Les intégrales de l’été : Dupuis, sur tous les fronts !

24 août 2018 3 commentaires
  • Il faudra bien deux articles pour analyser le travail réalisé par les équipes de Dupuis sur leurs intégrales de cette année. Et cette première sélection démontre la diversité des efforts fournis par l’éditeur de Marcinelle !

Les intégrales de l'été : Dupuis, sur tous les fronts ! À tout seigneur, tout honneur, Dupuis célébrant l’année Gaston, débutons avec une petite piqure de rappel : ce joyau qu’est En Direct de la rédaction. Ce volume regroupe tous les articles et textes parus dès 1960 dans le Journal de Spirou, tirés de la verve d’Yvan Delporte et de la géniale folie de Franquin.

Destiné initialement à animer le journal, surtout en l’absence d’un gag de Gaston lorsque Franquin était en retard, cette rubrique prend une tournure plus officielle dès 1965, avec un canevas plus précis (trois colonnes de texte, le fameux encadré « Ne dites pas… mais dites », et le dessin de Franquin), le tout pourvu d’un titre : En Direct de la rédaction. En effet, l’objectif était de faire vivre au lecteur le quotidien de cette rédaction fictive du journal, toujours en effervescence alors que Gaston vaquait à bien d’autres occupations.

Fantasio s’est mis en tête d’empêcher Gaston de manger au travail... à commencer par ses boîtes de conserve

La collection des gags de Gaston faisant l’objet d’une nouvelle mouture en vingt tomes depuis ce mois de mars, il fallait un écrin pour regrouper tous ces textes illustrés, dont une partie était précédemment regroupée dans le tome R4 (ancienne numérotation).

Un match de foot inattendu !

Ceux qui n’ont jamais lu ce précédent recueil ne doivent surtout pas passer à côté de ce monument surréaliste, qui confère à Gaston une véritable existence derrière les gags de sa vie au bureau. Citons entre autres, l’ensemble des articles retraçant la « Guerre des boîtes » qui dépasse largement la fameuse « Guerre des parcmètres » contées en gags. Ainsi que l’épique match de football où Gaston joue le gardien : ces séquences valent déjà à elles seules leur pesant de cacahuètes.

Quant à ceux qui auront lu le précédent recueil jusqu’à en user les pages, qu’ils sachent que cette nouvelle version contient des dizaines de récits (et combien de dessins ?) qu’ils ne connaissent pas encore. En effet, En Direct de la rédaction avait repris du service en 1988, jusqu’au dernier coup d’archet en 1992.

Bien entendu, il était impossible de compiler tous les gags hors planches de Gaston dans cet épais volume de (déjà) 240 pages. On s’attend dès lors à ce que Dupuis regroupe prochainement d’autres inédits en albums, comme le fameux Journal de Gaston paru en supplément du Journal de Spirou ainsi que d’autres trésors jalousement gardés par la rédaction.

Alexia retrouve ses démons

Autre temps, autre univers, la série des Démons d’Alexia a su imposer une atmosphère aussi étrange qu’addictive dans les pages du Journal de Spirou. Dupuis lui rend honneur, via le premier recueil d’une intégrale en petit format qui regroupe les quatre premiers tomes de la série d’Ers & Dugomier

Rappelons qu’Alexia est une jeune exorciste, aussi jolie que compétente, dont les talents exceptionnels lui ont valu une place dans l’équipe du CRPS, le Centre de Recherche des Phénomènes Surnaturels. Si Alexia y est entrée en tant qu’exorciste, elle ne pensait pas qu’elle était également héritière d’une des sorcières de Salem. Son arrivée au CRPS provoque le réveil du directeur, inquisiteur fanatique, qui était en sommeil léthargique depuis une catastrophe sans précédent qui avait frappé le centre en 1985. Tout ceci est-il lié à la porte condamnée du pays mythique d’Yorthopia, où praticiens de la magie blanche et de la magie noire peuvent trouver des informations accessibles uniquement aux initiés ? D’enquêteuse, Alexia passe au statut de suspecte et est pourchassée par ses collègues. Son seul refuge ? Yorthopia, dont elle ne sait rien…

La première planche d’un récit inédit en album, paru en test dans "Le Journal de Spirou"

Ce très bref résumé ne parvient pas à rendre hommage aux qualités graphiques et scénaristiques de la série. Les Démons d’Alexia était une véritable pépite issue du Journal de Spirou ! La série entretenait à la fois l’esprit feuilletonesque du magazine, un suspense passionnant avec cette découverte du monde de l’occulte..

Prenant la forme très réussie d’un vieux grimoire, cette première intégrale regroupe un premier cycle complet, certainement le plus abouti de la série. La petite page d’introduction, adroitement brûlée dans sa conclusion, participe déjà au climat de l’album. En plus d’un dossier de 16 pages qui complétait déjà la première édition du tome 4 de la série, ce premier recueil rassemble la toute première histoire d’Alexia inédite en album. Ce premier court récit, indépendant de l’intrigue principale, a servi de test pour les éditeurs et auteurs avant de se lancer dans cette formidable aventure au long cours.

Le dossier très complet, continue de jouer sur la frontière entre fiction et réalité, tout en dévoilant de passionnants documents

Vous l’aurez compris, voilà une série qu’on ne se lasse pas de redécouvrir. 230 pages d’aventures frissonnantes pour 25 € et un signet bien utile. Une formule implacable qui va vous envoûter !

Fin des aventures pour Tendre Violette

Même si la magie participe également aux récits de Jean-Claude Servais, c’est une toute autre ambiance que l’on retrouve dans ses récits. Travaillant presque exclusivement avec Dupuis depuis plusieurs années, Servais a décidé d’y regrouper l’une de ses premières séries, Tendre Violette, débutée au début des années 1980 avec Gérard Dewamme dans les pages de la revue A Suivre et parue initialement chez Casterman.

Après avoir publié les deux premiers recueils de cette intégrale qui regroupaient les premiers récits de cette collaboration, Dupuis termine avec ce troisième et dernier opus, qui contient trois aventures réalisées uniquement par Jean-Claude Servais, près de vingt ans après les précédents volumes : Lucye ainsi que le diptyque des Enfants de la citadelle.

Publiés initialement avec les très belles couleurs de Guy Raives, Dupuis prolonge le choix d’une édition en noir et blanc, qui permet de profiter au mieux du splendide trait de Jean-Claude Servais. Surtout grâce au grand format de cette intégrale qui donne toute la profondeur nécessaire pour profiter des planches de Violette.

Comme pour les deux précédents recueils, ce troisième tome est complété d’un dossier de huit pages qui contextualise la création de ces trois albums ici regroupés, en détaille les sources ainsi que les contes et légendes des lieux auxquels ils sont associés. Belle, fragile, indépendante et surtout naturelle, Tendre Violette fera encore chavirer bien des cœurs !

Un dossier qui prolonge l’atmosphère des récits, accompagné par de très belles illustrations

« Les Tuniques bleues présentent… » : conclusion en “beauté”

Comme nous l’expliquions dans nos précédents articles, Dupuis a décidé d’éditer 10 diptyques des meilleures aventures des Tuniques Bleues. Des diptyques à la place d’une vraie intégrale chronologique, car pour le dessinateur Willy Lambil, une intégrale signifierait à ses yeux que la série serait arrêtée, or c’est bien entendu loin d’être le cas.

Le 10e et dernier tome de cette sélection se focalise sur deux des voyages de Blutch et Chesterfield, à savoir El Padre, pour leur déplacement au Mexique, L’Or du Québec, qui se consacre à la Belle Province.

Une fois de plus, Philippe Tombelaine focalise son dossier sur l’apport historique. Qui était vraiment les trappeurs ? Comment les pays voisins des USA, à savoir le Canada et du Mexique ont-ils vécu, bénéficié ou pâti de la guerre civile américaine ? Quelles étaient les factions au pouvoir à l’époque, principalement au Mexique ce qui permet de mieux expliquer les rivalités de l’album El Padre. Sans oublier de l’illustrer avec des très belles aquarelles de Lambil, des couvertures du Journal de Spirou et des gravures de l’époque.

Si on regrette que l’accent n’ait pas été mis plus clairement sur le bestiaire dessiné par Lambil pour L’Or du Québec – un cadre qu’il avait demandé à son scénariste Raoul Cauvin et pour lequel il place régulièrement des animaux sauvages à l’avant-plan –, la lecture du dossier est une nouvelle fois enrichissante. Le propos permet de mieux comprendre le cadre historique et le soin que les auteurs ont perpétuellement apporté à la documentation.

En clôturant cette série de diptyques sur l’un des albums les plus drôles des Tuniques bleues, accompagné d’un dossier consistant, l’éditeur transforme en beauté un essai plutôt risqué. De quoi donner envie pour un second cycle de dix nouvelles sélections de deux tomes ? Rien n’est prévu pour l’instant, mais une seconde fournée serait légitime… Si Willy Lambil l’autorise !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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