Interviews

Li-Chin Lin ("Formose") : " Comme Marjane Satrapi sans doute, j’ai fini par raconter mes origines en dessins."

Li-Chin Lin est née à Taïwan en 1973. Après des études en histoire à Taïwan et des débuts professionnels dans une société d’import/export puis pour le Web , elle vient faire des études artistiques en France à l’École Supérieure de l’Image d’Angoulême, puis à l’école d’animation La Poudrière à Valence. Après la publication de quelques livres pour enfants à Taïwan, elle publie son premier roman graphique chez Çà & Là : "Formose".
Li-Chin Lin ("Formose") : " Comme Marjane Satrapi sans doute, j'ai fini par raconter mes origines en dessins."
"Formose" de Çà & Là

Comment en êtes-vous venue à publier en France ?

C’est purement par hasard. Je suis venue en France en 1999 faire des études d’illustration. Mon objectif était d’entrer dans la fameuse école des Arts décoratifs de Strasbourg.

Comment connaissiez-vous cette école à Taïwan ?

Grâce à l’Internet. Après quelques années de boulot qui ne m’intéressaient pas vraiment, j’ai voulu apprendre l’illustration à l’étranger. Comme je n’avais pas beaucoup d’argent, il m’était impossible d’aller aux USA. Comme j’avais déjà appris l’espagnol et le français à la fac, je visais Barcelone, la France ou l’Italie. Comme il y avait plus d’informations sur le sujet sur l’Internet en France, j’ai choisi la France ! Comme tous les étudiants étrangers, on vise en premier lieu les écoles les plus connues : Arts déco de Paris ou de Strasbourg...

Comment saviez-vous que Strasbourg était réputée ?

J’ai contacté quelques illustrateurs par Internet et c’est celle-ci qui m’a été recommandée. Je n’ai pas réussi à passer le concours d’entrée. Après un an d’études de français, je me suis dit que la bande dessinée était proche de l’illustration -je me suis rendu compte ensuite que cela n’était pas vrai- et j’ai jeté mon dévolu sur l’école de la BD d’Angoulême, l’École supérieure de l’image (ESI). Je suis tombée sur un enseignement qui m’a beaucoup plu. À Taïwan, on n’enseigne pas vraiment la BD ( le "comics" ou le "manga") dans les écoles, que ce soit aux Arts appliqués ou aux Beaux-arts. J’étais finalement ravie de pouvoir étudier à l’ESI.

Vous choisissez cependant pour votre première bande dessinée d’évoquer... Taïwan.

C’est normal pour une bande dessinée un peu autobiographique ! Peut-être à cause de l’éloignement et parce qu’ici on me demandait souvent : "Vous êtes chinoise ?" et que je devais nuancer en expliquant que j’étais taïwanaise. La plupart confondent déjà Taïwan et Thaïlande... Alors, comme Marjane Satrapi sans doute, à force d’expliquer mes origines, j’ai fini par le faire en dessins.

Mais il y a aussi une autre raison : un éditeur de Corée, Kim Dae Jong de Saï Comics, qui publie Persepolis de Marjane Satrapi, avait contacté une copine pour qu’elle raconte l’histoire de Taïwan. Elle avait plus de difficulté que moi, en raison de son parcours personnel, de raconter cette histoire, en particulier les choses un peu cachées de l’histoire officielle. J’ai commencé à discuter avec Kim Dae Jong, mais il avait des soucis à ce moment-là. J’ai donc proposé l’affaire à Çà & Là. Ils m’ont accompagnée dans le projet.

Li-Chin Lin en décembre 2011
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Comment vous ont-ils accompagnée ?

Dans l’écriture du français -le mien est encore imparfait, d’abord. Puis en me demandant de supprimer les choses un peu redondantes ou de changer l’ordre des chapitres...

Pensez-vous que votre ouvrage puisse intéresser les Taïwanais ?

Quand j’ai achevé mon livre, je ne le pensais vraiment pas. Mais récemment, les limites dans la liberté d’expression ont été levée dans mon pays. Finalement, je pense que certains jeunes Taïwanais qui connaissent mal leur histoire ou qui, comme moi, en ont reçu une version où certaines choses étaient cachées ou dénaturées, pourront s’intéresser à une histoire qui reste un peu méconnue, même par eux. Mais nous devons trouver une format adaptée pour le publier à Taïwan, ce qui n’est pas le cas pour l’instant.

"Formose" de Li-Chin Lin
(c) Çà & Là
Le Fanzine Comics Special N°3 - Prix de la BD alternative à Angoulême 2010

Que pensez-vous de l’initiative du gouvernement taïwanais d’être présent à Angoulême ?

Je pense que la promotion de la bande dessinée et de la culture taïwanaise est une bonne chose. Vous savez, en 2010, j’ai eu le Fauve d’Angoulême dans les mains : le fanzine dans lequel je publiais, Special comics n°3, publié à Nanjing en Chine, avait reçu le prix de la bande dessinée alternative. C’est suite à cela que le gouvernement taïwanais a eu cette idée.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

🛒 Acheter


Code EAN :

Li-Chin Lin sera présente sur le Stand Çà & Là lors du Festival d’Angoulême 2012

Commander cet album sur Amazon ou à la FNAC

🛒 Acheter 📖 Feuilleter
 
Participez à la discussion
1 Message :
  • Malgre le discours nationaliste du gouvernement chinois actuel, la Chine n’est pas unique mais plurielle. Il conviendrait de dire les Chines. Certains Chinois disent avec humour que Taiwan est une fille qui a quitte la demeure familiale et ne veut pas revenir. Et sans doute avec raison : l’histoire de Taiwan, avec sa population autochtone, disputee pendant des siecles entre la Chine et le Japon, cree un sentiment d’identite taiwanaise.

    De meme que les Hongkongais, apres 155 annees de vie avec les Britanniques ont une mentalite bien differente de celle des "Chinois", qu’ils appellent les Gens du Continent. Et quand on leur demande s’ils sont chinois, ils repondent qu’ils sont hongkongais...

    (pardon pour l’absence d’accents dans ce message, mais le clavier sur lequel j’ecris n’en a pas)
    Ah, tres bonne annee du Dragon Noir, 龙年快乐!

    Répondre à ce message

Dans la rubrique Interviews
Derniers commentaires
Agenda BD août 2022
Du 25 août au 23 septembre (...)
du 25/08/2022 au 23/09/2022
Exposition-vente virtuelle - Romain Baudy - à la galerie Comic Art Factory (Bruxelles)
Festival
du 27/08/2022 au 28/08/2022
11e Festival BD "De Bulles en Bulles" (Hotton, Belgique)
Agenda BD septembre 2022
Exposition
du 10/09/2022 au 17/09/2022
Exposition Pascal Graffica à Strasbourg
Exposition
du 15/09/2022 au 1er/10/2022
Expo - Coco : dessins félins et autres bestioles (Paris)
Dedicace
du 21/09/2022 au 21/09/2022
Séance de dédicace avec Libon et Julien Solé
Exposition
du 22/09/2022 au 8/10/2022
Exposition "Ana & l’Entremonde" de Cy.
Salon
du 24/09/2022 au 25/09/2022
Salon "La BD prend l’air", 23e édition
Festival
du 24/09/2022 au 25/09/2022
8e Festival BD de Sainte-Livrade-sur-Lot
Festival
du 24/09/2022 au 25/09/2022
1er Salon de la BD Jeunesse à Paris 15
Agenda BD octobre 2022
Exposition
du 5/10/2022 au 5/10/2022
GIBERT dédicace : Ruben del Rincon
Festival
du 5/10/2022 au 16/10/2022
Festival Caribulles à Baie Mahault (Guadeloupe)
Du 6 au 22 octobre 2022, (...)
du 6/10/2022 au 22/10/2022
Exposition-vente - Laurent Bidot - à la Galerie de la Bande Dessinée (Bruxelles)
Festival
du 8/10/2022 au 9/10/2022
La Foire aux Images - Festival BD Lagrasse (Aude)
Exposition
du 14/10/2022 au 16/11/2022
Rencontre avec Elene Usdin à Villemonble (93)
Salon
du 15/10/2022 au 16/10/2022
Fête de la BD de Jeumont
Festival
du 15/10/2022 au 16/10/2022
Festival de la BD engagée du Choletais
Du 27 octobre au 12 novembre
du 27/10/2022 au 12/11/2022
Exposition-vente - Benjamin Benéteau - à la galerie de la Bande Dessinée (Bruxelles)
Agenda BD novembre 2022
Du 17 novembre au 3 décembre
du 17/11/2022 au 3/12/2022
Exposition-vente - Hugues Labiano - à la Galerie de La Bande Dessinée (Bruxelles)
Newsletter ActuaBD