Les investigations fiscales d’IR$ se multiplient

26 juin 2009 3 commentaires
  • Deux albums d'{IR$} sortent conjointement cette semaine : le onzième tome de la série-mère, ainsi que le premier d'une spin-off de sept volumes, {All Watcher}. Deux sorties de niveau variable, et le meilleur album n'est pas celui qu'on aurait pu attendre...

Tel que pour Largo Winch, les intrigues d’IR$ se déclinent sous forme de diptyques. Cet ordre bien administratif est pourtant bousculé grâce à la parution conjointe de la nouveauté, ainsi que le premier tome d’une série spin-off, mettant également en scène Larry Max.

Yves Sente, directeur éditorial du Lombard, nous avait donné son point de vue sur ces séries dérivées : "Nous sommes face à un public impatient et gourmand. [...] Nous ne donnons du plaisir à nos lecteurs qu’une seule fois par an pendant trois quarts d’heure pour un prix avoisinant les dix euros. De ce point de vue et bien malgré notre volonté, nous sommes un peu tombés en décalage avec le « rythme culturel du XXIème siècle » et il n’y a pas un éditeur qui s’en sort mieux qu’un autre de ce point de vue là… mais nous cherchons tous des solutions."

Les investigations fiscales d'IR$ se multiplient
Larry s’humanise, à travers des déboires bien communs, mais la série ne sacrifie-t-elle pas son tonus ?
© Vrancken/Desberg/Le Lombard

Avec Alpha et Thorgal, IR$ fait partie des poids lourds du Lombard qui ont tout naturellement emprunté cette voie de la diversification. "Il n’existe aucune collection de récit complet, en un ou deux albums, où le thriller puisse trouver sa place, nous expliqua le scénariste Stephen Desberg. "Les one-shots permettraient de donner une orientation différente à certains thrillers ou récits policiers, comme c’est le cas dans un roman. Il est impossible, par exemple, dans une série, de transformer le méchant de l’histoire en narrateur. IR$ me permettait de combler cette envie car il y a des histoires, dans le monde de la finance, qui peuvent s’inscrire dans cet angle."

C’est ainsi qu’est née All Watcher, une spin-off composée de sept one-shots pouvant se lire indépendamment, mais également cohérente dans sa continuité. Elle met en scène un super-méchant de la finance internationale, connaissant tous les rouages du système et engloutissant des centaines de millions de dollars par an : un véritable « trou noir » au cœur des marchés financiers. Larry Max s’est ainsi trouvé un ennemi implacable qui le définit d’autant mieux. Au travers de sept tomes dont la parution est répartie sur deux ans, on devrait cerner de mieux en mieux ce All Watcher, jusqu’à un final qu’on espère angoissant.

Derrière la caméra, c’est bien entendu Stephen Desberg qui dirige tout son petit monde, assisté de quatre dessinateurs qui ne devraient pas nous décevoir. Après son cycle du Voyageur, Marc Bourgne dessinera donc les tomes 5 et 7 d’All Watcher. Mutti, dont on n’a déjà pu observer les rendus réalistes dans Section Financière, le Syndrome de Caïn et autre SAS, réalisera le quatrième volume, tandis Daniel Köller poursuivra sa collaboration entamée sur Mayam et Empire USA avec Desberg, en s’occupant des second et avant-dernier épisodes. En plus du troisième opus, c’est Alain Queireix qui entame All Watcher !

All Watcher T1 : argent sale et les problèmes qui en découlent, le tout saupoudré de sensualité
© Queireix/Desberg/Le Lombard

Dès la fin du dixième tome d’IR$, intitulé la Loge des Assassins, le lecteur peut choisir la suite de la série qu’il désire entreprendre : le onzième tome qui explore la déchéance programmée de Kate/Gloria ou la prolongation du séjour romain de Larry B. Max, explorant les dessous de la Loge, et ses débouchés.

L’intrigue d’All Watcher débute donc par une one-shot centré sur la Ville éternelle : 23 ans et un peu larguée, Antonia bascule lorsque son père lui révèle qu’il n’était pas fonctionnaire mais tueur à gages pour la fameuse Loge des Assassins. Entre manipulation et pression constante, la jeune femme va devoir vérifier si le goût du sang est héréditaire. Et sa première cible est loin de nous être inconnue, puisqu’il s’agit d’un certain agent de l’IR$ qui a osé compromettre les intérêts liés au Vatican.

Sur un scénario malheureusement assez décevant d’Erik Arnoux, nous avions néanmoins pu profiter du trait soigné de Queireix grâce au diptyque d’Ava Dream. Collant au style de Vrancken sans s’y fondre, il réalise une transition idéale pour lancer cette série dérivée : son héroïne légèrement dépassée par les évènements, est tour-à-tour lascive et entreprenante, naïve et surprenante. Larry Max, qui tient d’ailleurs un rôle plus important qu’on ne l’aurait cru, est également parfaitement à sa place, autant graphiquement que scénaristiquement.

© Vrancken/Desberg/Le Lombard

Si ce premier one-shot, au prix de lancement de 6,95 €, remplit toutes nos attentes, on ne peut pas en dire autant du nouvel album de la série-mère : le Chemin de Gloria ! De retour au pays, Larry s’occupe enfin de celle qu’il a tant négligée dans le cycle précédent. Comme on pouvait s’y attendre, celle-ci ne l’a pas attendu, et dans le tourbillon qu’elle affrontait, elle a été forcée de rejoindre ses anciens commanditaires, dirigé par un homme mystérieux et pervers, la Méduse, dont le visage rappelle celui de Marlon Brando ! Ce dernier ne semble d’ailleurs pas étranger à l’accident qui a coûté la vie aux parents de Larry Max. Notre limier financier utilise comme de juste les leviers de l’administration fiscale pour retrouver celui qui détient les clés de ses problèmes présents et passés.

Si on fait exception de l’intéressante explication de la jeunesse et du contexte familial de Larry Max provoquant l’enquête privée du pourtant incorruptible agent de l’IR$, les évènements relatés deviennent vite mornes et statiques, dans l’attente d’un dénouement qui devrait faire avancer la série à pas de géant, et au titre évocateur : Au nom du président !

Une couverture réaliste, qui donne le ton de l’album
© Vrancken/Desberg/Le Lombard

Depuis plusieurs albums, Bernard Vrancken a renforcé son trait froid par l’utilisation progressive d’inserts photographiques : léger dans le neuvième, et plus important dans le dixième opus, ils deviennent incontournables dans ce nouvel album. On ne peut passer à côté de l’effort réaliste qui a été opéré sur les personnages, mais les décors-mêmes se caractérisent par leur précision presque chirurgicale, tandis que les voitures semblent directement scannées de la photo toujours présente en arrière-fond. Si d’autres dessinateurs, tels Christophe Bec et Jean-Michel Ponzio avouent ouvertement ce procédé, Vrancken va un cran plus loin en insérant des photos de moins en moins retouchées, jusqu’à ce qu’elles apparaissent presque brutes ! Le dessinateur nous explique ce choix osé, mais de la part d’un auteur qui n’est pas toujours porté aux nues par certains amateurs de bande dessinée, on espère que ce virage sera négocié le mieux possible !

© Vrancken/Desberg/Le Lombard

A suivre donc dans ce douzième tome, où ce tournant sera confirmé ou non, mais aussi dans les prochains All Watcher, annoncés pour janvier, mars, juin 2010. Pas de doute, il sera bientôt compliqué de passer outre ce redressement fiscal !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire notre interview de Bernard Vrancken : "J’ai insufflé une dose de modernité à IR$ en intégrant des photos à mes dessins" (juin 2009)

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Lire les premières pages du T11 d’IR$ et d’All Watcher

Voir la bande-annonce d’All Watcher


 
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3 Messages :
  • Les investigations fiscales d’IR$ se multiplient
    27 juin 2009 08:53, par Produit chimique

    C’est vraiment atroce.la bagarre est d’un figé, on dirait un roman-photo de "Nous Deux"

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    • Répondu par Mike ze Biker le 27 juin 2009 à  20:23 :

      J’ai toujours pensé que la série IRS était une mauvaise copie de Largo Winch. Le scénario de Desberg est sans doute palpitant, mais je n’arrive vraiment pas à accrocher au graphisme. Et pourtant, actuaBD n’est pas le seul à saluer l’évenement : DBD, Casemate et Zoo en font autant. Mega opération de marketing ?

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      • Répondu par Olivier Wurlod le 29 juin 2009 à  05:07 :

        Pour une fois, je suis pas d’accord avec mon collègue et grand fan d’IR$, je le clame haut et fort.

        ce onzième tome est toujours aussi bien écrit et on se plaît à remonter une nouvelle fois dans le passé de Larry Max. Certes l’action n’est pas au centre de cette histoire, mais cela n’empêche pas de rester crocher à la lecture, avide de comprendre cette relation conflictuelle que Larry éprouve pour Gloria. Sans compter un final qui annonce une suite passionnante, on découvre aussi un personnage capable de détourner la grande machine du fisc américain à son propre profit !
        Sinon, les planches au lavis de Bernard Vrancken s’avèrent époustouflantes, offrant des décors proches des aquarelles et un rendu plus sombre. Certes, on y sent l’omniprésence de la photo, mais comme il l’est dit dans cet article, il n’est pas le premier à le faire.

        Tout à fait d’accord par contre pour le premier All Watcher, même si honnêtement, la présence de ce grand méchant y reste très sporadique.

        Pour l’une comme pour l’autre série, vivement la suite !

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