Lisa Mandel : "Dans ce livre, il y a une envie de faire exploser les cadres"

23 mars 2009 1 commentaire
  • La scénariste d’Esthétique & Filatures (Casterman), venue recevoir le Prix de la Meilleure Bande Dessinée Adaptable au Forum International Cinéma et Littérature de Monaco, nous parle de cet album et de ses projets en cours.

As-tu écrit cet album pour Tanxxx ou s’agit-il d’un projet auquel tu réfléchissais déjà ?

Je l’avais en tête depuis un moment, mais en découvrant le travail de Tanxxx sur son blog, je me suis rendu compte que ce serait exactement la bonne personne pour illustrer cette histoire. A partir de là, j’ai adapté mon scénario au graphisme de Tanxxx, avec pas mal de pleines pages et de doubles pages, parce qu’elle est très forte pour ça. J’ai vraiment orienté mon projet dans son sens.

Lorsque tu travailles comme scénariste, est-ce pour le plaisir de la collaboration, pour explorer des univers auxquels ton dessin ne se prête pas forcément… ?

Déjà, ça me permet de dépasser les limites de mon propre graphisme, et puis effectivement, au départ, j’avais envie de travailler avec d’autres gens, parce qu’en bande dessinée on est quand même très seul. Ça me plaît beaucoup, maintenant je me suis rendu compte aussi que ce n’était pas toujours simple de travailler à deux : il faut gérer les envies et l’univers de l’autre, lâcher un peu prise sur son propre projet et accepter que ce soit un mélange des deux.

Lisa Mandel : "Dans ce livre, il y a une envie de faire exploser les cadres"Le noir et blanc de Tanxxx est très tranché, et une des phrases clé du livre est : "Entre le noir et le blanc, il y a tout un tas de nuances de gris"…

Oui, une des choses que je voulais faire passer, c’est qu’on n’est pas chacun dans des cases, et que c’est bien de se rendre compte qu’il y a des passerelles entre les genres, les gens, les choses… Dans ce livre, il y a une envie de faire exploser les cadres.

Et pour montrer la nuance, il faut commencer par tailler dans le vif ?

Non, je ne crois pas ! Le livre est trash en apparence, mais dans le fond, pas tant que ça.

Tu y utilises des sortes de mythes contemporains : la femme de l’Est achetée par Internet, l’industrie du porno…

Je ne crois pas que ce soit du mythe ! Il y a beaucoup de gens qui se marient aujourd’hui par correspondance, et il y a aussi beaucoup de gens qui vont chercher leurs épouses, pas forcément par Internet, mais dans des pays d’Asie comme la Thaïlande… Qui sont dans leur bled à la campagne, ou qui ont des personnalités spéciales… Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de femmes, dans des pays en difficulté, qui trouvent ce moyen pour s’en sortir. Après, je ne juge pas, ça n’est que le point de départ du bouquin. J’aimais bien le côté un peu glauque de la situation, qui est quelque chose de très raisonné, un mariage de raison ; mais je n’appellerais pas ça de la prostitution. Une femme qui décide de se marier avec un gars au bout du monde parce que chez elle, elle ne s’en sort pas et qu’elle espère une vie meilleure, je pense que c’est un mariage arrangé.

Quand je parle du porno, j’ai choisi de parler du porno gay masculin, qui n’est pas du tout le même que le porno hétéro. Je n’avais pas envie d’en parler, parce que ça me dégoûte un petit peu, je sais qu’il y a beaucoup de femmes dans le porno hétéro qui souffrent, alors que le porno gay pour moi c’est deux personnes consentantes, ce n’est pas le même rapport. Dans les nuances de gris, j’avais aussi envie de parler des gays – comme des lesbiennes, des bi… Qu’il y ait un peu de tout dans ce bouquin.

Lisal Mandel, auteure de "Esthétique et filatures" (Kstr) dessiné par Tanxxx.

Une adaptation au cinéma ou à la télévision, tu y avais pensé ?

Moi, quand j’imagine l’histoire, je la vois toujours comme un film. Après, je l’adapte en bande dessinée, mais si quelqu’un est intéressé par une adaptation, pourquoi pas !

Quels sont tes projets en cours ?

Je fais un livre avec l’Association, qui va sortir en octobre et qui raconte la carrière de mes parents, infirmiers en hôpital psychiatrique depuis le début des années 70. Le premier tome parle des anciens services psychiatriques, les asiles d’aliénés fermés ; ensuite il y aura un tome 2 sur les années 70 et l’antipsychiatrie, et puis peut-être un troisième sur l’état de la psychiatrie aujourd’hui. Sinon, j’ai le tome 5 de Nini Patalo qui devrait sortir en avril-mai.

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

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1 Message :
  • "je sais qu’il y a beaucoup de femmes dans le porno hétéro qui souffrent, alors que le porno gay pour moi c’est deux personnes consentantes, ce n’est pas le même rapport."

    Houla ! Sur quoi se base Lisa pour oser penser une chose pareille ? Sur un fantasme, un préjugé ? Pourquoi y aurait moins d’hommes exploités dans le porno gay que de femmes exploitées dans le porno hétéro ? Il y a des gens qui ont étudié la question sérieusement ?

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