Letter Bee T17 - Par Hiroyuki Asada (Trad. Jean-Benoït Silvestre) - Kana

21 octobre 2014 0 commentaire
  • Après avoir découvert le secret de sa naissance, Lag doit désormais trouver les autres enfants nés, comme lui, le jour de l'extinction du soleil artificiel. Cependant, cette tâche ne doit pas le détourner de sa mission principale : livrer les lettres des habitants de l'Amberground, recelant leur cœur et sentiments les plus profonds. Une mission sacrée pour les petites abeilles de la ruche postale !

Avec Letter Bee, Hiroyuki Asada a créé un univers étonnant, complexe, mêlant fantaisie et steampunk, dans lequel les facteurs y tiennent, de façon surprenante, une place essentielle et primordiale. En effet sur ces terres de ténèbres, éclairées uniquement par un soleil artificiel, où la vie est dure et les villages isolés, séparés par de vastes étendues désertiques peuplées de dangereux insectes géants, les communications sont assurées par de courageux fonctionnaires, les Letter Bee.

Ces facteurs, qui parcourent les territoires de l’Amberground jouent un rôle précieux de lien social entre ses habitants, car eux seuls possèdent la capacité de se déplacer avec sécurité et rapidité. Cette compétence repose sur la maîtrise d’un outil, l’arme à balle-cœur, qui utilise comme munitions des fragments du cœur de l’utilisateur. La balle ainsi tirée se nomme « balle-cœur » et constitue la seule arme efficace contre les terribles Insectarmures... qui se nourrissent justement du cœur des humains !

Letter Bee T17 - Par Hiroyuki Asada (Trad. Jean-Benoït Silvestre) - Kana
TEGAMI BACHI © 2006 HIROYUKI ASADA / SHUEISHA Inc. / Kana

À partir de ce motif du « coeur », Hiroyuki Asada a construit avec minutie un monde dans lequel les sentiments et la mémoire jouent un rôle central. Ils y tissent un réseau complexe, à la fois scénaristique - autour du fonctionnement de cette société, des Insectarmures et des créatures spirituelles, du soleil artificiel, etc. - et symbolique pour l’évocation et la mise en scène des sentiments.

En effet, une lettre contient les sentiments de la personne qui l’a écrite et recèle une part de son cœur. Cela signifie également que les lettres attirent les Insectarmures... Le fait de les transporter fait des Letter Bee la cible privilégiée de ces redoutables créatures ! Mais rien n’est plus précieux que le cœur dans l’Amberground !

Dans cet univers poétique, relevant par moment du conte, le cœur apparaît donc comme l’élément à la base de tout, et la manifestation à la fois des sentiments et de la mémoire des gens, dont la représentation passe par une forme d’essence spirituelle. Ainsi, les Insectarmures dévorent le cœur de leurs victimes en l’aspirant sous forme d’énergie et en les laissant « vides » de tout sentiment ou souvenir.

Rien de sanglant ou de réellement macabre donc dans la représentation des attaques des Insectarmures, bien que l’action soit présente de façon détaillée dans les scènes où l’on tente de leur échapper ou de les vaincre. La véritable horreur se manifeste ici sous la forme de l’oubli.

Néanmoins notons que la série développe un thème autour de la création d’êtres mi-humains mi-spirituels, lorgnant du côté de Frankenstein et de L’Île du docteur Moreau, mais le style rond et clair de Hiroyuki Asada que rend l’ensemble ne rebutera pas le grand public.

Les inquiétants "êtres qui n’ont pu devenir des esprits".
TEGAMI BACHI © 2006 HIROYUKI ASADA / SHUEISHA Inc. / Kana

Les touches d’humour sont nombreuses et la série joue avant tout la carte de l’émotion et des grands sentiments. Les lettres, et les colis que Lag doit livrer sont autant d’histoires oscillant entre mélancolie et liens contrariés, compliqués, entre proches. Avec son héros empathique, les situations sont souvent larmoyantes, et cela pleure pas mal !

Dans ce 17e tome, nous sommes embarqués dans une suite de révélations qui a débuté voici deux tomes, concernant le secret de la naissance de Lag. Notre héros nous entraîne désormais dans ce qui semble être la dernière ligne droite de la série, sans pour autant oublier son principe moteur : la livraison du courrier !

Une lettre recelant les souvenirs d’une vie entière.
TEGAMI BACHI © 2006 HIROYUKI ASADA / SHUEISHA Inc. / Kana

Lag, flanqué d’une nouvelle collègue aussi irritante que perfectionniste, doit ainsi livrer un jeu de lettres entre mère et fille, nous narrant une histoire poignante de sentiments qui n’ont pas pu être transmis à temps, faite de regrets mais aussi de déclaration d’amour.

Puis le récit reprend le fils rouge de l’intrigue, celui de la quête des quatre enfants nés le même jour que Lag, celui de l’extinction -temporaire- du soleil artificiel et dont le cœur recèle les souvenirs, et l’histoire perdue, de l’Amberground.

À la clé, un développement surprenant concernant la nature de l’enfant retrouvé au cours de ce tome, mais également une révélation inattendue sur la nature du fameux soleil artificiel, source de vie mais à la nature trouble...

Avec son univers sophistiqué et soigné -illustré entres autres par les bonus de fin de tome revenant sur les éléments présentés au cours de l’histoire- son ambiance à la fois naïve et mélancolique, entre légèreté et gravité, et son dessin élégant, Letter Bee continue de s’imposer comme une grande réussite. Un conte tendre et frais à ne pas manquer !

Aux prises avec un Insectarmure !
TEGAMI BACHI © 2006 HIROYUKI ASADA / SHUEISHA Inc. / Kana

(par Guillaume Boutet)

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Letter Bee T17. Par Hiroyuki Asada. Traduction Jean-Benoït Silvestre. Kana, Collection "Shônen". Sortie le 24 octobre 2014. 216 pages. 6,85 euros.

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- Lire la chronique des tomes 1 & 2

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