Les souvenirs 2009 de la rédaction d’ActuaBD, troisième et dernier acte.

10 janvier 2010 0 commentaire
  • Voici une dernière poignée de souvenirs des membres de la rédaction d'ActuaBD, histoire de faire un retour décalé sur l'année écoulée, et de voir le visage de ceux que vous lisez tout au long de l'année

LE BEDENAUTE
Vu du Québec

Les souvenirs 2009 de la rédaction d'ActuaBD, troisième et dernier acte.Septembre 2009 : c’est pour moi la fin d’un long séjour en apnée dans la gestion d’un projet technique, d’où je ne revenais que quelques fois en surface respirer l’air des phylactères. Heureusement que Marianne et Mathias étaient là pour vous alimenter en nouvelles d’outre-Atlantique !

Et quoi de mieux pour consommer cette transition qu’un séjour à Bruxelles - une cité réellement habitée par la BD - et une bière à Louvain-la-Neuve avec le fondateur d’ActuaBD, rencontré sur Internet il y a huit ans déjà (désolé pour les autres, mais je reviendrai vous voir une autre fois !). Il n’y a pas si longtemps, au Québec, le seul moment où il était possible d’avoir une conversation intelligente sur la BD était avec des amateurs férus et des auteurs invités à l’unique événement annuel, le Festival de Québec. Internet a changé beaucoup de choses et ActuaBD s’est quelquefois métamorphosé, mais sa quintessence demeure : une information de qualité, recueillie et présentée par des passionné(e)s.

Au cours de l’année, plusieurs grands noms de la BD européenne sont venus nous visiter, Durieux et de Loustal entre autres. J’avais déjà commencé à préparer mes entrevues, mais Morgan di Salvia [http://www.actuabd.com/Christian-Durieux-J-ai-l] et Nicolas Anspach [http://www.actuabd.com/Loustal-Le-style-de-l-ecrivain-m] m’ont précédé de peu pour publier les leurs.
J’ai tout de même fait les entrevues, qui ont été diffusées à l’émission radio « Au Pays des bulles », avec laquelle je collabore également. Ce n’est pas facile de coordonner le travail d’autant de collaborateurs et collaboratrices. Au moins, ces entrevues, je n’aurai pas à les transcrire ! Par contre, il y a des rencontres avec plusieurs auteurs d’ici qui sont encore en chantier (Charles-Louis, t’es pas le seul...) et d’autres s’ajouteront, car une quarantaine d’albums ont été publiés localement en 2009 chez La pastèque, 400 coups et Glénat Québec et une dizaine d’autres éditeurs québécois ou ontariens, et que 2010 s’annonce très prometteuse.

MATHIEU DROUOT
Le mystère des alliances dans l’empire des comics

Revenir sur toute une année de production artistique est toujours un petit peu difficile puisque l’on a souvent tendance à oublier les chocs des premiers mois pour se concentrer sur la fin d’année. Heureusement que le monde des comics nous a offert deux évènements de taille cette année qui vont faire parler d’eux encore quelques temps.

Tout d’abord "Secret Invasion", le crossover Marvel de l’année 2009 [Panini en France]. Cette maxi-série a rythmé tout de même les 8 premiers mois de l’année et chamboulé la vie pépère de certains adorateurs du slip collant. Quand même, nous sommes passés à deux doigts de la fin du monde et le dénouement a marqué une nouvelle ère dans l’univers Marvel.

D’un point de vue plus économique, le rachat de Marvel par Disney représente quant à lui une sacrée claque de milieu d’année.

Face à l’incontestable succès des adaptations cinématographiques des super-héros et les débuts des studios Marvel, une telle nouvelle pourrait être perçue positivement en raison de la qualité de la production et les moyens financiers qui s’ouvrent à une branche cinéma qui regorge de projets (Iron Man 2, Thor, Captain America, Les Vengeurs, Spider-Man 4, j’en passe et des meilleurs ...).

Concernant l’impact que cela aura sur la ligne éditoriale de la Maison des idées, le mystère reste en revanche entier et seul le bilan de l’année 2010 pourra nous le dire...

MATHIAS KIND
Débuts difficiles

2009 aura été pour moi l’année de mes débuts pour Actua BD à Montréal.

Carrefour culturel soumis aux influences des comics américains et de la bande dessinée européenne, lieu de création de bandes dessinées québécoises et de romans graphiques anglophones, Montréal offre de nombreuses opportunités de parler du Neuvième Art.

En ce sens 2009 aura été marquée par la rencontre avec Neil Gaiman, invité d’honneur de la World Con, Mike Allred et Darwin Cooke lors de la Montreal Comic Con, Marc Bell pendant Expozine.

Cette année aura été aussi celle des rendez-vous manqués, avec Seth lors de sa présentation à la librairie de Drawn and Quarterly, avec Riad Sattouf au Festival du Nouveau Cinéma, avec Benacquista au Salon du livre…

En souhaitant pour 2010 autant d’événements et plus de temps pour en parler. Longue vie à Actua BD et un grand merci à toute l’équipe, en particulier mes collègues ici au Canada.

XAVIER MOUTON-DUBOSC
Geek, n’est-il pas ?

Depuis une décennie, on parlait de crise de surproduction dans la BD et, malgré tout, le nombre de nouveautés n’a pas cessé d’augmenter. Face à la Crise, la vraie, l’économique, celle qui fait mal à la consommation, le nombre de parutions BD a à peine ralenti sa croissance, chiffres ACBD certifiés par le scrutateur Gilles Ratier faisant foi. Des industries du divertissement, la bonne santé du Neuvième Art est impressionnante. Pourtant nous arrivons à un tournant... technologique.

Et la techno, c’est mon dada (en plus de bidonner mes interviewes). C’est même mon métier puisque j’avais démarché des éditeurs pour faire entrer de la BD dans des téléphones portables en 2003 (à l’époque, j’avais commis le crime de populariser les sonneries fantaisies). Par le prix demandé, ils m’avaient signifié qu’ils n’étaient pas motivés.

2009 : le nombre de blogs adaptés en albums dépassait celui des magazines de prépublication, les écrans couleurs sont à des prix de gros dérisoires, l’autonomie des batteries impressionnante, Amazon a lancé son Kindle, Apple va encore révolutionner le genre en simplifiant le concept avec une boutique liée béton. Et nous sommes justement à une étape charnière : le matériel existe, la distri/vente des contenus solidement maîtrisée par leurs constructeurs, le public s’essaie à payer la taxe DRM sans avoir encore pris conscience de l’obsolescence de ces appareils de lecture.

Mais à mon sens, tous les albums ne se prêtent pas forcément à cette transition : un album grand format sera toujours plus confortable qu’un écran de téléphone mobile, surtout qu’il n’a pas besoin d’être rechargé. À terme, il existera trois types de bande dessinée : celles qui sont restées sur papier, celles qui sont intégralement numériques jouant de leur interactivité, et celles existant entre ces deux dimensions, parfois pré-publiées gratuitement sur un blog puis vendues en album.

Et là, va se poser la question des éditeurs. Vont-ils se laisser dépasser par une génération de dessinateurs qui préfèreront arriver directement sur iTunes plutôt que par leur intermédiaire ? Les grands éditeurs du secteur ont la chance de pouvoir réfléchir à leur pérennité, plutôt que d’ignorer la question comme l’avaient fait, en leur temps, les quatre majors du disque. CwF+RtB , la réponse de Mike Masnick, est heureusement encore plus facilement applicable dans notre cas : un auteur de BD reste largement plus accessible à son public qu’un chanteur de Top 50 ou un acteur de blockbuster.

Suis-je un techno-sceptique refoulé, moi qui présente le magazine des cultures geeks, un des plus vieux podcasts francophones toujours en activité ? Je pense plutôt que 2010 va se révéler passionnante à lire dans ActuaBD, et qu’on a pas fini de lire de la BD, que ce soit sur du bois mort ou sur un écran numérique.

FLORIAN RUBIS
Retrouver des sensations d’enfance

Deux lignes directrices ont toujours dirigé mon travail depuis vingt ans : son articulation autour du rapport entre le texte et l’image ; ainsi que le désir de retrouver, le plus possible, mes sensations de lectures d’enfance. Et ce, en complément de toute la rigueur ayant présidé à mes activités dans les domaines de l’édition, comme lexicographe, iconographe et auteur, ou en tant que journaliste indépendant de presse écrite, audiovisuelle et Internet (culture, voyages, BD).

Un tel désir a indubitablement été renforcé par l’observation d’Hugo Pratt côtoyé durant les années 1989-1995, auquel j’ai consacré le livre Hugo Pratt ou le sens de la fable (Éditions Belin), publié le 7 décembre 2009. Pour avoir mesuré chez lui jusqu’à quel point sa fidélité inconditionnelle aux périodes chéries de son enfance et de son adolescence, heureuses malgré les épreuves connues alors, en pleine Deuxième Guerre mondiale, fut le grand engagement et la grande affaire de toute sa vie.

Au cours de 2009, j’ai pu pour ma part renouer avec ces sensations d’enfance pour le compte d’ActuaBD.com, notamment lors de deux rencontres marquantes avec des dessinateurs dont j’admirais l’œuvre à distance : un Tomi Ungerer à la verdeur et à la liberté de parole réjouissantes ou un Lorenzo Mattotti dont la chaleur de la réception dans son atelier parisien et la disponibilité me touchèrent profondément.

Tandis que 2010 s’annonce très active du fait de nouveaux entretiens avec des auteurs BD, de la réalisation de projets concernant mes sujets de prédilection, le neuvième art et la littérature jeunesse, ou de la promotion de mon ouvrage sur Hugo Pratt (prochaines signatures : Librairie du Centre, Soissons, samedi 16 janvier 2010).

D’ailleurs, je souhaite vivement remercier les lecteurs et les confrères journalistes qui ont d’ores et déjà réservé un excellent accueil à ce dernier, fruit d’un labeur solitaire de recherches et de rédaction de plusieurs années, par le biais de ce bref texte.

DAVID TAUGIS
Trop et pas assez

En 2009, j’ai été submergé par l’avalanche incessante des sorties, tout en ayant l’impression de lire à la fois trop et pas assez.

En 2009 j’ai trouvé que les héritages se portaient nauséabonds (Hergé, Franquin) et que les 50 ans d’Astérix étouffaient de trop-plein, pour un album d’une grande médiocrité.

En 2009 j’ai encore pesté contre le nain et sa cour (Paris VIIIème).

En 2009 j’ai constaté que les meilleures ventes BD concernent encore des mangas pour ados atteignant le tome 250, loin devant Tezuka, dont les œuvres posthumes en valent 100 chacune.

J’ai constaté (ô combien) que l’équipe d’Actuabd travaille d’arrache-pied pour fournir des infos précises, fiables, le plus vite possible. Et qu’on est toujours déficitaires pour les comics et les mangas...

Entre Sfar et Sattouf, la surexposition menace. N’en jetez plus, ils sont partout : journaux, télé, cinéma, albums de toutes sortes... Quel appétit de médias ! Mais reste-t-il un peu de place pour les autres ? Ne serait-ce que pour Larcenet, qui lui vaut bien, mais qui ne fait pas de cinéma...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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