Livre-Paris 2019 : le retour des pères la pudeur

27 février 2019 3 commentaires
  • "Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées..." Le puritanisme hypocrite de l'époque de Molière a encore de beaux attributs aujourd'hui. Avec la loi de 1949 en France ou le Comics Code Authority aux États-Unis, la bande dessinée a longtemps porté le joug de la censure. Alors qu'elle semblait s'être libérée de ces contraintes ces dernières années, il semble que les « ligues de vertu » n’ont pas perdu leur pouvoir de coercition...

Rappelez-vous, il y a quelques jours une énième polémique était suscitée par « La Montagne magique » du grand mangaka Jirô Taniguchi, l’album ayant été accusé de « pédopornographie » après avoir été retrouvé dans une classe de CE2. Mais alors que le véritable problème était de savoir comment cet album -ou du moins cette version- se retrouvait dans une école élémentaire, le débat a rapidement porté la bande dessinée, et les mangas en particulier, au rang de produit nocif pour la jeunesse.

Il y a quelques mois, c’était l’éditeur américain DC Comics qui en faisait les frais avec le scandale du "Bat-chibre" ; une case du premier numéro de Batman : Damned laissait entrevoir une forme phallique à l’entrejambe du Chevalier noir alors que celui-ci retirait innocemment son costume. Cette lecture fantasmatique prit une dimension proprement virale qui aboutit à ce que le numéro ne soit plus réimprimé et que les futures éditions de l’histoire effacent le désormais célèbre "Bat-zizi". Un numéro pourtant publié sous le Black Label de DC qui devait offrir une liberté totale à ses auteurs.

Livre-Paris 2019 : le retour des pères la pudeur
Quel est donc cet attribut de l’homme-chauve souris qui fait scandale ?
© DC Comics

Plus récemment encore le même éditeur a refusé de publier Second Coming, une série satirique de Mark Russel, où Jésus est renvoyé sur Terre pour devenir l’acolyte d’un super-héros. Rapidement une pétition a été mise en ligne et relayée par des médias conservateurs - Fox News et Breitbart pour ne pas les citer -, amenant une fois encore l’éditeur à reculer sur la série.

La censure est donc toujours bien présente mais elle a de nouveaux oripeaux. Elle n’a en fait jamais baissé la garde et, régulièrement, les plaintes prospèrent contre des ouvrages qui se concrétisent par des pressions sur les réseaux de distribution, sur les points de vente et la censure normalisée des GAFA. Un insidieux « politiquement correct » s’installe qui s’appuie sur les offuscations modernes pour imposer ses coups de ciseaux.

« Quelles sont-elles ? » La question est au programme de l’un des temps forts de la Scène BD de la prochaine édition de Livre-Paris.

Pour en en débattre, la scène BD de Livre-Paris accueillera Céline Tran, ancienne star du X connue sous le pseudonyme de Katsuni et désormais éditrice de la collection Porn’Pop chez Glénat, où a notamment été publié le Petit Paul de Bastien Vivès, objet de scandale lors de sa sortie en septembre dernier.

Céline Tran, éditrice chez Glénat
DR. Ed. Fayard

À ses côtés, Bruno Gaccio, humoriste, célèbre scénariste des Guignols de l’info pendant 15 ans, beau-fils du Professeur Choron, personnalité engagée sur la liberté d’expression, que sa chaîne a gentiment mis à la retraite.

Yves Frémion, écrivain, critique de bande dessinée et homme politique français sous l’étiquette Europe Écologie les Verts. Il est aussi membre du jury des prix Prix Tournesol et Papiers Nickelés, du nom de la revue qu’il dirige et auteur avec l’historien de la censure Bernard Joubert de l’ouvrage Images interdites.

Yves Frémion
Photo : Didier Pasamonik

Et enfin le très médiatique avocat Emmanuel Pierrat, chantre de la liberté d’expression (il a dirigé Le Livre noir de la censure), avocat de l’écrivain Édouard Louis mais aussi de… Denis Baupin. Il est par ailleurs auteur, avec Fabrice Neaud, au Lombard d’une bande dessinée sur le droit d’auteur.

Documents
Bruno Gaccio Emmanuel Pierrat

(par Vincent SAVI)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Salon du Livre de Paris - 15 au 18 mars 2019 - Porte de Versailles.

Le débat "Le Retour des pères la pudeur" sera modéré par Edouardo Castillo. Il aura lieu samedi 16 mars 2019 de 14h00 à 15h00 sur la scène BD-Comics-Manga.

 
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3 Messages :
  • Livre-Paris 2019 : le retour des pères la pudeur
    28 février 12:32, par Guerlain

    est-ce un retour des pères la pudeur ou simplement le signe de la maîtrise des réseaux sociaux de groupuscules qui n’ont jamais disparu. Chaque incident désormais est facilement repéré, amplifié, instrumentalisé et hystérisé jusqu’à la nausée.
    Dans le cas de Taniguchi, cette histoire n’aurait jamais dépassé les murs de l’établissement scolaire en cause. Pareil en ce qui concerne le bat-zizi, probablement envisagé au départ comme buzz pour la collection, avant de se tranformer en bad buzz, probablement par l’entremise de personnes qui cherchent avant tout à faire passer leur agenda politique. DC et Marvel ont trop à perdre d’une campagne de dénigrement public pour prendre le risque d’une confrontation. Là ou Nike a vu dans l’affaire Kaepernick l’occasion de tirer un profit marketing au vu de leur public cible, DC ete Marvel sont sans doute plus en délicatesse avec un lectorat traditionnaliste et conservateur. Surtout au vu des enjeux hollywoodien.
    Je me rappelle il y a longtemps des réactions outragées d’un père-la-pudeur bon teint qui a fait un petit scandale parce qu’un centre sportif pas loin de chez moi sombrait dans la pornographie. En cause, un dessin offert par Roger Leloup représentant Yoko Tsuno faisant de la planche à voile... en bikini. A l’époque, on en riait. De nos jours, ce type d’individu, qui jouissait de son petit pouvoir, bénéficierait d’un vrai levier de nuisance avec un minimum de réseau et d’organisation.
    Je me souviens aussi d’un libraire qui était tombé sur ce qu’il pensait être un livre pour enfant mais était en fait un livre pornographique (et assumé comme tel) d’Ysabelle Lacamp. Il était ulcéré et criait à la pédophilie, comme ce fut le cas pour Petit Paul. Mais à l’époque, il n’a pû raler qu’à son petit comptoir, sans trouver de caisse de résonance à sa pudibonderie. En 2019, on assiterait à un lynchage de l’autrice.

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  • Concernant le passage parlant d’yves Frémion, le prix Papiers Nickelés s’appelle maintenant " papiers nickelés- soBD "

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    • Répondu par Henri Khanan le 2 mars à  18:25 :

      Je n’ai que faire des séances de dédicaces, des attroupements autour des stands d’éditeurs, qui sont autant de librairies délocalisées qui portent d’ailleurs atteinte aux intérêts de cette dernière profession, quand les livres commercialisés ne sont pas encore diffusés dans le circuit officiel ; je dois reconnaîitre que le programme de débats autour de la BD est très allechant.

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