Les sélectionnés d’Angoulême 2005.

28 décembre 2004 0 commentaire
  • Vous êtes quelques milliers à nous lire tous les jours. Nombre d'entre vous ont dû voir passer la polémique entre Joann Sfar et le Festival d'Angoulême (un peu brouillée par [les mauvaises manières de M.Jean-Christophe Menu->http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=1987]) en comptant les points mais sans pour autant y comprendre quelque chose, face à ce qui, vu de Sirius, peut sembler une querelle de spécialistes. Or ce n'en est pas une.

Comme nous l’avons écrit dans ces colonnes, le jury de présélection du Festival a essayé de faire honnêtement son boulot. Nous sommes un peu étonnés de voir Sfar revenir sur cette question dans Bo-Doï qui publie ces jours-ci le texte -dépouillé de ses excès, il est vrai- dont nous vous avions commenté des extraits sur ce site (et qui a été communiqué in-extenso sur plusieurs sites depuis, avec le communiqué en réponse du Festival). Nous le réaffirmons : Sfar a raison de remettre en cause la sélection proposée. Il est dans son rôle. Le Festival se défend, malheureusement, et c’est la loi du genre, sans trop argumenter, en disant que les remarques de Sfar sont entachées d’erreurs. Or, sur ce point, ils ont raison.

Par exemple Sfar avançait que L’Homme sans Talent était paru pour la première fois au Japon dans les années 60. Frédéric Boilet a eu l’occasion de lui dire lui-même qu’il se trompait : l’ouvrage été publié en 1987. Il est également faux de dire que les Festivals étrangers ne couronnent pas des œuvres anciennes. Pour prendre deux exemples qui touchent Sfar, Le Petit Vampire nominé à San Diego cette année (il n’a pas eu de prix), dans une sélection où figuraient aussi Uderzo et Goscinny, ne date pas de la première fraîcheur, mais il vient cependant d’être publié seulement maintenant aux États-unis. A Lucca en novembre de cette année, Sfar a été primé pour des œuvres publiées récemment en Italie, parmi lesquelles Le Petit Monde du Golem qui date de 1991...

Qui sont ces nominés ?

Sfar peut en revanche prendre pour lui la formule qu’il utilise, dans Bo-Doï (N°81, janvier 2005), en réponse à la réponse du Festival : «  Si j’ai bien compris les gens du comité : Autocritique zéro  ». Outre que la formule est expéditive (et c’est là que Bo-Doï pousse Sfar à la faute à notre sens), elle oublie que cette sélection est le produit d’une politique de remaniement des prix sur lesquels les organisateurs du Festival planchent depuis des années et qui n’est pas achevée. Les nominations sont plus justes qu’hier, plus internationales (en pleine mondialisation, vous ne pensez pas qu’il est temps ?) et certainement moins convenues que par le passé. Maintenant, qu’il y ait des déséquilibres, c’est certain et toutes ces réactions ne cachent pas la forêt des manœuvres des éditeurs en coulisse.

Il nous faut donc en revenir aux fondamentaux et regarder cette sélection posément, par soi-même. Comme je vous l’ai dit, elle en a surpris plus d’un car elle oblige même le spécialiste à retourner en librairie. Elle retient 42 albums (sur près de 2600 parus et environ 400 reçus par le jury - car on oublie aussi que les éditeurs font également une présélection ) parmi lesquels des séries très notoires et très grand public. Soit 7 albums sélectionnés dans chacune des 6 catégories de prix, issus de la production de l’ensemble de l’année 2004 écoulée, tous éditeurs confondus, qu’il s’agisse d’ouvrages créés en français ou de traductions.

La bonne idée de cette année, c’est que le Festival a imprimé un petit livret (couv inédite de Zep, collector !!!) qui présente chacune de ces œuvres que vous ne connaissez (peut-être) pas. Elle est téléchargeable en PDF sur votre ordinateur. C’est non seulement une consécration en soi pour les nominés -et là, bravo, le Festival est dans son rôle- mais aussi l’occasion de vérifier la pertinence du jury et les arguments qui défendent leur choix. Sur cette base, n’hésitez pas à poster sur notre Forum les chef-d’œuvres de l’année qui vous semblent avoir été oubliés.

De toute façon, nous en connaîtrons le résultat de toute cette dans la soirée du 27 janvier 2005. En attendant, nous nous emploierons à alimenter le débat sur cette sélection passionnante. Que la nouvelle année 2005 commence ! (MEILLEURS VŒUX !!!)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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La façon dont BoDoï -qui a bien du mal à écrire correctement le nom de Joann Sfar- utilise le dessinateur pour faire sa polémique ne laisse pas de surprendre. Bien plus radical que l’auteur du Chat du Rabbin, Jean-Marc Vidal écrit dans son éditorial : " Le plus grand des festivals BD, qui s’ouvrira fin janvier, s’est récemment acheté une stature planétaire. Il la paye en monnaie de singe en brandissant sous les projecteurs des ouvrages obsolètes ou bidouillés qui nous sont étrangers... Leurs images ne sont pas faites pour nous et leurs bulles nous font dormir debout. " Et, pas plus honteux que cela, sans y mettre l’ombre d’un guillemet, il attribue cette opinion à ...Joann Sfar !

Plus loin, parlant de ceux qui ont le malheur de faire des commentaires éventuels sur un fumeux "Prix Shérazade" de son cru qu’il attribuerait (au hasard) aux invités de son sommaire, Jean-Marc Vidal écrit : « Quant à ceux qui n’ont rien à dire et voudraient en faire toute une histoire ? Qu’on leur coupe la tête !!!  ».

Nous qui aimons faire des commentaires, nous répondrons par une citation du Grand Vizir Iznogoud à qui M. Vidal, mal inspiré, tente d’emprunter les mœurs barbares : « -Apprends, mon ami, que la situation la mieux assise ne résiste pas au pal. » (13èmes aventures, Les Œufs d’Ur, pl.4).

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