Les périples secrets d’Hugo Pratt décryptés à Cherbourg-Octeville

7 avril 2009 0 commentaire
  • Du 3 avril et jusqu'au 20 septembre 2009, Cherbourg crée l'évènement avec "Hugo Pratt, périples secrets", la première grande exposition de cet auteur en France depuis plus de vingt ans. Une exposition qui s'inscrit dans le cadre de la Biennale du 9ème art organisée par la ville, au musée d'art Thomas-Henry. L'occasion de découvrir le trait épuré du père de Corto Maltese, quelquefois aux limites de l'abstraction.

Après Bilal, Schuiten, Juillard et Loustal c’est au tour de Pratt, créateur du célèbre marin Corto Maltese, d’être présenté au Musée d’art Thomas-Henry qui affirme son souhait de définir un parallèle entre ses collections classiques et les œuvres graphiques de grands noms de la bande dessinée. Si le Musée du Louvre a récemment exposé des BD dans ses murs, l’idée d’intégrer la BD à l’art contemporain est réalisée depuis 2002 à Cherbourg.

Les périples secrets d'Hugo Pratt décryptés à Cherbourg-Octeville
Le visuel des affiches et de la couverture de périples secrets
Cong SA - www.hugopratt.com - Tous droits réservés

Pour avoir réussi à exposer un auteur tel que Pratt, plusieurs personnes sont à citer et à remercier : Les commissaires d’exposition Véronique Liévin et Dominique Paysant, Pietro Gerosa, le directeur de Cong SA, la société qui gère les droits d’Hugo Pratt, Thierry Thomas, auteur des catalogues Périples imaginaires et Périples secrets ; enfin Dominique Petifaux, auteur des livres livres d’entretiens avec le maître vénitien :De l’autre côté de Corto et Le désir d’être inutile.

Avant d’entrer dans l’exposition proprement dite, on peut admirer la fameuse Formule 1 Ligier-Renault Gitanes dont Pratt avait décoré la maquette, qui fut ensuite utilisée pour réaliser un véritable engin de course.

La Ligier-Renault aux motifs envoutants
Photo : N.Depraeter

"Hugo Pratt : périples secrets" nous emmène dans un voyage intimiste avec Pratt, dans l’une des thématiques qu’il abordait le moins : son œuvre. Ainsi, cette visite est l’occasion de découvrir de façon quasi chronologique l’évolution du trait de Pratt de 1945 à 1995, qui visait à la simplification poussée à l’extrême. Pratt disait : "Je voudrais arriver à tout faire comprendre avec une seule ligne". On peut d’ailleurs apercevoir cette évolution en comparant La Ballade de la mer salée à .

Corto posant devant un imaginaire appareil photo
Photo : N.Depraeter

À
Ainsi, la visite des différentes salles nous montre réellement ce trait changeant. On entre tout d’abord dans l’atelier de l’auteur, où des vidéos nous présentent Pratt dans différents moments de sa vie : voyages, rencontres, séances de travail... Le tout bercé par la voix suave du dessinateur.

Un ensemble de dessins de l’atelier
Photo : N.Depraeter

L’atelier présente ensuite différents croquis, sur plusieurs supports, à différentes étapes de finition. On y trouve des dessins de Corto, des portraits de femmes, des aquarelles de paysages. Cette salle très remplie est l’occasion d’apercevoir le volume de production impressionnant de l’auteur. Thierry Thomas, auteur du catalogue "périples secrets" raconte à propos de Pratt : "Il avait une vie si désorganisée pour un auteur de bande dessinée, qu’on se demande quand est ce qu’il dessinait" À travers les différents supports de croquis présents dans l’atelier, on s’en fait une petite idée, Pratt dessinait dès qu’une idée lui passait par la tête.

Des aggrandissements qui mettent en valeur le trait de Pratt
Photo : N.Depraeter

En pénétrant dans la seconde salle, on est entouré de reproductions gigantesques de Corto Maltese. Il nous fixe du regard avec son éternel sourire. Divers types de dessins nous montrent que Pratt était à même de faire vivre son personnage avec n’importe quelle technique : Crayonné, encre de Chine, aquarelle....

Corto nous fixe, avec son sourire toujours aux lèvres
Photo : N.Depraeter

Mais ce qui marque dans cette salle, c’est la complicité qui se crée avec le marin, complicité rendue possible par une attitude bien spécifique de Corto et que l’on ne trouve pas chez les autres personnages des œuvres de Pratt : Le face à face. Car si les femmes dessinées de profil nous regardent avec leurs regard en coin, c’est les yeux dans les yeux que Corto nous voit. Dans ses attitudes qui nous font penser a des poses prises ace à un appareil photo, devant la tour Eiffel, devant la mosquée de Sainte Sophie..., Corto attire et subjugue.

La preuve que même aggrandit, l’oeuvre de Pratt reste superbe
Photo : N.Depraeter

En continuant la visite, on arrive dans une salle remplie de planches originales d’Hugo Pratt, qui permet au visiteur de faire un balayage des différents styles de l’auteur. Un trait plus ou moins précis selon les situations rencontrées par Corto.

Une planche originale de Pratt
Photo : N.Depraeter

Vient ensuite la salle de , dernière aventure de Corto Maltese conçue aux limites de l’abstraction. Dans cette salle, on découvre la volonté de Pratt de raconter "une infinité de mondes en une seule case". Ainsi, si la première case ne nous présente qu’un poisson isolé, l’effet de recul progressif qu’applique Pratt, nous livre le reste de l’histoire par la compréhension du lieu, des personnages présents, etc...

Mû, dernière aventure de Corto
Photo : N.Depraeter

La dernière salle du parcours permet de découvrir des sérigraphies de Pratt où celui-ci prend à contre-pied la démarche d’un Roy Lichtenstein, artiste du Pop Art qui utilise l’agrandissement du dessin jusqu’à la trame imprimée, du narratif à l’abstrait.

Pratt fait le contraire, il prend le détail de l’un de ses dessins (l’uniforme de Corto, d’un soldat britannique, etc.) et effectue un zoom pour en faire devenir une image abstraite.

BRR...BRRR ! The British Winter’s Grenadiers
Photo : N.Depraeter

Une exposition réussie pour un auteur hors normes, c’est ce que nous propose le musée Thomas-Henry jusqu’au 20 septembre. Autant en profiter, l’entrée est gratuite.

(par Nicolas Depraeter)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition "Hugo Pratt, périples secrets" à Cherbourg-Octeville
Du 3 avril au 20 septembre 2008
Musée d’art Thomas-Henry
Entrée libre
Renseignements au 02 33 23 39 38
Ou sur le site de la ville de Cherbourg

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