Les Yeux de Pandora - par Cerami & Manara - Les Humanoïdes Associés

8 mai 2007 0 commentaire
  • Une jeune fille découvre ses vraies origines dans une ambiance de violence pas toujours latente. Si l'idée de base est sympathique, le résultat final ne l'est pas vraiment.

Pandora est une jeune fille tout juste majeure, aux parents bien tranquilles, mais qui a eu pendant son adolescence des accès de colère inexplicables (avec un prénom pareil, pas très étonnant...). Et quand la demoiselle est kidnappée par des inconnus et amenée en Turquie, elle apprend le secret de ses origines : elle est la fille de Pierre Castex, un gangster de haut vol. Celui-ci voudrait la revoir, lui affirment ses kidnappeurs. Mais la vérité est plus compliquée...

Vincenzo Cerami a construit un scénario plutôt bien mené, avec quelques retournements de situation accrocheurs. Le grand défaut de cet album est le manque de personnalité du personnage principal. Pandora semble être un Sphinx (enfin, une Sphinge) assez passive malgré ses tentatives de rébellion, posant implicitement des questions dérangeante aux adultes qui l’entourent et se révèlent menteurs et dissimulateurs. Le côté sympathique de ce polar (un peu gratuitement) violent réside d’ailleurs dans les renversements de rôle entre les personnages a priori sympathiques et le monde des truands, plus complexe qu’il n’y paraît.

Les Yeux de Pandora - par Cerami & Manara - Les Humanoïdes Associés

Le travail de Milo Manara est une petite merveille : trait fin et expressif, décors aux ambiances décrépites, personnages aux gueules burinées, et ce noir et blanc plus évocateur que bien des mises en couleur.
Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir un certain malaise à la lecture de cet album qui se veut très réaliste : cette jeune fille est une héroïne classique de Manara, et cela tranche bien trop avec l’ambiance de ce travail-ci. Pandora semble passer son temps à éviter d’être violée, ce qui ne l’empêche pas de montrer ses dessous, dans une logique de dévoilement/dissimulation jouant habilement sur l’opposition entre le désir de la plupart des lecteurs pour la plastique du personnage et l’horreur de la situation à laquelle il échappe.

Dans une scène très révélatrice, Pandora se met à hurler contre son kidnappeur quand elle comprend de quelle façon elle est utilisée contre son véritable géniteur. Cette scène fonctionne merveilleusement comme métatexte de l’écriture de cet album : Pandora est à peine un personnage, elle est surtout là pour donner l’occasion à Manara de faire ce qu’il fait si bien, dessiner des jeunes filles peu habillées sur le point de se faire violer. La demoiselle est charmante, le sous-texte beaucoup moins.

Comme pour beaucoup d’œuvres, le lecteur retirera des Yeux de Pandora ce qu’il y amènera : une lecture au premier degré réjouira les amateurs de polars et de plastique féminine gratuitement dénudée, tandis qu’un point de vue ne serait-ce que légèrement féministe laissera un goût plus amer. À chacun alors de se faire son opinion.

(par François Peneaud)

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