"Les trois jours qui ont changé le monde" : un premier jour sans chambardement

2 décembre 2016 16 commentaires
  • Alexandre Géraudie entame la publication chez Flblb d’un triptyque au titre ambitieux. Il s’agit de changer le monde, rien de moins ! À la lecture du premier tome, qui correspond à la première de ces trois journées, on se dit qu’il y a là une bonne dose d’ironie. Car si cette lecture s’avère agréable et parfois drôle, ce tome ne réserve pas de révolution mondiale ni même de surprise majeure.

Nous sommes en mai 2017, dans un pays qui ressemble à s’y méprendre à la France, à trois jours du résultat des "élections" présidentielles. L’expression est – ô combien ! – d’actualité, mais les guillemets sont indispensables ici, car le mode de scrutin a connu une réforme qui se veut à la fois moderne et proche des aspirations populaires. En effet, ce fameux résultat sera déterminé par les réseaux sociaux : celui ou celle qui aura le plus d’ "amis" deviendra le nouveau président !

Alexandre Géraudie nous plonge donc en pleine politique fiction. Il ne fait certes que caricaturer certains aspects de notre monde actuel, mais il le fait avec humour, et s’il n’y avait pas ses personnages farfelus et ses situations absurdes, on se dit qu’il ne s’éloignerait finalement pas tant que ça de notre réalité.

"Les trois jours qui ont changé le monde" : un premier jour sans chambardement
Page 28 © Alexandre Géraudie - Flblb 2016
Page 29 © Alexandre Géraudie - Flblb 2016
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Qui s’affronte pour obtenir le fauteuil tant convoité ? D’un côté, Catherine Sauzet, présidente sortante, "Le changement dans la continuité" : certains ne reculent devant rien pour se présenter de nouveau... De l’autre, Raoul Fallieri, adepte de Gérard Lenorman et d’alcools forts. Malheureusement pour Mme Sauzet, à trois jours de la clôture des "votes", un truand aussi effrayant qu’azimuté s’échappe d’une prison de haute sécurité, construite spécialement pour lui. Il est vrai que ce Rodrigo Delgado s’est déjà évadé une bonne trentaine de fois, alors prendre la clé des champs en se cachant dans un panier à linge, cela ne lui fait pas peur !

L’élue se retrouve immédiatement devancée sur les réseaux sociaux. C’est la panique. Mais un renversement de situation n’est pas à exclure avec Alexandre Géraudie. D’autant qu’à cette situation déjà passablement tordue s’ajoute une panoplie de personnages, tous plus veules et inconstants les uns que les autres. Un duo de policiers de choc composé d’une froussarde sympathique mais décourageante et d’un bedonnant corrompu jusqu’à la moelle se retrouve à faire la circulation sur la voie publique. Le frère de ladite timorée n’a qu’un but dans la vie : faire le buzz sur Internet. Et peu importe si sa sœur en pâtit. Quant à la bande de gangsters, elle vaut son pesant de pop-corn.

Bref, il convient dans ce livre de ne pas trop se prendre au sérieux. Ce qui n’empêche pas, bon an mal an, de dénoncer quelques-uns des travers de nos sociétés contemporaines. Qu’il s’agisse de la course à la popularité des hommes et femmes politiques ou de la manie de tout un chacun de filmer le moindre événement avec son smartphone, Alexandre Géraudie se fait observateur de nos tics sociaux. Les médias – télévision et Internet surtout – en prennent pour leur grade. La police est passée à la moulinette, mais la pègre n’est pas épargnée.

Page 111 © Alexandre Géraudie - Flblb 2016

Tant par son esthétique – un noir et blanc sans affectation ni recherche graphique particulière – que par sa verve – humour potache et dérision sans prétention – le travail d’Alexandre Géraudie se rattache sans nul doute à l’esprit "fanzine", qu’il doit affectionner. Nous retrouvons là bien des traits communs avec Daniel Selig, son compagnon de route chez Flblb comme chez Les Machines.

La satire en est encore à ses débuts. Trois tomes sont annoncés. Et le récit ne fait effectivement que démarrer. Nous sommes donc curieux de découvrir les deux prochaines journées qui sont censées changer le monde : bien d’autres de nos mauvaises habitudes méritent d’être caricaturées par Alexandre Géraudie.

© Alexandre Géraudie - Flblb 2016

(par Frédéric HOJLO)

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16 Messages :
  • "Tant par son esthétique – un noir et blanc sans affectation ni recherche graphique particulière – que par sa verve – humour potache et dérision sans prétention"

    Effectivement. Dommage pour les arbres.

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  • Donc votre nouvelle ligne éditoriale c’est la BD amateure. C’est un choix.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 3 décembre 2016 à  11:07 :

      Après le dessinateur ne sachant pas dessiner, le dessinateur amateur.

      Voilà un commentateur nuancé et pas du tout expéditif. Un vrai taquin, quoi.

      Merci en tout cas de nous lire !

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      • Répondu le 3 décembre 2016 à  20:23 :

        Dessinateur amateur. C’est un peu exagéré. C’est quand même un professionnel. Seulement dessinateur fainéant. C’est moins méchant.

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        • Répondu par Frédéric HOJLO le 4 décembre 2016 à  10:31 :

          On peut ne pas aimer le travail de ce dessinateur.

          On peut avoir un avis nuancé et lui reconnaître quelques qualités, sans être franchement fan (c’est mon cas).

          Mais on ne peut l’accuser de paresse. Son livre fait 240 pages. Ce n’est certes pas du Emmanuel Lepage, mais c’est bien plus de labeur que ce que l’on pourrait croire. Et c’est omettre tout le travail d’édition, qui est de qualité pour cet ouvrage.

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          • Répondu le 4 décembre 2016 à  21:50 :

            Même avec 24000 pages, ça resterait un dessin simpliste. La quantité n’a rien à voir avec la qualité et la difficulté.

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            • Répondu par Frédéric HOJLO le 5 décembre 2016 à  09:14 :

              Ratiocination.

              Quant à moi, cela s’arrêtera là.

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              • Répondu par Zot ! le 5 décembre 2016 à  15:16 :

                Avec son dessin faussement (??) naïf et enfantin, je me demande si ce livre figurera dans la fameuse liste du FIBD qui sera annoncée (sonnez clairons, résonnez haut-bois) ce vendredi à Paris 16 ! Ce dessinateur remplacera t’il le fameux Simon Roussin ?

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                • Répondu le 6 décembre 2016 à  09:17 :

                  Avec le Brexit, Donald Trump, Fillon, Hollande qui ne veut plus être président, Hanouna à la TV… on peut s’attendre à tout, surtout au pire.

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  • J’ai adoré ce livre ! Il est drôle, ça se prend pas au sérieux et ça fait du bien. Pour un premier livre, c’est prometteur et rafraichissant.
    Le dessin est affirmé et personnel, on a hâte de voir la suite.

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  • Les 3 jours
    11 décembre 2016 14:09, par Gaëtan

    Il y a un sacré paquet de commentaires malencontreux et conservateurs ici. C’est bien dommage parce que cet album est bon, l’esthétique est belle et puissante qui renvoie au cinéma français des années cinquante, l’histoire est véritablement créative et non pas une resucée, l’édition est fine. J’espère que ces trois jours aiderons à changer les mentalités des frustrés en tout genres.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 11 décembre 2016 à  19:26 :

      Ce livre a au moins une qualité indéniable : il suscite le débat. Certes les "arguments" ne sont pas toujours très élaborés. Quant à savoir si l’ouvrage aidera à changer les mentalités...

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      • Répondu par Salinger le 11 décembre 2016 à  22:41 :

        La plupart du temps les débats sont stériles et ne servent qu’à conforter les participants dans leurs convictions, quant à chercher des arguments élaborés sur internet autant chercher une anguille dans une botte de cuir.

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        • Répondu par Frédéric HOJLO le 11 décembre 2016 à  22:53 :

          Ah je vous vois venir : vous essayer de lancer un débat dans le débat. Mais ça ne prendra pas, je n’userai d’aucun argument qui pourrait renforcer vos convictions et vous attraper le cœur, cher Salinger.

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    • Répondu le 12 décembre 2016 à  07:56 :

      "l’esthétique est belle et puissante qui renvoie au cinéma français des années cinquante"
      Suffit pas d’affirmer pour démontrer.

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      • Répondu par Gaëtan le 14 décembre 2016 à  23:25 :

        C’est un commentaire, pas une démonstration.

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