Lewis Trondheim, satisfait du départ de Thévenet, souhaite évincer Michel-Edouard Leclerc

27 février 2006 5 commentaires
  • Alors que l'on attend aujourd'hui de la part du FIBD la formulation des motifs du licenciement de Jean-Marc Thévenet, Lewis Trondheim, le récent lauréat de l'Académie des Grands Prix, tire sur l'ambulance et cible l'un des sponsors du Festival : Michel-Edouard Leclerc.

A la question posée par le quotidien régional Sud-Ouest de savoir ce qu’il pense de l’éviction de Jean-Marc Thévenet (voir notre article à ce sujet), Lewis Trondheim, le nouveau "Grand Prix" du Festival, prend la chose « plutôt bien ». Mieux : dans un courriel adressé aux rédactions de plusieurs journaux dont La Charente Libre, il précise : « Je pense que beaucoup d’éditeurs et de nombreux auteurs sont soulagés par ce licenciement (...) Il y avait plus à redouter à le garder qu’à l’exclure. »

Bataille juridique en vue

À Angoulême, des voix s’élèvent contre l’éviction un peu brutale du directeur général du Festival. On s’étonne surtout du côté de la mairie comme des sponsors de ne pas avoir été préalablement informés de la décision. Rappelons cependant que le FIBD avait parlé, dans son communiqué, d’éléments « graves et concordants » pour justifier cette mise à pied. Jean-Marc Thévenet, de son côté, a pris apparemment l’initiative de communiquer sur son licenciement avant même l’entretien avec son employeur, tel que le prévoit la loi, et dément fermement qu’on puisse lui adresser le moindre reproche. Il est probable que toute cette affaire finira devant le Conseil des Prud’hommes. Le FIBD a intérêt à ce que son dossier soit bien étayé, à défaut de quoi, cela risque de lui coûter très cher.

Quant à Trondheim, il ne s’inquiète pas pour la succession de Jean-Marc Thévenet. Il est même plutôt optimiste pour la suite, certain qu’on lui trouvera un remplaçant. Et il désigne à nouveau l’une de ses bêtes noires : Michel-Edouard Leclerc. « Il ne reste plus, déclare-t-il à "Sud-Ouest", qu’à faire partir Leclerc qui rappelons-le, oeuvre pour l’abolition du prix unique du livre. Ce qui causerait des dommages irréparables au milieu. Les petits libraires qui sont nos plus fidèles alliés finiraient par fermer boutique face aux gros distributeurs, entraînant dans leur sillage bon nombre d’éditeurs indépendants et bien plus d’auteurs par effet boule de neige. »

Trondheim contre Michel-Edouard Leclerc

Ainsi donc Lewis Trondheim enfourche le destrier de la défense des petits libraires contre la grande distribution, sans même prendre en considération que certaines régions, sans leur supermarché, seraient bien démunies et auraient bien du mal à faire vivre une simple librairie. C’est son droit, sauf qu’il y a un hic : les Centres Leclerc représentent un poids non négligeable dans les ventes de la bande dessinée et également dans le sponsoring du festival d’Angoulême, c’est même l’un de ses principaux sponsors privés. Or, le FIBD n’est pas au mieux depuis les mauvais comptes de la précédente édition. Évincer Leclerc, c’est très bien. Mais qui le remplacerait ? L’Association des Libraires ? Ce serait bien surprenant. Dès lors, dans le contexte actuel du Festival, cette réflexion est non seulement déplacée, elle est carrément néfaste, Trondheim se posant en fossoyeur du FIBD.

Heureusement, il a la modestie d’admettre dans la même interview qu’il n’est pas le président du FIBD : « ...je [ne]suis [que] président du jury du festival d’Angoulême. Ce qui n’est pas vraiment pareil. Mon avis importe assez peu. » Il nous semble que ça vaut mieux pour tout le monde.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Lewis Trondheim. Photo : Thomas Berthelon.

 
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5 Messages :
  • Trondheim a la grosse tête depuis ses débuts, le fait d’avoir créé une mouche à m... et un lapin ayant, semble-t-il, suffi à le persuader qu’il avait réinventé la BD. Ce n’est pas son Grand Prix, décerné par un collège de vieilles gloires qui ne lisent plus de BD depuis des décennies ("Je préfère lire des livres" disait Moebius récemment sur France Inter), qui risquait pas de la lui dégonfler !
    Ceci dit, si j’aime bien Michel-Edouard Leclerc qui est un vrai passionné de BD, je suis d’accord avec Trondheim à propos de la loi Lang sur le prix unique.

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    • Répondu par ben le 8 mars 2006 à  14:47 :

      autant qu’il profite de sa visisbilité pour dire ce genre de choses pouisque personne d’autre ne le fait ; de toutes facons comme il le dit son avis importerait assez peu en cas de vraie question de garder leclerc ou pas.
      Quand a son role dans la bande dessinée et son lectorat, je crois, tres cher, que vous vous mettez le doigt dans l’oeil, et encore je suis poli.
      Il ne pretend pas avoir reinventé quoi que ce soit, cela n’enleve pour autant rien a la qualité et la profusion de son travail.
      Ah, c’est sur que arleston ou morvan seraient allés, eu, faire la promo de la VRAIE bande dessinée dans des hypermarchés, avec le sourire, en plus.

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      • Répondu le 26 mars 2006 à  22:13 :

        Aller défendre la BD en supermarché. Pourquoi pas. C’est aller à la rencontre d’un public qui en général ne se déplace ni sur les festivals, ni dans les librairies spés. Un peu comme certains intervenaient en usine, non ?
        Militer contre le prix unique du livre, c’est bien sûr une connerie. Mais quand a-t-on vu Leclerc dans ce combat là ?

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  • Voilà ce qu’on appelle un article militant -ou partisan, c’est selon. Mais pourquoi donc l’auteur fait-il semblant de croire que Trondheim veut que Leclerc cesse d’exister, alors qu’il se contente de souligner la contradiction entre la présence de Leclerc à Angoulême et sa politique de lobbying consistant à vider de son sens la loi Lang sur le prix unique du livre ? Et il n’y a pas besoin d’être sorti de la cuisse de Jupiter pour savoir ce que ce genre de politique amènera au marché du livre et de la BD, il suffit de regarder ce que sont devenus les disquaires indépendants face aux gros magasins de disques appliquant des ristournes de 20% : disparition quasi-totale. Or, il ne me semble pas que l’existence de Leclerc soit menacée. Si c’était le cas, on comprendrait le point de vue de l’auteur du papier, mais là, on se demande ce qu’il doit à Leclerc pour le soutenir dans sa croisade pour un monde où le livre est moins cher... Mais uniquement en vente chez Leclerc (et seulement si c’est un best seller, bien sûr).
    Orlus Carton

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  • Lewis Trondheim a révolutionné la BD. L’Association a été la pépinière de nouveaux talents et cela nul ne peut me contredire. J. Lang a été celui qui a sauver les petits libraires en imposant le prix unique des livres. Tout devrait aller bien . Mais que dire de certains "petits libraires" affiliés à des chaines qui, profitant de la vague BD, organisent un véritable marché paralléle. En effet, si on ne fait pas partie des amis, comment participer à des séances de dédicaces ou pouvoir acheter des albums en TT, voire TL.
    Lorsque nous soutenions les dessinateurs de l’Association, nous n’étions que trés peu et cela était notre passion.
    Leclerc ou d’autres, qu’importe. Le problème est que la création reste : le formatage, la manganisation de la BD ne doivent pas être la nouvelle norme de cet art. C’est en cela, que je défends Lewis Trondheim (ces mouches et ces lapins). C’est en cela qu’il y a une différence entre le Leclerc, passionné de BD et le Leclerc, PDG casseur de prix et casseur de rêve.

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