Livre-Paris 2019 : bande dessinée, machine à stéréotypes ?

26 février 2019 4 commentaires
  • "It is harder to crack prejudice than an atom" (Il est plus difficile de désintégrer un préjugé qu'un atome). Cette maxime que l'on attribue à Albert Einstein se vérifie-t-elle dans le monde de la bande dessinée ? Tout le monde a en tête les scandales qui ont entouré "Tintin au Congo" ou la place des autrices dans les Grands Prix d'Angoulême. Mais quid de ces représentations qui émaillent le 9e art, que l'on parle de BD franco-belge, de manga ou de comics ? N'est-elle pas une nécessaire machine à stéréotypes ? C'est la question qui sera posée à Livre-Paris le 15 mars prochain.

Le propre de toute narration consiste à fabriquer des personnages et des situations qui permettent d’identifier rapidement les protagonistes d’une histoire et d’illustrer un propos. Les grands personnages de fiction la Pénélope d’Ulysse, Antigone, Don Juan, Luke Skywalker... cristallisent des stéréotypes qui structurent l’imaginaire, perpétuant ainsi des préjugés ancestraux qui se transposent dans notre quotidien et qui pèsent sur les relations sociales.

Alors que l’’époque est au combat contre les discriminations : racistes, sexistes, homophobes, antisémites, etc. on pourrait se demander dans quelle mesure la bande dessinée, elle-même grande productrice de stéréotypes, favorise ou au contraire déconstruit leur perpétuation ?

Cette question sera au cœur du débat : "La BD, machine à stéréotypes ?" l’un des temps forts du salon Livre-Paris 2019 qui se tiendra du 15 au 18 mars prochain à la Porte de Versailles. Ce débat sera modéré par Philippe Peter, journaliste free lance (notamment pour dBD) spécialisé dans le 9e Art, et accueillera quatre artistes parmi lesquels :

Annick Kamgang. Elle a récemment publié, avec Justine Brabant, Lucha (La Boîte à Bulles), un album qui raconte le combat d’une association qui lutte pour les droits de l’homme dans la République du Congo : La Lucha. "Un outil militant et un témoignage d’action politique responsable" concluait notre chroniqueur David Taugis.

Livre-Paris 2019 : bande dessinée, machine à stéréotypes ?
Annick Kamgang
© Didier Pasamonik

À ses côtés, Quentin Zuttion, auteur d’"Appelez-moi Nathan", l’histoire d’une jeune fille qui est en fait un garçon et qui va tout faire pour qu’on l’appelle Nathan... Un touchant plaidoyer pour le transgenre qui constitue l’un des combats de la communauté LGBT.

Quentin Zuttion
© Laura Gilli

Timothé Le Boucher, véritable révélation de ces dernières années, participera lui aussi au débat. Didier Pasamonik, parlant de son album "Ces Jours qui disparaissent" (Glénat) soulignait récemment son "incroyable maîtrise de propos, entre gravité et légèreté, entre séduction et réflexion. Le graphisme, en dépit d’un encrage qui doit s’affirmer davantage, affiche une belle rigueur dans la composition et du brio dans la narration, parfois franchement virtuose. Une révélation." Son travail dans la caractérisation des personnages est particulièrement remarquable. Son prochain album, "Le Patient" est attendu le 10 avril prochain, toujours chez Glénat et sera montré en avant-première à cette occasion.

Timothé le Boucher
© Didier Pasamonik

Enfin, la personnalité BD de l’année 2018 d’ActuaBD sera aussi présente sur la scène BD/Comics/Manga de Livre-Paris : Wilfrid Lupano, plus qu’un auteur, "un orfèvre de la critique sociale" à qui l’on doit notamment la série à succès Les Vieux Fourneaux (Dargaud) qui a fait en 2018 une remarquable apparition au cinéma.

Wilfrid Lupano
© Dargaud

Le débat se tiendra vendredi 15 mars, jour d’ouverture du salon de 14h00 à 15h00, et ActuaBD, présent sur place, ne manquera pas de vous raconter les brillants échanges que posent cette question, si tant est qu’elle appelle une réponse...

(par Vincent SAVI)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Salon du Livre de Paris - 15 au 18 mars 2019 - Porte de Versailles

 
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4 Messages :
  • Le dictionnaire de l’Académie Française en ligne nous donne :

    " STÉRÉOTYPE adj. des deux genres.
    ■ T. didactique. Qui est imprimé avec des caractères stéréotypés. Une édition stéréotype. "

    Intéressant. La bande dessinée est née de l’imprimerie.

    Le CNRTL nous donne plus de pistes.
    http://www.cnrtl.fr/definition/st%C3%A9r%C3%A9otype

    " IMPRIMERIE
    1. [Souvent sous la forme abrégée stéréo] Cliché métallique en relief obtenu, à partir d’une composition en relief originale (caractères typographiques, gravure, photogravure, etc.), au moyen de flans qui prennent l’empreinte de la composition et dans lesquels on coule un alliage à base de plomb.
    B. − P. anal. ou au fig.
    1. PSYCHOL., SOCIOL. Idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir.
    Si on aborde sur le signifiant en bande dessinée avant de parler de signifié, on peut éviter un débat stéréotypé.
    2. PSYCH. Geste, mouvement, paroles répétés de façon mécanique, sans participation de la volonté, et inadaptés à la situation.
    3. LING., STYL. Association stable d’éléments, groupe de mots formant une unité devenue indécomposable, réemployée après avoir perdu toute expressivité et avec une fréquence anormale.
    C. − P. ext. Forme constante, modèle, patron. "

    Est-ce que la création d’un stéréotype n’est pas l’essence même du langage de la bande dessinée ?
    La répétition de ce stéréotype n’est-elle pas la dynamique du langage de la bande dessinée ?
    Si je prends une page des Schtroumpfs, il me semble que la stéréotypie est poussée à son paroxysme (fond et forme). Des schtroumpfs identiques peuvent être répétés dans une seule vignette et dans plusieurs juxtaposées. Les caractères psychologiques et sociaux qu’ils incarnent sont des clichés.

    Avant même d’aborder les stéréotypes sous le seul angle de la psychologie sociale, parler de signifiant avant de débattre du signifié ne serait-elle pas un axe intéressant pour éviter de tomber dans les clichés ?
    C’est-à-dire : débattre des stéréotypes propres à la bande dessinée et non communs aux autres arts (cinéma, littérature, peinture…).

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    • Répondu par Philippe Wurm le 8 mars à  12:53 :

      J’aime bcp ce commentaire sur le stéréotype et les Schtroumpfs !... Et le lien qui est effectué avec le système de l’imprimerie et de la bande dessinée !
      Effectivement, la répétition du même chez les Schtroumpfs est fascinante. Ils ne se distinguent pas par leur forme mais plutôt par leur fonction (donc leur mise en contexte). Peyo "triche" un tout petit peu en ajoutant un petit indice à chaque Schtroumpf qui est davantage développé dans son caractère et ainsi signalé (Caractérisé), comme les lunettes du Schtroumpf à lunettes. Mais cela tient plutôt de l’accent sur une lettre ou (étrangement en BD !) de l’intonation dans la voix.
      Ainsi, comme le disait Umberto Ecco, les Schtroumpfs forment une société qui représente l’état du pré-langage des enfants. Où la distinction Signifiant et Signifié n’est pas encore établie selon les règles du langage commun. C’est, selon moi, l’une des raisons du succès des Schtroumpfs de Peyo (surtout les 6 premiers albums) auprès des enfants. Même tout petits (3 ans) ils sont captivés car ils retrouvent qq chose qui est en train de se jouer dans leur construction mentale. Il y a là un énorme thème de réflexion. Un vrai génie ce Peyo.

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      • Répondu le 9 mars à  10:41 :

        Et j’ajoute que la langue schtroumpf en ajoute encore sur la stéréotypie.

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      • Répondu le 9 mars à  10:45 :

        Et je suis d’accord et Didier Pasamonik ne nous contredira pas : Peyo est un génie de la bande dessinée !
        Si je pense à la stéréotypie en bande dessinée, je pense immédiatement a Peyo parce qu’il a démontré qu’en poussant les stéréotypes à leur paroxysme, on pouvait être très créatif et exposer simplement pour des enfants des sujets philosophiques complexes.
        Peyo n’était pas un intellectuel mais il a eu une formidable intuition. Une vraie idée.

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