Les éditions 2024 ou la Grande Coïncidence

Par Romain GARNIER 25 avril 2024 
Qui l’eut cru ? Probablement Olivier Bron et Simon Liberman, les fondateurs des éditions 2024, quand ils ont déposé les statuts de l’entreprise le 1er avril 2010. Une fondation placée sous le signe de la farce qui a tourné au sérieux. L’année 2024 est un horizon, certes irréel et lointain, mais propice au rêve d’interpréter dans le monde éditorial une partition toute personnelle, aussi modeste soit-elle. La page blanche qui s’ouvre autorise alors ces deux jeunes hommes à envisager tous les possibles. Tous deux formés à l’école Estienne (Paris), puis aux Arts décoratifs de Strasbourg, ces anciens fanzineux défendaient une noble et saine ambition, celle de « continuer à imprimer des livres, à soigner des objets ». Quatorze années plus tard, le parcours des éditions 2024 est remarquable de par les succès éditoriaux engrangés que personne n’aurait pu oser imaginer. Retour sur une aventure éditoriale éclatante.

Des succès éditoriaux en quelques chiffres

Quelques exemples ? Jim Curious de Matthias Picard, avec 27 000 exemplaires vendus, propulse les éditions 2024 sur le devant de la scène en 2012. En 2020, le très talentueux et multiprimé Jérémie Moreau vend plus de vingt-mille albums du Discours de la Panthère (sélectionné dans le Grand prix de la critique de l’ACBD 2021, il remporte, à la Foire du livre de jeunesse de Bologne, un Prix BolognaRagazzi dans la catégorie bande dessinée – jeune adulte), tandis que Léa Murawiec marque la critique en 2021 avec Le Grand Vide – 23 000 exemplaires vendus – et remporte le Prix du public France Télévision au FIBD d’Angoulême.

Toujours pas convaincu(e) ? La série Tulipe de Sophie Guerrive (Prix Jeunesse à Angoulême en 2021) cumule plus de 50 000 albums vendus. L’illustrateur et cartooniste britannique, Tom Gauld, connait un incroyable succès critique avec La Revanche des bibliothécaires et remporte un Eisner Award, tandis que Jeremy Perrodeau remporte le Fauve des lycéens au FIBD d’Angoulême pour Le visage de Pavil en 2024. En 2022, le Prix Goscinny « Jeune scénariste » est remis à Raphaël Meltz et Louise Moaty pour Des Vivants (vendu à 25 000 exemplaires), ainsi que le Prix Spécial du Jury à Angoulême.

Les éditions 2024 ou la Grande Coïncidence
© Éditions 2024

La politique éditoriale : la BD de fiction et d’imaginaire, la BD jeunesse, l’illustration et le patrimoine

2024, une rampe de lancement dans le monde des bulles. Si des auteurs installés entrent au catalogue des éditions 2024 (Le Discours de la Panthère de Jérémie Moreau (2020), La mer à boire de Blutch (2022) ou Ducky Coco d’Anouk Ricard (2024)), la maison a tendance à révéler de nombreux et jeunes talents, qui sont appelés à trouver une place de choix dans la bande dessinée des décennies à venir, ou publient leurs premiers gros succès, comme Léa Murawiec, Tom Gauld, Sophie Guerrive, Matthias Picard, Étienne Chaize (Quasar contre Pulsar), Jeremy Perrodeau (Le long des ruines). On peut souligner à cette occasion l’émergence récente de Xavier Bouyssou (Le Livre Oracle, Toonzie).

La BD de genre. La volonté fondatrice des éditeurs est d’échapper à la bande dessinée du réel qui domine toujours davantage la production de la bande dessinée. La BD de genre est donc privilégiée, marquée par l’aventure et la fiction. Néanmoins, ces dernières années, certaines créations s’émancipent progressivement de ce canevas des récits de genre, mais conserve la fiction. Cette distinction entre réel et fiction est même questionnée par divers récits tels que La Mer à boire de Blutch, Le Talisman de Simon Liberman (co-fondateur des éditions 2024) ou Des vivants (Meltz, Moaty et Roussin). Parmi les nouveautés à venir, on peut souligner l’existence d’un récit à caractère politique où l’autrice Laurie Agusti s’emploie à bâtir un récit à propos d’un attentat masculiniste.

© Éditions 2024

Le Label jeunesse 4048. L’ambition est la même que pour le reste des publications 2024, à savoir publier des objets soignés et une adaptation du format à chaque projet. Les thématiques présentent également des similitudes au reste du catalogue : fiction et aventure, le tout avec « une plus grande place faite à notre goût pour la mignonnerie ».

Ce choix éditorial est reconnu par le nombre de prix remis à certaines œuvres à la Foire de référence italienne, celle du livre de jeunesse de Bologne. On citera Le Roi de la Lune de Bérengère Cournut et Donatien Mary (dessinateur de la série Commissaire Kouamé scénarisée par Marguerite Abouet) qui reçoit la Mention Fiction ou le Special Mention Opera Prima (2021) pour Guide de Survie dans la jungle de Shuo Hao. Quant à la série Tulipe l’ourson de Sophie Guerrive, dont nous évoquions plus haut le succès, il s’agit du vaisseau amiral de la collection récompensé à Angoulême. On citera enfin Bienvenue à Bibiville d’Éponine Cottey et Onze chatons dans un sac de Noboru Baba (auteur japonais, 1927-2001).

Le primat de l’illustration. Les éditeurs de 2024 désiraient ardemment « partir d’abord d’un univers graphique pour construire une narration ». En 2016, cela donne lieu à la publication de Prisonnier des glaces de Simon Roussin qui laisse une place considérable à des doubles pages où les décors font plonger le lecteur dans ces univers glacés. « Les imprimeurs avec qui on travaille sont ceux qui acceptent de perdre du temps avec nous » car pour mener un tel travail, la dimension artisanale est centrale. Ce jalon donne lieu à d’autres livres grand format, notamment ceux d’Étienne Chaize (Helios, Boule de feu, Ether) ou Clément Vuillier (L’Année de la comète) où la narration est avant tout visuelle.

© Éditions 2024

Le sens de l’héritage. Olivier Bron et Simon Liberman ont une conscience aigüe de l’histoire de la bande dessinée, de l’illustration, de la gravure et des tentatives éditoriales qui ont pu les précéder. Conscient de ce qu’ils doivent à l’Association, ils souhaitent cependant se démarquer du format « Ciboulette » qui a connu un indéniable succès dans les années 1990-2000.

Également séduit par l’attention portée par les éditions Cornélius à la réédition et la redécouverte d’œuvres quelque peu oubliées, ils en reprennent le principe. Désireux de ressusciter des ouvrages dans la mémoire collective, ils rééditent plusieurs bandes dessinées et illustrations de Gustave Doré dont Histoire de la Sainte Russie, Les Travaux d’Hercule (Prix du Patrimoine au FIBD d’Angoulême en 2019) ou Des-agréments d’un voyage d’agrément. On pourra également citer Walt & Skeezix de Frank King – que Chris Ware revendique comme une influence majeure – ou l’incroyable travail d’une dizaine d’années pour éditer les gravures créées au Japon afin d’illustrer La Pérégrination vers l’Ouest, un roman chinois classique, au début du XIXème siècle. La puissance de l’estampe japonaise est ainsi restituée et donne vie à « un ogre des sables, un cochon anthropomorphe, un cheval-dragon et, volant sur son nuage avec son bâton magique, l’irrévérencieux Singe-Roi Son Gokū » (éditions 2024).

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L’art de l’exposition par les éditions 2024

Peu de maisons d’édition peuvent prétendre avoir fait reposer une partie de leur succès et de leur développement sur la construction d’expositions qui accompagnent les sorties des livres. Si bien que les fondateurs y ont consacré un temps conséquent de leur travail d’éditeur depuis 2010. Cela s’explique par le lien entretenu entre Olivier Bron, Simon Liberman et le concours Jeunes Talents d’Angoulême. Tous deux y ont participé chaque année durant leurs études et avaient tissé à cette occasion des liens avec les personnes en charge de l’espace (Céline Bagot, puis Ezlida Tribot).

En 2010, une exposition a lieu au FIBD d’Angoulême à propos des Derniers dinosaures de Donatien Mary et Didier de Calan. L’exposition connaît un certain succès. Cela conduit d’autres festivals (Formula Bula, BD Colomiers, les rencontres d’Aix-en-Provence) à commander aux éditions 2024 de nouvelles installations.

© Éditions 2024

Ce principe permet à la maison d’édition d’obtenir une visibilité inespérée, ainsi que des recettes qui aident à financer les projets. Dans le sillon des festivals, les éditions 2024 démarchent les médiathèques, d’autres festivals et des musées afin de proposer leurs expositions clé en main, puisque tout est pris en charge, jusqu’au commissariat et au montage. Ce catalogue d’expositions, qui n’a cessé de s’enrichir, continue de tourner dans différents lieux culturels. Ainsi, les fondateurs des éditions 2024 font le lien entre le succès de Jim Curious – récit d’aventure muet – en librairie et son exposition qui a beaucoup plu.

L’ambition revendiquée est de ne pas limiter les expositions en question à « de simples expos d’originaux sous cadre, elles sont conçues comme des re-créations de l’univers des livres : elles sont drôles, jouent sur l’ambiance, l’atmosphère. On essaie de faire revivre le livre d’une autre manière, ou de prolonger l’expérience du lecteur. » (Olivier Bron)

La Grande Coïncidence

2024 est une année de grandes coïncidences pour les éditions 2024, celles-ci comparant l’événement à un alignement inattendu des planètes en leur faveur. D’abord, le fait que les éditions 2024 soient parvenues à se développer et à survivre dans un monde éditorial ultraconcurrentiel jusqu’à l’année 2024. Ensuite, cette année est celle de la publication du centième ouvrage de la maison d’édition. Enfin, Strasbourg, ville des éditions 2024, s’est vue attribuer le titre de « Capitale Mondiale du Livre 2024 ». Une occasion inestimable pour mettre en avant la grande diversité du catalogue et ses auteurs.

© Éditions 2024

Le programme événementiel 2024 des éditions 2024

Afin de prendre par à cette Grande Coïncidence des éditions 2024, voici quelques exemples d’événements auxquels vous pourrez participer :

 23 avril, 2024 en 2024 : La Grande Coïncidence. Une exposition consacrée à l’histoire des éditions 2024 avec un angle humoristique. Celle-ci est ouverte du 23/04 au 15/05 à la Terrasse du Palais Rohan à Strasbourg (ouverture de 8h à 22h).

 23 avril, Blutch : La Mer à boire. Une exposition consacrée à cette bande dessinée de Blutch qui a été récompensée par la Scam (Société civile des auteurs multimédia) du Prix du récit dessiné. Celle-ci est ouverte du 23/04 au 19/05 au cinéma le Cosmos, Strasbourg (ouverture de 8h à 22h).

© Éditions 2024

 23 avril, Tom Gauld : La Revanche des bibliothécaires. Une exposition consacrée à cette bande dessinée de Tom Gauld qui publie chaque dimanche dans le cahier littéraire du prestigieux The Guardian. Celle-ci est ouverte du 23/04 au 15/05 au Studium (salle InQuarto) et autres bibliothèques du campus - Unistra à l’Université de Strasbourg.

 27 avril, Fête de la Grande Coïncidence par les éditions 2024, Garage Coop, Strasbourg 19h. Autrices et auteurs du catalogue sont invité(e)s à cette occasion, ainsi que le public et les professionnel(le)s du monde du livre. Si l’entrée est gratuite, les places sont limitées et se font sur inscription.

 16 mai, Librairie Le Divan, Paris. Rencontre croisée entre trois auteur(e)s des éditions 2024 (Léa Murawiec, Jeremy Perrodeau et Clément Vuillier), en présence des deux éditeurs fondateurs.

 Juin : Comics Festival Erlangen : exposition Autres Mondes de Jeremy Perrodeau et Jim Curious de Mathias Picard.

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 12-15 septembre : Festival Gribouillis, Bordeaux et exposition 2024 en 2024 : La Grande Coïncidence.

 20-22 septembre : Festival Formula Bula et exposition de planches à la galerie Mycelium (Paris).

 15-17 novembre : Festival BD Colomiers et expositions consacrées aux éditions 2024 et à Jérémie Moreau.

© Éditions 2024

Les conseils de lecture des éditions 2024

Afin de célébrer cet anniversaire particulier pour les éditions 2024, celles-ci nous proposent de redécouvrir son catalogue avec un choix de dix bandes dessinées, du livre emblématique de la maison à la pépite ignorée du grand public. Passez commande auprès de votre libraire spécialisé !

 Vous êtes tous jaloux de mon jetpack de Tom Gauld (15 euros)
 Tulipe - T1 de Sophie Guerrive (17 euros)
 Le Grand Vide de Léa Murawiec (25 euros)
 Jim Curious, voyage au cœur de l’océan de Matthias Picard (19 euros)
 Boule de feu d’Anouk Ricard et Étienne Chaize (24,50 euros)
 Xibalba de Simon Roussin (29 euros)
 Canne de fer et Lucifer de Léon Maret (29,50)
 L’année de la comète de Clément Vuillier (32 euros)
 Crépuscule de Jeremy Perrodeau (24,50 euros)
 Walt & Skeezix de Frank King (35 euros)

Nous vous donnons rendez-vous à Strasbourg dès ce week-end, lors des Rencontres de l’Illustration, afin de célébrer ce mois anniversaire des éditions 2024, puis dans d’autres festivals et lieux culturels pour découvrir, au gré des mois à venir, des expositions et rencontrer des auteur(e)s. Longue vie aux Éditions 2024 !

© Éditions 2024

(par Romain GARNIER)

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Code EAN : 9782383870845

Éditions 2024 ✏️ Blutch ✏️ Anouk Ricard ✏️ Jeremy Perrodeau ✏️ Léa Murawiec ✏️ Sophie Guerrive ✏️ Donatien Mary ✏️ Xavier Bouyssou ✏️ Tom Gauld ✏️ Étienne Chaize
 
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