Les éditeurs en appellent à l’État pour "une refonte radicale" du Festival d’Angoulême

24 février 2016 29 commentaires
  • Ils étaient restés discrets jusqu'ici, faisant le gros dos suite aux déconvenues essuyées lors de sa dernière édition par le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, sans doute pour éviter de tirer sur une ambulance. Mais un mois s'est passé depuis et les éditeurs en appellent à l'État pour réformer une institution marquée par "l'absence d'une vision partagée et d'une gouvernance efficace."
Les éditeurs en appellent à l'État pour "une refonte radicale" du Festival d'Angoulême
Guy Delcourt, président de la section BD du Syndicat National de l’Edition.

C’est un électrochoc d’une rare violence, et même inédit dans l’histoire du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême : quasiment tous les éditeurs de bande dessinée présents lors du dernier festival (Dupuis et Pika ne sont pas signataires du document, mais ils n’en pensent pas moins), à savoir les membres du Syndicat National de l’Édition réunissant les plus gros éditeurs, et le Syndicat des Éditeurs Alternatifs (SEA) qui rassemble les plus petites structures, ont signé un document, "Sauvons le Festival d’Angoulême !" (voir ci-dessous) qui constate les "carences récurrentes" de ce rendez-vous annuel de la BD et qui en appelle même au boycott : "... nous avons décidé de ne pas participer à la prochaine édition du FIBD si une refonte radicale n’est pas mise en œuvre dans les meilleurs délais. le festival doit être repensé en profondeur, dans sa structure, sa gouvernance, sa stratégie, son projet, et ses ambitions."

Ras-le-bol

On imagine ce qui a motivé ce coup de poing sur la table : "C’est le ras-le-bol suite au dernier festival, le cumul de ses errements, nous dit Guy Delcourt, président de la commission BD du Syndicat National de l’Édition. Les éditeurs sont souvent mécontents, il y a toujours des petites choses qui ne vont pas, mais là, de manière récurrente, elles se sont aggravées, dans un bouquet d’erreurs, de maladresses qui on entraîné l’insatisfaction : une fréquentation qui baisse, avec à mon avis un manque de prise en compte du dispositif Vigipirate qui était déjà en place l’an passé, personne n’a été pris par surprise, c’est donc vraiment un défaut de l’organisation. Il y a évidemment les prix, que ce soit l’absence de femmes dans la liste pour le Grand Prix, la cérémonie de clôture qui était extrêmement embarrassante et qui a surtout déprécié l’image de la bande dessinée, notamment au niveau international, et de façon durable ; le mépris de l’organisation pour les auteurs et les éditeurs, une organisation qui va très peu au devant d’eux, ne fut-ce que pour les saluer de façon courtoise comme doit le faire un organisateur... C’est cet ensemble d’éléments qui a provoqué chez les éditeurs, et je crois savoir chez les auteurs, un vrai ras-le-bol."

Appel au Ministre de la culture et à l’État

Les éditeurs demandent dès lors à l’État d’intervenir dans le jeu angoumoisin : "Nous en appelons avant tout à l’autorité de l’État car l’écheveau angoumoisin est devenu tellement complexe et tellement incompréhensible qu’il faut sortir du problème par le haut, non pas en essayant de bricoler en quelque sorte les relations entre l’association et 9eArt+, la mairie, la région, etc. mais en réunissant les gens, nous dit Guy Delcourt. Il faut une capacité à faire table rase pour rebâtir, repenser un autre festival et cela, seul l’état a cette capacité-là dès lors qu’il en aura la détermination. La méthode consiste à passer par l’autorité de l’état avec toute la vigueur qui s’impose. Un médiateur nous paraît être la bonne solution. Il faut quelqu’un qui soit éclairé, qui a à la fois une vraie affinité culturelle avec le monde de l’édition et de la bande dessinée en particulier, qui soit réceptif aux problématiques de ses acteurs, en particulier les éditeurs et les auteurs qui on été, il faut bien le reconnaître, portion congrue dans le rôle qu’a bien voulu leur accorder le festival, ce qui est quand même pour le moins paradoxal.

Et puis, il faut quelqu’un qui connaisse très bien les rouages de l’État et qui puisse être efficace dans ce rôle et qui, d’une manière générale ait à cœur de trouver les bons équilibres. On voit bien que le Festival d’Angoulême n’appartient à personne. Il émane d’une ville, et au-delà de cela, d’un département, d’une région. C’est un événement qui est rendu vivant par ses acteurs, les auteurs et les éditeurs principalement, avec d’autres entités locales, etc. C’est le point de départ de tout un ensemble institutionnel et industriel émanant de la bande dessinée au sein de la région angoumoisine... Il faut quelqu’un qui ait la capacité intellectuelle et la clairvoyance pour donner enfin à ce festival la gouvernance qui doit être la sienne."

Une fréquentation en baisse de 10%

Quelle stratégie de développement ?

"On fait une demande de médiation comme pour un couple en crise, dit de son côté Jean-Louis Gauthey, président du Syndicat des éditeurs alternatifs qui regroupe des labels comme L’Association, Cornélius ou Ça et Là. Mais on n’est pas un couple, on est une horde, une cellule familiale complexe. Le médiateur aura beaucoup à faire ! Il faut quelqu’un qui a une capacité d’écoute assez développée, car il aura beaucoup de choses à entendre de la part des uns et des autres. Ce qu’il faut changer, c’est notre rapport à Angoulême. L’Association des Auteurs de BD est en train de creuser ce sujet. Les États généraux de la bande dessinée ont montré que les auteurs avaient de plus en plus de mal à vivre de la bande dessinée et à vivre ce festival de bande dessinée. Je pense que là-dessus le médiateur aura des choses à entendre. Si tout le monde pouvait se parler, ce ne serait pas mal.

Jean-Louis Gauthey, président du Syndicat des Editeurs Alternatifs

J’apprends que le Grand Angoulême veut lancer un parc d’attraction autour de la bande dessinée. C’est sans doute bien, je n’en sais rien. Mais on est en train d’imaginer une nouvelle structure alors que le festival n’a toujours pas de lieu pérenne, qu’on continue à construire des tentes. Ça m’interroge... Je pense que là-dessus aussi, il y a quelque chose qui a été longtemps réclamé par les éditeurs et qui n’a jamais eu de réponse localement. Je pense que s’il y avait une structure pérenne, si l’on ne dépensait pas des centaines de milliers d’euros pour monter des tentes chaque année, l’équilibre financier des éditeurs et du festival s’en trouverait amélioré. Sur le fonctionnement du festival lui-même, je pense qu’il y a des divergences profondes entre le SNE et le SNA, mais si on peut se mettre d’accord sur le fait que la bande dessinée représente une diversité constatée en librairie, il n’y a pas de raison que cela se passe mal."

Une structure remise en cause

Faut-il que Franck Bondoux et 9eArt+ dégagent ? Ce n’est pas ce que demandent les éditeurs :"On ne veut pas prendre le problème par le petit bout de la lorgnette, répond Guy Delcourt. On ne refera pas l’erreur qu’a faite M. Bondoux en désignant comme coupable le présentateur de la remise des prix. Je ne voudrais pas non plus résumer les problèmes du festival à la personnalité de Franck Bondoux ou même à sa structure 9eArt+. Il faut voir les choses de manière beaucoup plus large, c’est pourquoi nous appelons à une refondation du Festival.

Le problème majeur aujourd’hui, qui provoque les dysfonctionnements de la façon dont opèrent Franck Bondoux et 9eArt+ et qui en est la conséquence, est une structure [L’Association du FIBD. NDLR] qui est aujourd’hui complètement nécrosée. Il y a un écheveau indémêlable au niveau d’Angoulême, on n’y comprend plus rien. On sait qu’il y a une association qui hérite de l’aspect initial du festival, c’est à dire des amateurs qui se sont rassemblés pour créer ce festival et qui, évidemment, n’a plus beaucoup de sens vu la cette dimension qu’a prise aujourd’hui le festival. Elle est légitime, mais elle n’est pas opérante, pas opérationnelle. À l’inverse, on peut dire que 9eArt+ n’est pas légitime, mais agit... Cela ne va pas ! De manière plus générale, on ne voit pas dans ce festival une gouvernance, une structure, un dispositif qui soit à la hauteur de cet événement qui est devenu un festival très important pour la bande dessinée, et même au-delà de la bande dessinée."

"La raison pour laquelle on a trouvé cette convergence avec le SNE, ajoute Jean-Louis Gauthey, c’est la volonté d’établir un dialogue pacifié, hors polémique, forcément local mais aussi national, puisque ce festival incarne la bande dessinée, et pas seulement la bande dessinée à Angoulême. Elle accueille localement une bande dessinée qui a une dimension internationale, comme on a pu le vérifier pendant le dernier festival. Sur ce sujet-là, on a beaucoup de sujets à discuter, à propos desquels on va sans doute s’opposer, mais sur lesquels il va falloir s’entendre comme c’est le cas pour toute grande profession."

Le communiqué des éditeurs de BD

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

La rédaction d’ActuaBD.com a demandé une réaction à 9eArt+, sans réponse jusqu’à présent.

En médaillon : Dessin de Trondheim (c) FIBD

 
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29 Messages :
  • Quelle gouvernance pour ce festival ?
    24 février 2016 11:18, par Gilles

    La description qui est faite du « médiateur » idéal laisse rêveur...
    Personne ne s’est jamais tourné vers les festivals comparables qui fonctionnent bien, sur un mode de gouvernance totalement différent, prenant en compte les points de vue de tous les acteurs des professions concernées (l’association du Festival de Cannes, au CA de laquelle siègent toutes les organisations professionnelles et les représentants de l’Etat ; le Festival d’Annecy, géré par un établissement public éclairé par un puissant Conseil d’orientation où sont représentés les acteurs du secteur de l’animation : auteurs, producteurs, diffuseurs...). Il faut donc que le « médiateur », en plus des qualités énumérées, ait une bonne connaissance de ces modèles.

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  • J’ai l’impression qu’en fait l’état ne va rien faire du tout à par brasser de l’air, surtout d’ici l’année prochaine et les élections, et laisser le truc se démerder. Ce qui devrait tout à fait convenir à l’asso 9art +.

    Même pas certain que le boycott ( les signataire iront-ils jusqu’au bout ? ) les inquiète plus que ça...

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    • Répondu par Nexus le 24 février 2016 à  22:44 :

      Bon, ça c’est fait. Dans le concert des plaintes, ça manquait un peu il faut dire.
      Néanmoins, il va falloir que tout le monde soit réaliste. Refonder un festival comme Angoulême en moins de 10 mois, avec un médiateur, qui en effet est un peu le mouton à 5 pattes, désigné sans doute par une toute nouvelle ministre de la culture, qui est peut-être pas au jus, et qui va sauter dans un an et demi, soit 4 mois après le prochain festival. Tout ça avec la question, à résoudre, du paiement, désormais, des auteurs, voire même une captation des budgets locaux par le projet de Parc de Loisirs. Sachant que tout politique qui met les pieds au festival d’Angoulême se fait découper à un moment où à un autre, je ne les voie pas accourir bizarrement. La meilleure solution serait de fermer le festival pour la prochaine édition, se donner le temps de faire bien, nouveau, impactant, communicant etc... D’ailleurs, les éditeurs étant des gens plutôt pragmatiques, on peut s’interroger sur leur croyance véritable en une édition 2017, boycott mis à part. Un "trou" d’un an ne serait sans doute pas un drame pour eux. Enfin, un festival organisé par les éditeurs (genre tout le monde finit par se mettre d’accord et travailler en bon esprit) j’aimerai assez voir ça. L’union sacrée c’est un peu comme l’homme providentiel, ça a toujours un petit air d’arnaque.

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      • Répondu le 25 février 2016 à  08:25 :

        Un an de fermeture, c’est ce qu’il a fallu pour Japan Expo pour régulariser sa situation, et ça a payé :).

        D’après ce que j’ai lu sur Angoulême, c’est toute la gouvernance qui est revoir, aussi bien au niveau des organisateurs que des collectivités locales. Ça risque de prendre un sacré temps ! Dix mois ne suffiront pas !

        Voyons déjà s’ils arriveront à boucler le financement de la prochaine édition. Pas de financement, pas de festival.

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  • Le bel élan d’unité se fissure :http://www.syndicatbd.org/sauvons-dabord-les-auteurs/

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    • Répondu le 24 février 2016 à  23:29 :

      oui mais bon la fin du communiqué... moi hein, les rappels à coup de "pas d’auteur, pas de BD" ça va finir surtout en "pas de public, pas d’auteur".
      Refonder le festival pour les auteurs, pour les éditeurs, pour les professionnels c’est bien. Espérons qu’ils auront à un moment une pensée pour le public, parce que personne en parle jamais du public dans ce petit monde d’entre-soi.

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      • Répondu par La plume occulte le 25 février 2016 à  11:10 :

        Parfaitement vrai. Il serait temps en effet de s’en soucier, du public.

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    • Répondu par Math le 25 février 2016 à  01:44 :

      Le bel élan d’unité se fissure :http://www.syndicatbd.org/sauvons-dabord-les-auteurs/

      Une fois de plus à côté de la plaque Plumeau, l’unité des éditeurs est intacte, les auteurs n’en faisaient pas partie.

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      • Répondu par Nexus le 25 février 2016 à  08:53 :

        Il y a un moment où on s’embrouille tellement qu’il faut reposer certaines choses si ça vous dit. en premier lieu, définir juste déjà la nature du festival :

        - le festival est il payé par les éditeurs et les auteurs ?
        - le festival doit-il être cornaqué par les éditeurs ?
        - le festival a-t-il une mission d’indépendance ?
        - le festival doit-il avoir une politique éditoriale qui lui soit propre par rapport au monde de l’édition ?
        - le festival peut-il vivre et évoluer en parallèle aux éditions, ou doit-il se soumettre aux besoins des uns et des autres afin de satisfaire tout le monde ?
        - en gros, le festival doit-il être autre chose qu’une caisse de résonnance pour les éditeurs ?
        - le festival a-t-il une âme qui lui soi propre ? ou faut-il le retour à une foire dévolue aux besoins éditoriaux.

        en gros = festival ou salon ?

        quand on saura ce qu’est le festival on saura peut-être quoi en faire.

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      • Répondu par La plume occulte le 25 février 2016 à  11:16 :

        On peut avoir la bosse des maths et avoir pourtant du mal à comprendre que l’unité des éditeurs sans les auteurs est un bien mauvais calcul.
        C’est couillon.

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  • Et pendant ce temps-là, le Salon du Livre de Paris rebrandé Livre de Paris se prépare. Et la position de Vincent Montagne qui préside le SNE pour la rémunération des auteurs qui y dédicaceront et interviendront : "Non".
    Les auteurs ne devraient-ils pas tout simplement boycotter tous les salons ?

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    • Répondu le 25 février 2016 à  22:37 :

      Morale d’assisté. On les voit très bien les zozos qui vont revendre illico leurs dédicaces. 100 euros par dédicace, prix flexible ou inexistant pour ceux qui connaissent les livres, ou veulent simplement partager un moment. Les autres : à la caisse ! Pas besoin d’attendre une bénédiction de qui que se soit.

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      • Répondu le 26 février 2016 à  11:05 :

        Le prix d’entrée unique de Livre Paris est de 12 euros. Là-dessus, les organisateurs se payent. Les éditeurs payent leur stand mais payent aussi leurs employés présents sur le salon. Ceux qui fabriquent les stands et qui accueillent les gens sont payés. Mais les auteurs, eux, ne perçoivent rien pour leur prestation et vous considérez qu’ils ont une "morale d’assisté". Vous ne trouvez pas que sur le prix du billet d’entrée, une part devrait revenir aux auteurs ? Vous ne trouvez pas que sans les auteurs, 12 euros, ce serait cher juste pour avoir le droit d’entrer dans une librairie ?

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    • Répondu par un auteur le 26 février 2016 à  06:48 :

      Parfaitement. Il y a un manque de courage de l’ensemble des auteurs.
      C’est sympa de boire des coups avec les copains, mais ça on peut le faire ailleurs.
      Seul les éditeurs et les libraires font de l’argent.
      - Nous ne sommes pas rémunéré
      - de plus en plus mal reçu par les libraires et les salons (pour avoir un café, une bouteille d’eau, un merci etc, c’est parfois bien difficile)
      - on perd des journées de travail
      - on ne passe pas ce temps avec nos familles ( puisqu’on nous autorise de moins en moins de venir avec notre compagne par exemple).
      - on nous demande de plus en plus d’avancer les frais de déplacement et courir et relancer pendant des mois pour se faire rembourser
      Bref, on est un peu con

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      • Répondu par Paul le 26 février 2016 à  07:50 :

        Mais changer de métier, bon sang ! A longueur de forums, on vous lit pleurnicher, mal payés, dédicaces gratuites, déplacements longs, aucune unité entre vous. Alors, oui vous êtes des cons ! J’ai été un de ces cons aussi en 1990, et malgré de très bonnes ventes de mon unique album, ce monde, ce milieu m’a paru peu clair pour une ligne de vie. Malgré les pressions j’ai tout stoppé, alors soit vous continuez mais sans gémir à longueur de temps, soit vous stoppez ce métier (?). Simple, non ?

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        • Répondu par Erik A le 26 février 2016 à  10:04 :

          Il ne vient pas à l’idée de ce brave Paulo que on fait ce métier parce qu’on aime avant tout dessiner, que c’est une passion dévorante ? Et qu’il ne viendrait à l’idée de personne dans ce job de vraiment amoureux du dessin de laisser tomber... Son choix personnel n’est pas une justification de quoi que ce soit à part pour lui, et ça prouve juste qu’il n’avait pas la moelle.

          Mes revenus BD ont été divisés par 4, si je compare il y a des lustres à mes débuts et à maintenant. Je ne connais pas de profession qui accepterait ça sans descendre dans la rue. Mais oui, on est individualistes, c’est même pour ça qu’on a choisi un taf d’indépendant, qui est compliqué à vivre, parfois et plus encore dans un métier qui se transforme et évolue beaucoup, dans un marché compliqué où les éditeurs ne savent pas toujours sur quel pied danser...

          Et ça nous donne aussi le droit de dire quand on n’est pas contents sans qu’un type vienne nous expliquer qu’on est des cons...

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        • Répondu le 26 février 2016 à  11:06 :

          Un seul livre ! Vous ne deviez pas avoir grand chose à dire. Vous avez bien fait de changer de métier !

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        • Répondu le 26 février 2016 à  11:50 :

          Surtout ne rien faire pour essayer d’améliorer les choses, hein ?

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        • Répondu par Auteur le 26 février 2016 à  11:55 :

          Lol les donneurs de leçons qui affirment avoir été auteur mais qui se gardent bien de dire qui ils sont, personne n’y croit plus depuis longtemps.

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        • Répondu par un auteur le 26 février 2016 à  18:54 :

          Paul, je suis content que vous ayez quitter le métier.
          Vous travaillez au MEDEF je suppose ?

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          • Répondu par Nexus le 27 février 2016 à  14:31 :

            bon, reprenons la discussion parce que ça c’est ce qui m’intéresse. Qui m’aime me suive...

            qu’est-ce que on peut conclure d’une comparaison Livres Paris, et festival d’angoulème ? :

            - d’une part, un salon, mandaté par les éditeurs, hors présence lourde de l’état. les activités sont de la responsabilité du salon (plutôt conf que expo), les auteurs sont la responsabilité des éditeurs (dédicace à leur frais). Le but du salon est de donner de la visibilité aux éditeurs et aux BD en tant qu’objet, d’où la présence des éditeurs. J’ai bon ?

            - d’autres part le festival, non mandaté et non financé par les éditeurs, censé être autonome en matière de choix éditorial, financé par l’état et ses propres revenus. les activité sont le point central (conf, concours de dessins, multiples expos, rencontres cours professionnels etc...), les auteurs sont le second point important, pour le public, rémunérés par le festival selon toute logique. Les éditeurs sont bien entendu présent, mais tiennent stand par une étrange obligation, alors que cela ne leur semble pas une nécessité, et que tous se plaignent que ça coûte cher. Le but du festival est de donner la visibilité à la BD en tant que création. J’ai bon ?

            - donc, on a un salon à visée industrielle, enrobé, et c’est bien normal, d’une bonne couche de culturel, et un festival à visée culturelle, avec une couche difficile à négocier d’industriel. C’est certes un peu grossier, mais à chercher la nature première des choses, j’ai l’impression que ça se positionne comme ça. non ?

            - alors : pourquoi ne pas éliminer du festival les stands éditeurs (le public n’y a aucun avantage, l’ère du cadeau salon étant bien révolue) ? créer une librairie géante, où toute la BD sera représentée, gérée par un GIE de libraires ou autre, dont l’entrée sera gratuite, et des "modules" de dédicace, plutôt que des stands éditeurs, dont l’entrée sera gratuite, mais la dédicace payante. le client, plutôt que de "payer pour rentrer dans une libraire" et avoir sa dédicace gratuite, entrera gratuitement, et paiera sa dédicace puisque c’est ça qui l’intéresse. l’éditeur, lui, aura alors beau jeu de rebasculer ses investissements stand, dans des expos, des extraits gratuits pour le public, une fête pour ses auteurs, un évent dans la rue, du créatif plutôt que du ronronnant. au moins chaque année on serait surpris par angouleme.

            - l’absence de compléments de revenus générés pour le festival par les ventes de ticket d’entrée se compense alors par l’apport locatif du GIE libraire, les prix d’entrée expos, conf, activités (qui sont la véritable plus value du festival, donc peuvent se financiariser mieux, et un développement, enfin, d’une vraie politique produit autour du festival (le dvd des moments du festival, la BD spéciale angoulème, les sérigraphie pour chaque expos, du goodies sympa (ya quand même jamais rien pour les enfants dans ce festival) etc... je pense que ça passerait très bien, même payer pour écouter Otomo n’a pas levé des concerts d’indignations. Et quand tu as la qualité, tu veux bien payer un peu. Il faut donc globaliser les dépenses (GIE libraire) et morceler les revenus (on paye plus facilement 5 fois 5 euros qu’une fois 25 car on a 5 plaisirs au lieu d’un.).

            J’ai peut-être (sans doute) faux sur plein de choses, mais en brainstorming, on peut peut-être discuter sur cette base ? corrigez-moi, svp, et voyons si nous on peut pas le réinventer ce festival. On va quand même pas regarder tout ça, et tous les gens, tomber sans rien faire ?
            Actuabd peut peut-être s’encanailler avec nous, en ouvrant un module : "Inventons un nouveau festival d’angoulême", et où ne seront accueillis que les propositions, idées et réflexions, afin que les complaintes et des luttes d’égo ne viennent pas écraser les discussions comme d’habitude.
            voilà. moi je le fais. je pose un premier caillou, si vous voulez faire la route, j’en ai d’autres.
            (Je veux bien essayer de réfléchir sur les schémas économiques adjacents au festival si ça vous dit, les expos qui tournent, c’est un peu léger... on peut sans doute trouver de quoi enrichir la stratégie annuelle.)

            En gros si le mouton à 5 pattes n’existe pas, alors remplaçons-le par 5 moutons à 4 pattes. c’est moins facile mais c’est plus crédible.

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            • Répondu le 1er mars 2016 à  15:09 :

              Bravo Nexus : ce sont de bonnes idées, qui pour la plupart ont d’ailleurs déjà été formulées dans diverses instances ou supports (à croire que vous êtes de la partie), mais sans jamais avoir été entendues par l’organisateur du festival, lequel n’a jamais rien voulu changer (hormis, dans le désordre le plus total, le processus de choix du Grand Prix) et n’a rien inventé depuis qu’il s’occupe de ce festival. C’est ce qui fait dire à beaucoup qu’il est temps pour lui de passer la main.

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  • Je lis les differentes réactions et franchement, toutes me paraissent légitimes, même si certaines sont une perception pas toujours réalistes.

    Au final personne ne parle d’un sujet particulier qui à mon sens est une grande partie du probleme : le prix du livre

    Le livre est cher, ou perçu comme tel, c’est vrai. En revanche, la chaine de valeur de l’auteur au consommateur est particulierement lourde, et au final je ne pense pas que chacun gagne la valeur réelle de ce qu’il produit.

    Prenons l’exemple d’un livre jeunesse. Pour faire un livre à 15€ TTC sur lequel l’auteur et l’illustrateur ne toucheront souvent que 7% il faudra compter pour un petit éditeur qui tire à 1000 exemplaires :

    - environ 1800€ de frais d’impression (payés à l’impression) pour un livre de qualité, en couleurs, couverture rigide, papier suffisamment solide etc. (doit "résister" au jeune lecteur), soit 1,80€ par livre
    - Les 14% de droits d’auteur (soit 1,98€ sur la base de 14,18€ HT pour les deux auteurs dont une avance)
    - Les 50% de remise (en moyenne, souvent 55%) representant la chaine diffuseur/stockeur + libraire

    Au final, hors frais d’édition, montage, préparation, réception, & couts de vente, le libraire dégage 4€25 bruts, le diffuseur 2,84€ bruts, les auteurs 1€ brut chacun, et l’éditeur ben c’est le reste :

    14,18 Prix de vente HT (TVA a 5.5%)
    - 1,80 imprimeur
    - 1,98 droits d’auteur (1€ chacun dans cet exemple)
    - 4,25 libraire
    - 2,84 distributeur/diffuseur


    1,31 éditeur

    Attention : je ne dis pas que la chaine n’est pas méritée, chacun a ses propres charges et ceci n’est qu’un revenu brut par livre dans cet exemple ! Le libraire a un bail a payer, des employes, tout comme le diffuseur qui doit financer la logistique avec un stockage a temperature/humidité régulée etc. etc. etc.

    Mais au final, on voit bien que pour 1000 livres vendus, l’auteur "peut" gagner 1000€ bruts au mieux, et l’éditeur 1300€ bruts le tout sur plusieurs mois.

    Hors cas particulier, il n’y a pas de "méchant" auteur ni "mechant" éditeur. Mais pour en vivre correctement, nous sommes tous tentés d’augmenter le prix du livre.

    Mais si nous le faisons, le lecteur lui, n’achetera pas... ou achetera un grand tirage moins cher imprimé dans un pays lointain directement sur internet...

    (Je ne suis ni auteur ni éditeur, mais le mari d’une éditrice qui passe ses nuits et ses weekends à essayer d’en vivre... et pour être auteur ou éditeur, franchement mieux vaut etre passionné)

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    • Répondu le 8 mars 2016 à  20:01 :

      En édition jeunesse, l’ (les) auteur(s) touche entre 4 et 8% du prix de vente HT (selon les éditeurs). Prenons 7% comme vous le dites. 14,18 € HT x 7% font 0,9926€ à se partager entre les auteurs (s’il y en a plusieurs) et non 1€ chacun comme vous l’écrivez...

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      • Répondu le 8 mars 2016 à  23:31 :

        Arrêtez avec vos calculs d’apothicaire aussi désuets que faux ; il y a autant de configurations, de répartition, de budget, de prix qu’il y a de livres . Chacun ayant une économie propre. De plus, quand les gens qui papotent autour des livres et des fameux camemberts pigeront-ils que ces calculs idéaux se rapportent aux bouquins quand ceux-ci ont remboursé leur avance ; et ça il faut le savoir c’est une infime minorité. Evidemment 2 personnes sur 3 ne savent même pas de quoi on parle quand on évoque les avances.

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        • Répondu le 9 mars 2016 à  19:12 :

          On ne parlait pas ici des avances, c’est un autre sujet de discussion, mais de % de droits. Et , ne vous en déplaise, je suis dans le métier depuis quelques décennies et donc ne parle pas complètement dans le vide.

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    • Répondu le 8 mars 2016 à  20:07 :

      14% de droits d’auteur ?! Donnez-moi tout de suite le contact de votre femme éditrice ! 14%, c’est ce qu’avait Morris après 40 ans de carrière (le plus fort pourcentage de droits d’auteur accordés par un éditeur de bd. Il y a trente ans, cela se situait entre 8 et 12% selon les ventes (par paliers et pour l’ensemble des auteurs s’il y en avait plusieurs), maintenant c’est plutôt de l’ordre de 8 à 10% dans le meilleur des cas.

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    • Répondu par JLF le 9 mars 2016 à  10:39 :

      J’ai sorti deux bouquins jeunesse chez Gallimard, j’ai demandé et obtenu 12% de droit, mais comme les bouquins se sont très peu vendu ça ne change pas grand chose, mais l’avance sur droit était de 5000€ pour l’un et 8000€ pour l’autre.

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