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Les intégrales, un format qui séduit

  • Les fêtes de fin d'année étaient l'occasion idéale pour offrir - ou se faire offrir - un album de bande dessinée. Et pour ne pas sembler trop pingre, quoi de mieux qu'une intégrale ? Depuis plusieurs années, ce concept séduit, pour des raisons très diverses, de plus en plus d'éditeurs. Analyse du procédé avec les intégrales Dargaud parues ces derniers mois.

Imaginons... Vous avez une quarantaine d’années et les Dingodossiers de Goscinny et Gotlib ont bercé votre adolescence. Que diriez-vous de vous replonger dans 260 pages d’humour ? Si les pavés ne vous effraient pas, régalez-vous avec Snoopy et les Peanuts. Les 350 pages du recueil correspondent, seulement, aux premiers strips de Schulz...

Les intégrales, un format qui séduit
Intégrale "Snoopy et les Peanuts"

"Les éditeurs multiplient les rééditions (39 d’entre elles sont des mangas) sous forme d’intégrales (209 titres pour 189 en 2004), d’éditions “new-look” (228 titres pour 223 en 2004) ou de tirages de luxe (75 titres pour 70 en 2004)", mentionne Gilles Ratier [1] dans son rapport. Le groupe Media Participations, avec ses trois emblématiques maisons d’édition est un important "producteur" d’intégrales. Celles-ci réunissent plusieurs albums selon le principe du "tout en un". Le résultat fait, évidemment, son poids... Par contre, le prix est, bien souvent, inférieur à la somme des albums achetés à l’unité. D’où un engouement économique pour certains lecteurs. D’autant plus qu’ils ne perdent rien au passage. Bien au contraire ! À l’opposé du phénomène "best of" du CD audio, les éditeurs proposent la totalité de l’œuvre et bien plus encore... Des inédits, des cahiers de croquis, des entretiens avec les auteurs, tous les moyens sont bons pour créer une nouveauté qui se distinguera d’une simple réédition.

Intégrale "Blake & Mortimer"

L’intégrale Le Mystère de la Grande Pyramide inclut un cahier de huit planches publiées dans le Journal de Tintin entre 1949 et 1951. Ces planches ont été redessinées et redécoupées pour l’édition définitive. Le lecteur peut ainsi s’amuser à comparer les deux versions et à chercher à comprendre le pourquoi de ces changements.

Autre avantage, certaines séries parues initialement en épisodes se lisent mieux d’une seule traite. C’est par exemple le cas de Murena , Où le regard ne porte pas, et ApocalypseMania. Pour cette dernière, Bollée et Aymond en ont profité pour modifier les trois premières planches. À la relecture des 5 albums, le début de l’histoire ne leur semblait plus très compréhensible. L’intégrale leur a donc permis de rectifier le tir et d’offrir un prologue diamétralement différent. Le récit en un volume y gagne parfois un nouveau souffle.

Intégrale "Mic Mac Adam"

Pour l’éditeur, l’intégrale facilite la reprise commerciale d’une série. C’est ainsi que Mic Mac Adam, publié dans le Journal de Spirou est réédité sous le label Dargaud. L’intégrale propose 12 épisodes et de nombreuses couvertures de l’hebdomadaire de Marcinelle.

Certains spéculent sur le prix d’une revente potentielle car le tirage de certaines intégrales est ridicule. Aldebaran, tiré à 5.000 exemplaires, a été épuisé en quelques mois. Celle de Murena risque de connaître le même sort. Quand on consulte, sur ebay, les prix de vente d’un album épuisé, on comprend vite que l’intégrale peut devenir un placement. Surtout si elle est agrémentée d’une couverture originale...

Intégrale "Murena"

L’intégrale, c’est aussi le moyen de redonner une seconde chance à des albums ou des auteurs trop vite oubliés. Au début des années 90, Dargaud avait lancé les intégrales de Barbe-Rouge, puis de Tanguy et Laverdure et d’Achille Talon. C’est une manière de sauvegarder le patrimoine. Les éditions Dupuis ont entrepris, dans le même style, la publication courageuse des 17 volumes du Tout Jijé. Dargaud fait de même avec Vance. Les séries ou les œuvres continuent ainsi à vivre dans la mémoire des lecteurs.

À ce petit jeu, éditeurs, auteurs et lecteurs y trouvent leur compte. Les intégrales ont donc encore une belle vie devant elles.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée)

 
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