme les cow-boys, on ne peut pas passer à côté, et chacun les a découverts à sa manière. Pour Florian Rubis, co-commissaire de l’exposition (et, cela ne vous a pas échappé, collaborateur d’ActuaBD), l’attrait pour les hommes du Nord « a commencé avec les bandes dessinées Disney dessinées par Carl Barks, mon idole. Et ensuite, il y a bien sûr les longs métrages d’Hollywood, dont les BD que j’avais lues s’étaient d’ailleurs inspirées. Le film Les Vikings de Richard Fleischer, évidemment, qui m’a terrifié étant enfant. Comme Odin, Kirk Douglas perd un œil, attaqué par un oiseau de proie. Tony Curtis, est un esclave qui se libère et se fait couper une main. D’un côté, c’est assez anachronique puisqu’il y a par exemple des châteaux en pierre (celui de Fort-la-Latte en Bretagne, a servi au tournage). Et en même temps, il y a des références très intéressantes, comme Alfred de Wessex, qui a résisté aux Vikings, ou le premier raid viking en Northumbrie. »

Les Vikings, sans les cornes
La belle salle Debussy


C’est justement cette volonté d’affirmer la vérité historique qui anime l’exposition, et une grande partie des 50 panneaux explicatifs s’attache à décrire la réalité de la vie et de la culture viking. Une lecture passionnante, qui dissipe bien des malentendus, relayés par les livres, les films et, ce qui nous concerne ici, la bande dessinée.

Sur les quelques 200 albums utilisés pour illustrer l’exposition, la plupart représentent en effet les hommes du Nord à l’aide des plus belles images d’Epinal. Le casque à cornes, emblématiques des marins scandinaves est par exemple à ranger au rayon des erreurs grossières, au même titre que le casque ailé d’Astérix. Fort heureusement, quelques auteurs plus sourcilleux (comme Toppi ou Hermann par exemple) offrent de la matière pour montrer la bonne manière de dépeindre les Vikings.

Une petite partie des albums abordant le thème des Vikings et des Normands

Outre l’intérêt pédagogique de l’exposition, les albums présentés montrent au visiteur combien les Vikings fascinent dans le monde entier. La bande dessinée européenne est majoritaire (Thorgal, Fables de Venise et Astérix et les Normands en tête), mais les comics (Northlanders ou Thor, dont une couverture originale signée Jack Kirby est le clou de l’accrochage) et les mangas (Vinland Saga) ne sont pas en reste.

Comment expliquer un tel engouement, pour des continents qui n’ont pas connu dans leur histoire l’effroi de ces guerriers ? « Il ne faut pas oublier qu’il y a une forte composante scandinave aux États-Unis, précise Florian Rubis. Il y a une forte colonie d’origine suédoise, norvégienne et danoise, et aussi allemande. D’ailleurs, l’anglais est une langue germanique, commune aux quatre pays scandinaves. Et l’islandais est la langue la plus proche du norrois, celle des parlée par les Vikings. C’est une donnée culturelle importante. Quant aux Japonais, je pense que c’est l’aspect mythologique qui les fascine. »

La fameuse couverture de Thor dessinée par Kirby et encrée par Joe Sinnott

La variété des provenances est assez étonnante, et celle des styles l’est tout autant. « Avec Pierre-Marie Jamet (co-commissaire et responsable de la Galerie Oblique), continue Florian Rubis, on s’attendait à trouver des albums un peu standardisés. Graphiquement, il y a plein de styles différents, ce qui nous a un peu surpris. La deuxième chose, c’est que je ne pensais pas trouver autant d’œuvres sur les chevaliers normands que sur les Vikings. On en a un peu moins en effet, mais on dispose tout de même d’un très bel éventail sur la question. »

Car Orbec se trouve en Normandie, et ne pas parler des descendants des Vikings, fixés dans la région depuis 911, aurait été une vraie faute de goût. Une belle partie de l’exposition concerne donc les Normands, donnant encore une fois moult détails sur leur implantation dans le royaume de France puis dans toute l’Europe. Cette extension dans le temps (les conquêtes des Normands ont succédé aux raids vikings) est d’ailleurs d’autant plus évidente que l’anglo-normand Guillaume le Maréchal, alias « le meilleur chevalier du monde », était seigneur d’Orbec. CQFD.

A gauche, Florian Rubis. A droite, Pierre-Marie Jamet. Au centre, un Normand.

Voilà bien une exposition qui va ravir toutes les générations, illustrée par tout ce que le 9e art compte d’allusions au sujet, et agrémentée d’une superbe tapisserie moderne sur la vie de Rollon (le chef viking qui signa le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911) à la manière de la tapisserie de Bayeux.

À noter également que le lieu, une ancienne chapelle, ajoute un charme particulier à l’ensemble. Les plus paranoïaques auront quelques difficultés à ne pas jeter régulièrement un coup d’œil derrière leur épaule, persuadés qu’une troupe de pillards hirsutes et hurlants va brusquement apparaître dans le bâtiment consacré.

On attend avec impatience que les textes des panneaux soient édités (le projet est en cours et en version bilingue) pour pouvoir les lire tranquillement devant un bon feu de bois pendant une soirée d’hiver. Et on imagine sans mal que l’exposition sera itinérante.

« Ne serait-ce qu’en Normandie, j’ai l’impression qu’elle va tourner, conclut Florian Rubis. L’idée, bien sûr, c’est de la faire voyager. Nous sommes d’ailleurs en train de traduire les panneaux. Nous avons des contacts avec les Scandinaves pour la leur envoyer. Ils sont très intéressés de savoir quelle est la vision du Viking dans le reste du monde. Et puis il y a aussi quelques musées anglo-saxons que je connais qui se prêteraient bien à l’exercice. »

Un des 50 panneaux, très documentés et illustrés fort à propos
Les petits formats ne sont pas oubliés. Des albums à découvrir pour la qualité du dessin (moins pour les scénarios assez médiocres).
La tapisserie de Rollon, très belle imitation de la tapisserie de Bayeux
Des vitrines pour les (grands) enfants
On peut être galeriste et manier l’autodérision

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Salle Debussy
rue des Capucins
14290 Orbec
Jusqu’au 30 septembre
Entrée libre

Images : (c) T. Lemaire

 
Participez à la discussion
1 Message :