Les fantômes du vieux bourg - Par Efix & Levaray - Petit à Petit

26 décembre 2008 0 commentaire
  • Un témoignage rare des exclus qu'on oublie à l'ombre des usines de Normandie. Efix adapte les nouvelles de Jean-Pierre Levaray et parvient à transmettre toute l'humanité du propos... qui reste massivement sombre dans sa précision documentaire.

Jean-Pierre Levaray, des années d’usine au compteur, témoigne depuis plusieurs années de la vie ouvrière, en particulier dans l’impressionnant Putain d’usine, paru en 2002, déjà adapté en BD par Efix.

Dans ce recueil, le propos est plus large : Levaray observe et raconte, avec beaucoup de pudeur, des destins d’abimés de la vie. Mères célibataires, militant anarchiste, SDF en reconstruction sociale : tous les portraits marquent fortement le lecteur. La maladie, la souffrance, la mort hantent la plupart des personnages. Chaque histoire porte un titre-phrase, comme par exemple l’évocation du ferrailleur amateur (début et fin du recueil) : "Depuis je ne vois que lui" et "Il a le regard perdu, ailleurs, très loin".

Efix varie les graphismes, passant d’un style proche de la BD typée Spirou à des épures quasi brouillonesques ("Dans ces moments-là, il est bien, il est aux anges"). On trouve même dans l’album une variation autour de tableaux de maître ("Il se mit en tête de tourner la vie en dérision...") et plusieurs histoires à base de photos retravaillées.

Malgré l’humeur sombre, cafardeuse, souvent grave des textes de Levaray, le dessinateur trouve dans cette variété matière à donner une grande vigueur à ces témoignages poignants.

Certes, l’ambiance des Fantômes du vieux bourg est parfois difficile à supporter. Mais ces gens de peu n’ont guère droit de cité dans le Neuvième art. Un album social et militant, qui touchera surtout les infatigables batteurs de pavés.

(par David TAUGIS)

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