Les intégrales de l’été : "Bunker", l’uchronie en mode SF

13 août 2018 0 commentaire
  • Pour cette édition en intégrale, les auteurs ont restructuré leur récit, tout en rajoutant une trentaine de page de bonus. Un recueil à ne pas mettre entre toutes les mains, mais qui convaincra les lecteurs exigeants !

En 2006, un choc attendait les lecteurs de Dupuis : le premier tome de Bunker, réalisé par Christophe Bec et co-scénarisé par son ami Stéphane Betbeder. Encore auréolé de son précédent succès Sanctuaire développé avec Xavier Dorison, Christophe Bec troquait les abysses pour les montagnes : au cœur d’une guerre froide à plus d’un titre, les soldats en poste dans le bunker 37 affrontent un ennemi effroyable et inattendu. L’angoisse était au rendez-vous !

La grande spécificité de Bunker est de présenter à la fois un monde identique au nôtre, où trois grandes superpuissances se disputent la suprématie, et de l’autre un combat entre « entités » dont l’Homme est à la fois l’objet et le moyen de parvenir à ses fins.

Les intégrales de l'été : "Bunker", l'uchronie en mode SF
Bunker utilise un vocabulaire propre à son univers
Bunker T1 - Par Bec & Betbeder - Dupuis

Le premier tome se focalise exclusivement sur la première de ces superpuissances, et la ligne de front longue de 10.000 kms qui se situe à très haute altitude. Le dessin de Christophe Bec transcende cet album, sans parler des passionnants personnages, du suspense entretenu par cet ennemi humain invisible, et de l’aspect fantastique qui est savamment distillé.

Après ce premier tome remarqué, les attentes pour le second tome étaient légitimes. Mais le lecteur fut plutôt déstabilisé. Tout d’abord, comme nous vous l’avons longuement expliqué dans des articles précédents, Christophe Bec avait décidé d’arrêter de dessiner, car il n’était pas pleinement satisfait de son rendu graphique, et parce qu’il voulait focaliser son énergie sur le scénario, tant pour la bande dessinée que des courts métrages. Même si le style de Nicolas Graziella se coulait dans celui de Bec, il n’était pas parvenu à atteindre le sommet du tome précédent. D’autant plus que les montagnes avaient laissé la place au désert, et à un focus sur une seconde superpuissance ; que les questions posées dans le précédent tome n’obtenaient pas de réponses ; que l’intrigue se complexifiait encore…

Bunker T1 - Par Bec & Betbeder - Dupuis

Plus réussi graphiquement, notamment au niveau de la mise-en-page, le troisième tome formait une parenthèse se concentrant sur le héros et sa famille, mettant partiellement de côté les intrigues développées dans les deux précédents tomes, sans pourtant apporter suffisamment de réponses sur le combat entre entités. Bref, l’intérêt des lecteurs s’est émoussé…

Une double page qui présente l’incursion des "entités" dans le combat fratricide entre humains
Bunker - Par Bec, Betbeder & Genzianella - Dupuis

Une intégrale nécessaire… et retravaillée

Avec le tableau que nous vous en donnons, vous devez vous dire que le scénario de Bunker est foutraque, et que vous avez sans doute bien fait de passer à côté de la série ? Que du contraire, l’association entre Bec et Betbeder n’a jamais atteint un tel paroxysme ! Sans vouloir attribuer tel élément à tel co-scénariste, on retrouve tout le suspense, la construction méticuleuse et l’aspect SF de Promothée de Christophe Bec ; ainsi que l’aspect sociologique et les questions géopolitiques de la teneur de Dogma, scénarisé par Stéphane Betbeder. Pour appréhender les concepts de Bunker, il faut donc lire la globalité des cinq tomes, et prendre le temps de revenir en arrière pour bien situer les différences factions en présence. Surtout pour ce qui concerne les combats entre entités, où il faut bien prendre le temps de comprendre qui détient le pouvoir, et l’origine de chacun.

Les "entités" jouent un jeu dangereux...
Bunker - Par Bec, Betbeder & Genzianella - Dupuis

Cette parution en intégrale prend donc tout son sens ! D’autant que ses auteurs n’ont pas seulement livré la totalité des planches des tomes séparés, ils ont complètement restructuré l’intégrale ! Ils ont retiré des pages qui n’étaient pas indispensables aux jonctions entre les tomes, ré-agencé l’ordre de certaines séquences pour mieux travailler leurs effets, modifié des planches… et ils en ont même rajouté ! Bref, le récit se présente d’une seule traite, afin de minimiser les différences de thématiques expliquées ci-dessus. Seul regret, l’absence d’un signet pour pouvoir marquer sa page, car la lecture de ces 262 planches nécessitent tout de même quelques pauses.

L’intégrale présente également un dossier complémentaire d’une trentaine de pages : dessin de couvertures, croquis, photos de repérages (réalisées entre autres à la Ligne Maginot qui servit de modèle pour les fameux bunkers) et autres éléments qu’on retrouve dans ce type de dossier. Plus rare, des séquences inédites de la série : sept planches forment deux séquences retirées du premier tome, ainsi que les tapuscrits de deux autres chapitres, finalement différemment exploités dans la version ultime, dont une longue fin alternative. Passionnant pour ceux qui auront pris plaisir à se plonger dans les intrigues de Bunker.

Le dossier complémentaire comprend des photos du répérage réalisé sur la Ligne Maginot...

Précisons encore que Bunker est une intégrale grand format, c’est-à-dire à la taille des albums originaux. Cette dimension est nécessaire pour pouvoir appréhender les multiples détails des décors, et surtout pour lire les nombreux phylactères et hors-textes qui pullulent dans le premier tome et dont la police de caractère les rendraient illisibles en plus petit format.

Au final, Bunker tient réellement toutes ses promesses, dans l’esprit d’un grand récit qui explique les mythes fondateurs d’une société ou d’une planète. Il nécessite pourtant une réelle volonté d’entrer dans une longue histoire, en acceptant de ne pas en comprendre toutes les facettes au premier coup. Un vrai coup de cœur, mais à réserver aux lecteurs exigeants, lassés d’intrigues linéaires, et à ceux qui ont apprécié à sa juste mesure la grande série de Bec, Prométhée. Un must pour tous les fans du genre, à redécouvrir d’urgence !

... et des planches inédites !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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De la même série, lire les chroniques des tomes 1, 2 et 3.

Concernant Prométhée, lire nos chroniques des tomes 1, 2 et 3 ainsi que notre dossier : Les abysses de Christophe Bec

Lire nos interviews de Christophe Bec :
- « Aujourd’hui, il faut savoir s’adapter au marché » (Août 2014)
- « Pour moi, il est capital de terminer les séries ! » (Août 2013)
- « Prométhée est un récit ambitieux. J’ai pris le pli de révéler des choses, quitte à décevoir. » (Août 2013)
- « Vingt ans après notre album commun, je reprends du service avec Corbeyran sur "Doppelgänger" » (Janv 2011)
- « Je ne me serais jamais lancé dans "Ténèbres" sans un grand dessinateur ! » (Janv 2011)
- "Pour éviter de m’ennuyer, je change souvent d’univers " (Décembre 2008)

Lire quelques-unes des chroniques des autres albums de Christophe Bec :
- Death Mountains, tomes 1&2
- Carthago tomes 1 et 2, ainsi que Carthago Adventures tomes 2 et 3
- Wadlow
- Rédemption
- Fontainebleau avec Alessandro Bocci
- Ténèbres tomes 1 et 4 ainsi que notre dossier Entre Ange et Ténèbres, Soleil continue de privilégier l’Héroïc-Fantasy
- Under tome 1
- Bunker tomes 1, 2 et 3
- Sara tomes 1 et 2 avec Raffaele
- Pandémonium tome 1, 2 et 3

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