« Les blagues de Toto » adaptées en dessin animé.

6 septembre 2010 12 commentaires
  • La chaîne de télévision M6 diffuse depuis la rentrée l’adaptation des « {Blagues de Toto} » de {{Thierry Coppée}}. La série animée est fidèle à l’univers inventé par l’auteur belge, même si les producteurs ont pris le parti de réaliser des épisodes de 13 minutes plutôt que de respecter le format restreint du gag en une planche. Retour sur les origines de ce succès de l’édition.

« Les blagues de Toto » adaptées en dessin animé.Alors qu’il était instituteur, Thierry Coppée plaça quelques-unes de ses bandes dessinées dans le Journal de Spirou, sans réellement y trouver sa place. Michel Dufranne, un de ses amis, lui conseilla d’envoyer son travail à Guy Delcourt. L’éditeur Parisien qui cherchait à étoffer son catalogue grand public lui a proposa une idée. Il arrive souvent aux éditeurs d’aider les auteurs à accoucher d’une œuvre en les associant avec un collaborateur ou en orientant une histoire ou un style graphique. Séduit par les planches de Thierry Coppée, Guy Delcourt lui proposa le concept de l’adaptation des « blagues de Toto » en BD. Une idée simple et commercialement géniale : Les farces potaches du cancre font partie de l’imagerie populaire francophone depuis la fin du 19e siècle.

En effet, en 1892, un an avant son décès, Émile Durafour, un acteur saltimbanque, écrivit un vaudeville intitulé Les Farces de Toto qui fut mis en scène par Georges Feydeau. En 1937, un an avant de créer le personnage de Spirou, Rob-Vel et son épouse Davine animèrent le facétieux gamin dans une bande dessinée pour Le Journal de Toto. Depuis lors, des millions de gosses se sont raconté, dans la cour de récréation, des blagues mettant en scène le gamin espiègle. Ces blagues ont traversé le temps et les générations.

Thierry Coppée, en mars 2009
(c) Nicolas Anspach

Le génie de Guy Delcourt est aussi d’avoir demandé à un jeune instituteur d’animer ce personnage. Qui connaît mieux le monde de l’école, et plus généralement de l’enfance, que lui ? Une partie des histoires des Blagues de Toto ont pour cadre l’école. Thierry Coppée utilise donc intuitivement son expérience et ses connaissances pédagogiques pour écrire ses gags, tout en créant un univers crédible et simple dans lequel le lecteur s’identifie immédiatement. Le monde de Toto est ancré dans notre réalité et aborde en filigrane les thèmes du divorce ou de l’immigration. Le meilleur pote de Toto s’appelle Yassine. Les parents de Toto, quant à eux, sont divorcés, et le jeune garçon vit en alternance dans l’appartement de son père ou la maison de sa mère.

Père d’enfants en bas âge, marié à une institutrice, Thierry Coppée se sert en partie de ses propres expériences. Ce gamin naïf et espiègle à la coiffure orange comme Naruto est un cousin éloigné de Boule ou de Cédric. Thierry Coppée a donné à son personnage un fabuleux sens de la répartie. Il parvient en une planche à faire rire ses lecteurs grâce à un découpage percutant (chaque gag est développé en une page) et des dialogues faussement simples. Contrairement à d’autres séries best-sellers mettant en scène des enfants, ceux-ci sont condensés au strict minimum. L’absence d’excès verbal et de mots compliqués participe grandement à l’identification du jeune lecteur pour ce gamin de 7/8 ans. Au travers chacun des gags, Thierry Coppée partage une vision malicieuse et candide de l’enfance et évite d’aborder des sujets "gores", vulgaires ou trop impertinents.

Extrait du T7 des "Blagues de Toto"
(c) Thierry Coppée et Delcourt.

Il a aujourd’hui, depuis 2004, sept albums des Blagues de Toto à son actif. Le succès fut immédiat. Les ventes cumulées de la série avoisinent les deux millions d’exemplaires. En 2007, les sociétés de production Gaumont et Alphanim ont décidé d’adapter les Blagues de Toto en une série d’animation de 52 épisodes de 13 minutes. Ils ont transposé avec fidélité l’univers et le ton de Thierry Coppée dans des histoires longues. Les épisodes sont diffusés depuis ce dimanche à 9h25 sur M6, dans l’émission M6 Kid.

Le huitième album des Blagues de Toto, l’élève dépasse le mètre, paraîtra en novembre prochain.

Illustration issue du dessin animé
(c) Alphanim, Gaumont & M6.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Lire la chronique du T3 des Blagues de Toto
Regardez une interview filmée de Thierry Coppée sur le site de notre partenaire France Télévision.

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Illustrations : (c) Thierry Coppée & Delcourt.
Photo : (c) Nicolas Anspach

 
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12 Messages :
  • On dirait Cédric (de Laudec) en roux !

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  • Une idée "commercialement géniale" ? Le "génie" de Delcourt ( de solliciter un jeune instituteur ?)
    À mes yeux, ce produit d’une indigence artistique et humoristique absolue est le reflet de la bérésina déontologique qui submerge le monde éditorial depuis un moment, pour lequel le marketing et l’ultra-ciblage doit l’emporter sur tout le reste.

    J’ai 49 ans, et effet, les blagues de Toto fusaient déjà de toute part dans ma cour de récréation. Mais à l’époque, je ne pense pas que le moindre éditeur aurait succombé à l’idée d’en faire des recueils de gags (même si on la leur aurait soufflée). Nous lisions alors les gags de Gaston et les histoires de Goscinny, ce qui entretenait l’idée (pas bête) que l’accès au statut d’auteur de BD (d’humour, de surcroît) n’était réservé qu’à de grands professionnels, voire des individus d’exception.

    Maintenant, cette série cartonne, donc. Que vaut ma voix contre celle du "grand public" ? Je ravale donc ma consternation et m’en retourne à mes lectures de jeunesse, en passéiste que l’on me pousse parfois à être.

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    • Répondu par binamé le 7 septembre 2010 à  08:18 :

      à glad :
      "Maintenant, cette série cartonne, donc. Que vaut ma voix contre celle du "grand public" ? Je ravale donc ma consternation et m’en retourne à mes lectures de jeunesse, en passéiste que l’on me pousse parfois à être."

      seule phrase intelligente de votre commentaire !
      vous ne devez pas aller très souvent en librairie, sur 4000 titres par an, vous êtes obligé de retourner à vos lectures d’antan, c’est triste et dommage pour vous, vous ratez de belles choses.
      rassurez-vous, lorsque vous lisiez gaston ou astérix, lors de vos jeunes années, des gens comme vous critiquaient à l’époque ces bandes dessinées !
      bref, rien de neuf sous le soleil.
      pour info : delcourt ignorait le métier de l’auteur lorsqu’il l’ a signé.

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      • Répondu par Glad le 7 septembre 2010 à  20:47 :

        Cher binamé, ne vous tracassez pas pour moi : sur les 4000 titres annuels, je sais parfaitement faire mon marché et discerner le bon du mauvais (il est "triste et dommage pour vous" que vous ne sachiez en faire de même). Quand aux critiques faites à Astérix en son temps (Gaston a toujours été épargné, il me semble), elles relevaient plus d’une hargne ambiante à l’encontre du succès et du fric beaucoup plus que de considérations artistiques ; car sans toujours l’avouer, et malgré des arguments pas toujours de bonne foi (ingratitude du dessin, chauvinisme des scénarios), tout le monde était bel et bien impressionné par le talent et le savoir-faire des auteurs. Ce qu’il y a de très embêtant avec Thierry Coppée (qui semble plutôt sympathique), c’est qu’il doit s’imaginer faire de la BD à succès "comme" Goscinny et Uderzo, de la même manière que Marc Lévy croit écrire des livres "comme" Proust et Balzac. Le drame (jamais assumé) avec le milieu éditorial, c’est qu’il n’a de cesse de se démener entre le commercial et le culturel (ou l’artistique) et qu’au bout du compte, c’est toujours une certaine forme de déontologie qui y laissera des plumes. Et je maintiens qu’il règne bel et bien une sorte de sinistrose artistique sur la "BD d’humour tout public" ces dernières années, et qu’il faut pouvoir, sur un site comme actuabd (se permettant aussi certaines descentes en flammes de principe comme pour le Spirou de Parme et Trondheim) rétablir une certaine hiérarchie des valeurs.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 7 septembre 2010 à  23:24 :

          Et je maintiens qu’il règne bel et bien une sorte de sinistrose artistique sur la "BD d’humour tout public" ces dernières années, et qu’il faut pouvoir, sur un site comme actuabd (se permettant aussi certaines descentes en flammes de principe comme pour le Spirou de Parme et Trondheim) rétablir une certaine hiérarchie des valeurs.

          Je vous laisse à votre "sinistrose artistique", un concept un peu curieux qui mériterait d’être développé.

          Plutôt qu’une hiérarchie des valeurs qui fait appel à une nomenclature critique que je subodore sclérosante, je crois surtout qu’il faut contextualiser chaque série. Toto n’avait pas l’ambition, comme Parme et Trondheim, de se mesurer à Franquin. On pouvait donc se permettre de faire remarquer à ceux-ci qu’ils avaient raté leur coup, d’autant qu’ils poétaient plus haut que leur culte.

          On va vous parler bientôt de la reprise de la série régulière par Yoann et Vehlman et vous verrez que le ton ne sera pas le même...

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          • Répondu le 7 septembre 2010 à  23:56 :

            comme Parme et Trondheim, de se mesurer à Franquin.

            Dans la série "Spirou vu par..." c’est Tarrin qui tentait "de se mesurer à Franquin", pas Parme et Trondheim (dont l’album est très réussi, scénario comme dessin).

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          • Répondu par f*Parme le 8 septembre 2010 à  07:16 :

            Je n’ai jamais cherché à me mesurer à Franquin et je ne chercherai pas à me mesurer à Coppée non plus.

            f*

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        • Répondu par Nicolas Anspach le 8 septembre 2010 à  06:47 :

          Quant à la sinistrose de la « BD tout public », je vous invite sincèrement à lire Actuabd.com plus régulièrement. Vous verrez que l’on parle régulièrement de BD tout public qui sont fabuleuses, connues ou pas. Il n’y a pas de sinistroses dans la BD tout public. Au contraire : Il y a de véritables pépites, qui ne demandent qu’à être connues : Tamara, Mon Pépé est un fantôme, Parker et Badger, Mamette, Ernst & Rebecca, etc. Il y a sûrement d’autres perles chez d’autres éditeurs (Bamboo, etc)

          Qui êtes vous pour dire : « Thierry Coppée doit s’imaginer faire de la BD à succès "comme" Goscinny et Uderzo, de la même manière que Marc Lévy croit écrire des livres "comme" Proust et Balzac » ?

          Le connaissez-vous ? Regardez l’interview filmée sur le site notre partenaire France 5, Thierry Coppée est lucide et modeste par rapport à ce succès. Zidrou me disait dans une interview (de mémoire) : « J’espère bien que vous ne lisez plus des Ducobu à 35 ans, mais n’oubliez pas que les enfants ont besoin d’histoire avec de la magie, de l’humour, etc ». Rappelez-vous ce que vous lisiez quand vous étiez enfant … « Les Blagues de Toto » ont bel et bien de nombreuses qualités. N’en déplaise à l’adulte que vous êtes !

          Bien à vous,

          Nicolas Anspach

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          • Répondu par stéphane le 8 septembre 2010 à  19:51 :

            Je suis d’accord que vous vous exprimiez à propos de la série,mais c’est vraiment injuste de prêter à Thierry Coppée une attitude qu’il n’a vraiment pas. Nous nous connaissons fort bien et comme je tire une partie de mes revenus du dessin et de l’illustration, l’année dernière, alors que j’étais dans la difficulté, Thierry est venu à mon secours en me proposant temporairement du travail d’assistant, fort bien payé.
            Arrêtez un peu de jouer à imiter Éric Zemmour, Toto est une série à succès,c’est comme ça, le public à dit, "on aime" et par extraordinaire, son créateur est un type bien qui mérite ce qui lui arrive.

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            • Répondu le 8 septembre 2010 à  20:51 :

              et par extraordinaire, son créateur est un type bien qui mérite ce qui lui arrive.

              Voilà une remarque stupide Stéphane, qui dit en creux que ceux qui n’ont de succès méritent ce qui leur arrive (voir même que ce ne serait pas des types bien).

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          • Répondu par Mathieu le 9 septembre 2010 à  00:03 :

            Je me permets de m’immiscer tardivement dans ce petit débat, qui soulève des points rarement... soulevés dans les discussions sur ce site.
            Bien que Glad semble vouloir jouer les "grincheux un poil réac" de service, il écrit tout haut ce que je pense (un peu) tout bas, depuis un moment.
            Je crois comprendre qu’il n’a rien contre la personne de Thierry Copée, (certainement plein d’humanité et généreux envers ses collègues en difficulté).
            Maintenant, comme lui, je réfléchis sur la série "Toto". Quand il dit que Copée "s’imagine faire une BD à succès comme Goscinny et Uderzo" , l’expression est brutale et malheureuse, mais je crois savoir ce qu’il veux dire et il semble avant tout mettre l’éditeur Delcourt en cause. L’éditeur est celui qui donne son aval à un projet, et qui décide de ce qui est "digne" d’être proposé au public. Je pense moi-même que le projet "Toto" fait bel et bien partie d’une mouvance éditoriale BD très récente (relevant d’un dysfonctionnement éthique bien réel) qui consiste à ratisser allègrement dans les "modes humoristiques" des cours de récré ou des machines à café (Les Blondes, les Blagues Belges, etc.), chose en effet impensable il y a 20 ou 30 ans. On ne peut absolument pas nier cet état de fait. Le problème est que ces séries sont en passe de devenir insidieusement des nouvelles "références" dans l’esprit des éditeurs, qui ont compris depuis peu que ces thématiques opportunistes et sans aucune ambition narrative et humoristique peuvent être plus facilement payante que le réel contenu artistique des albums. Le même phénomène a atteint le cinéma (et là aussi, va grandissant) : Le film "Ducobu" a uniquement été monté sur le succès du Petit Nicolas, qui est un rattage et un monument d’ennui malgré le soin technique et les grands moyens ; il fut néanmoins un gros succès public, car la "thématique" du petit Nicolas est inscrite dans la mémoire collective, ce qui a constitué la première (et unique ?) motivation des producteurs. Quand N. Anspach dit qu’il y a des pépites dans "L’humour tout-public", il a bien raison. La question est la suivante : de tous les exemples qu’il donne, il y en a-t-il un seul qui fasse les scores de vente de Toto et l’objet d’une telle promotion ? C’est là que le travail critique (qui est le vôtre) devrait aussi se situer : démontrer que le succès public n’est en rien un gage d’impunité et de qualité, et que la "modestie" ou la "lucidité" d’un auteur sur sa propre création ne doit en aucune façon annihiler le travail critique objectif. Qu’en pensez-vous ?

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 9 septembre 2010 à  08:06 :

              La question est la suivante : de tous les exemples qu’il donne, il y en a-t-il un seul qui fasse les scores de vente de Toto et l’objet d’une telle promotion ? C’est là que le travail critique (qui est le vôtre) devrait aussi se situer : démontrer que le succès public n’est en rien un gage d’impunité et de qualité, et que la "modestie" ou la "lucidité" d’un auteur sur sa propre création ne doit en aucune façon annihiler le travail critique objectif. Qu’en pensez-vous ?

              Le travail de la critique, comme vous dites, n’est pas de démontrer que le succès est injuste. Son rôle est de révéler, pas de punir une réussite qui est rarement une imposture puisqu’il s’agit, comme l’a bien noté Pascal Ory précisément à propos de Goscinny, de l’expression d’un ’suffrage universel de la culture".

              Votre analyse est exacte : ce genre de produit s’est multiplié ces dernières années. C’est un phénomène de "branding" (d’usage d’une marque en français) répandu dans bien d’autres secteurs de l’économie qui consiste à rassurer le circuit de vente avec une marque connue. L’accroissement de l’offre éditoriale oblige à ce genre de réassurance. La pub qui accompagne la sortie de l’ouvrage joue souvent un rôle comparable. Elle assure la mise en place qui est le premier vecteur de communication en direction du client.

              Tout est en fait dans l’intention de l’auteur par rapport à ce cas de figure. Ni Godi, ni Coppée ne prétendent au chef d’œuvre et pourtant, dans leur registre, ils se posent un peu là. Contrairement à d’autres auteurs qui vendent bien moins qu’eux mais qui mobilisent les médias. C’est à l’intention qu’il faut juger l’œuvre, pas sur la base des préjugés.

              Les préjugés, on les voit à l’œuvre depuis quelques décennies à Angoulême et ailleurs. Ces mangas tant décriés par Éric Zemmour et Ségolène Royal, cette Heroïc Fantasy dénoncée par Thierry Groensteen, ces 48cc abhorrés par Menu, cet humour "formaté" que vous dénoncez aujourd’hui sont précisément ce qui a permis l’émergence de Glénat, Delcourt, Soleil, Bamboo et Jungle. Et chacun -je dis bien chacun- à côté de sa production commerciale s’est gardé un coin de jardin où prospère une BD "de qualité". Car vous faites semblant d’oublier que l’éditeur de Toto est aussi celui de Chris Ware, de Dave McKean, de Scott McCloud et d’Alan Moore.

              Vous pouvez le déplorer mais les séries comme Toto sont les vrais succès populaires d’aujourd’hui, je dirais même le cœur de cette industrie, sinon nos classiques de demain. Qui nous dit que Lanfeust ou Sillage ne seront pas dans quelques décennies étudiés avec autant de sérieux qu’un Astérix aujourd’hui ?

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