Livret de Phamille - JC Menu - L’Association

4 mars 2004 0 commentaire
  • Livret, carnet, journal, peu importe l'appellation de cette autobiographie, l'origine est contrôlée. Pur produit -le mot est mal choisi tant il est subversif commercialement parlant- de {{L'Association}}, le {Livret de Phamille} de {{JC Menu}} a tout, a priori, pour rebuter le lecteur de BD lambda: petit format, papier jauni, phylactère gigantesque, texte fleuve ou dessin brut de mine... Ce serait se méprendre. Prière de raviser tout jugement hâtif et d'accepter l'invitation intimiste d'un leader de la bande dessinée alternative.

L’autobiographie est un genre qui requiert maîtrise, recul et abnégation. Une exposition suprême pour un artiste face à face avec son moi, jetant en pâture un florilège de tranches de vie le plus souvent anecdotiques et forcément égocentriques. Le risque, c’est d’exclure le lecteur de son petit monde.

Et pour être honnête, on n’entre pas sans mal dans l’Helsingissa Oleskelu, premier des dix chapitres que compte le Livret de Phamille. Mais après plusieurs tentatives infructueuses, sans s’en rendre compte, la mayonnaise prend, inéluctablement. Et la bonne centaine de pages qui suit le séjour en Finlande se dévore sans lassitude aucune.

Pourtant, qu’est-ce, sinon du quotidien mis en case ? Un quotidien de jeune homme renfrogné, renfermé mais incroyablement expressif, à moitié déprimé mais embarqué dans des tas de projets depuis toujours. Un compagnon absent et alcoolique, un père feignant, un artiste sensible, angoissé, cultivé et solitaire, bref le quotidien d’un homme pris au piège de la vie.

L’auteur décrit, dépeint, dessine son intimité et celle de ses proches avec humour et distanciation, sans concession ni complaisance. On assiste d’un côté à l’élargissement de la petite Phamille Menu, de l’autre, plus furtivement, à la galère initiatique de sa grande Phamille, bande de virtuoses de la bande dessinée, unis par une petite maison d’édition résolument en marge, au devenir en tout cas incertain (nous sommes alors au début des années 90).

Contradictions d’artiste

Exigeant, perfectionniste, Jean-Christophe Menu n’est paradoxalement pas un finisseur. Il le reconnaît et il aime bien l’idée qu’une œuvre puisse être laissée à l’abandon, en friche. Son Livret de Phamille illustre d’ailleurs parfaitement la démarche. Il y rassemble des séquences de vie (entre 1987 et 1994), pas forcément dédiées à être publiées mais qui l’ont finalement été ici ou là (revue Lapin, Mune Comix...).

Ça ne perturbe pas pour autant la fluidité de la lecture, rythmée par les humeurs et les états d’âme de JC Menu, ses confrontations avec la réalité matérielle de l’existence et ses intarissables rêveries où s’affrontent, de jour comme de nuit, au paroxysme de l’intimité, bonne et mauvaise conscience. C’est drôle, parfois émouvant, vraisemblablement authentique. La spontanéité du trait, vierge de retouche, accentue l’impression de sincérité.

Avant d’être l’éditeur, découvreur de talent que l’on connaît, le chef de file de L’Association est un dessinateur brillant, capable d’un simplissime crayonné pour faire place nette à l’humour et son excessive expressivité, capable d’illustrer un long texte off (pour ne pas dire oph), capable enfin d’une extraordinaire précision graphique lorsqu’il est, par exemple, question de dessiner un paysage ou l’ambiance sombre et désordonnée d’un appartement de célibataire.

(par Nicolas Fréret)

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