Loïc Verdier (La Farce des Hommes-Foudre) : "Les guerriers khampas du Tibet cassent l’image que nous avons en Europe des Tibétains"

20 octobre 2018 0 commentaire
  • Globe-trotteur et fan de BD depuis sa plus tendre enfance, Loïc Verdier a publié son premier album intitulé "La Farce des Hommes-Foudre" chez Casterman. Un de nos coups de cœur de la Rentrée ! Rencontre.
Loïc Verdier (La Farce des Hommes-Foudre) : "Les guerriers khampas du Tibet cassent l'image que nous avons en Europe des Tibétains"
La Farce des Hommes-Foudre
Loïc Verdier & Matthieu Alexandre © Casterman

Loïc Verdier, La Farce des Hommes-Foudre, c’est votre premier album ?

Loïc Verdier : Oui, c’est mon premier album ! Avant ça, j’avais publié dans deux ou trois fanzines, ainsi que des histoires courtes en tant qu’auteur indépendant mais là, c’est mon tout premier projet en album. C’est un projet édité chez Casterman et j’en suis très content !

Avez-vous coécrit cet album ?

Loïc Verdier : Disons que j’ai été inspiré par un photographe du nom de Matthieu Alexandre, qui a posé les grandes lignes de cette histoire en parlant des nomades Khampas du Tibet. Cette histoire est basée sur son expérience car il a aussi rencontré des Khampas au Népal. Cette rencontre l’avait énormément marqué et du coup, il en est revenu avec des images et beaucoup d’idées de fictions. C’est ainsi qu’il a fait appel à moi pour que j’en fasse une adaptation en bande dessinée.

Dans La Farce des Hommes-Foudre, nous suivons le personnage d’Albertus, un jeune Européen parti au Népal pour, disons, se chercher... Là bas, il se retrouve embrigadé malgré lui dans la révolte locale. Mais la cause de ses ennuis vient de sa fascination pour Dolma, une jeune Tibétaine farouche et énigmatique...

Oui, c’était la clé d’entrée. Au départ, mon intention était de proposer une histoire sur ce peuple tibétain originaire de la région du Kham. Ils sont graphiquement fascinants ; ils ont des costumes colorés incroyables, fabriqués en peau de léopard. Ils sont coiffés de chapeaux de cowboy aux bords encore plus larges. Ils portent des lunettes qui leurs donnent un air de bad boys de l’Himalaya. Rien que ça, ça valait le coup de les croquer ! Et puis, j’avais aussi envie de creuser plus en profondeur leur personnalité car ils cassent les clichés que nous avons, nous Européens, sur les Tibétains.

Généralement, nous nous représentons les Tibétains comme étant de gentils moines non-violents au crane rasé et vêtus de robes rouges mais dans la réalité, c’est plus compliqué que ça. Le Tibet est un pays qui est beaucoup plus grand que ce que l’on croit en général et qui est traversé de contradictions. Il y a de nombreuses ethnies et de langues différentes mais tous ces peuples ne s’entendent pas forcément entre eux, il y a de nombreux conflits. Vous le voyez, le Tibet est un pays complexe et qui possède de nombreuses histoires qui méritent d’être racontées. Mais il nous fallait aussi un autre point d’entrée pour que le lecteur puisse s’identifier. C’est pour cela que nous avons créé un héros occidental...

(Je le coupe) Quand vous dites un héros “occidental”, vous sous-entendez par là un Blanc, afin que les lecteurs puissent s’identifier. Mais moi, je suis un Noir... Je fais comment pour m’identifier à Albertus (rires) ?

Je voulais dire, un héros de culture occidentale (rires). Et puis, je voulais aussi un personnage principal qui soit un candide, car il pose plein de questions, ce qui nous permet d’introduire les lecteurs dans l’histoire mouvementée du Tibet sans que ce soit trop pédagogique. C’est vrai qu’Albertus évolue tout au long du récit mais au départ, il est entraîné malgré lui dans l’aventure.

Vous êtes-vous rendu sur place pour faire du repérage ?

Oui, je suis parti au Tibet il y a deux ans et demi. J’y suis resté un mois. Bien sûr, le pays a énormément changé, le gouvernement chinois a construit de nombreux barrages et des immeubles y compris dans les villages reculés. Tout cela témoigne d’une certaine emprise du gouvernement chinois sur ce territoire. Mais j’ai aussi fait des super-belles rencontres, aussi bien du côté chinois que tibétain. Tous ces éléments m’ont permis de donner au récit plus de crédibilité, tout en conservant une saveur particulière.

Par exemple avec les champignons-chenilles, que l’on ne trouve qu’à partir de trois mille mètres d’altitude, constituent une véritable économie parallèle dans cette région du monde, surtout à cause de leurs vertus aphrodisiaques et curatives anti-cancérigènes. J’ai d’ailleurs rencontré une chercheuse américaine qui m’a affirmé que des études avaient été menées aux USA pour prouver les vertus thérapeutiques des champignons-chenilles.

Quel est votre parcours ?

Je suis tombé tout petit dans la BD. J’ai grandi avec les BD Dupuis, Spirou, je réalisais des petites histoires lorsque j’avais 11 ans. J’ai aussi énormément voyagé dans mon enfance car mon père, qui est aujourd’hui retraité, était ingénieur des Travaux publics pour une société française. Ma famille et moi avons vécus dans de nombreux pays en Afrique et en Asie. Tous ces voyages ont nourri mon imaginaire, que je retranscrivais ensuite en BD. J’ai d’ailleurs réalisé ma première BD avec un héros du nom de Pile-ou-face, que j’ai animé dans une aventure de vingt-et-une pages se déroulant au Népal. C’est une histoire qui m’est venue à l’esprit lorsque nous vivions à Hong-Kong. J’étais parti en voyage scolaire à Katmandou au Népal. C’est un voyage que j’ai adoré ! J’ai eu un flash esthétique pour ce pays, les gens y étaient adorables, il y avait une ambiance de mystère à cause de ce mélange des cultures hindouistes et bouddhistes, etc. Bref, c’était fascinant !

Le fait qu’aujourd’hui, je puisse publier ma première BD professionnelle racontant une histoire se déroulant au Tibet, c’est juste génial ! À l’avenir, j’ai l’intention de proposer d’autres albums se déroulant dans d’autres pays. Raconter d’autres histoires fortes issues d’autres cultures.

Vous parlez combien de langues ?

Je parle parfaitement deux langues, le français et l’anglais. Ensuite, je me débrouille un peu en mandarin (Chine) et un peu en arabe que j’ai appris lorsque nous vivions en Égypte. En ce moment, je suis en train d’apprendre l’espagnol car j’ai une fascination pour le Mexique.

Est-ce vrai qu’en Égypte, vous aviez complètement arrêté de faire de la BD, à cause de votre fascination pour l’architecture égyptienne ?

J’ai dit cela, mais plus pour rigoler. J’étais surtout impressionné par les hiéroglyphes égyptiens qui sont d’une telle finesse qu’ils m’ont poussé à l’humilité.

Vous avez fait des études universitaires de droit et de philosophie, mais pour le dessin, êtes-vous autodidacte ?

Oui, je suis autodidacte au niveau du dessin. J’ai appris en recopiant Tintin. J’ai un dicton en tête qui disait : “Copier, c’est maîtriser. Et une fois que tu maîtrises, tu peux créer ta propre œuvre”. C’est comme cela que j’ai appris. J’ai aussi été influencé par le Spirou & Fantasio de Tome & Janry, en particulier Spirou à New-York. Il y a aussi Christophe Blain, Hugo Pratt qui est un de mes dieux en dessin, il y a Jacques Tardi aussi... J’ai de nombreuses influences.

Vos prochains projets ?

J’ai un projet qui n’est pas encore signé, qui se déroule à la Nouvelle-Orléans dans les années 1920 dans lequel je parlerai de plein de choses, dont le jazz et le blues. C’est une BD que je réaliserai avec une jeune scénariste qui est enseignante à la base. C’est tout ce que je peux dire pour le moment.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

Voir en ligne : Découvrez "La Farce des Hommes-Foudre" sur le site des éditions Casterman

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Loïc Verdier
Photo © Christian Missia Dio

Agenda :

Loïc Verdier sera en dédicace en compagnie de Claire Fauvel (Phoolan Devi, reine des bandits) à la Fnac des Halles à Paris aujourd’hui, ce samedi 20 octobre à la Fnac des Halles à Paris.

Vous pourrez ensuite retrouvez Loïc Verdier au Salon du livre de Boulogne-Billancourt, en compagnie de Christian Rossi, Claire Fauvel, Andrea Cucci, Jean Pleyers, Giorgio Albertini, Christophe Alvès, Maryse et Jean-François Charles les 1er et 2 décembre prochain.

Fnac des Halles à Paris
1-7 rue Pierre Lescot Galerie Commerciale - 75001 Paris

Salon du livre de Boulogne-Billancourt
Espace Landowski 28, avenue André-Morizet - 92100 Boulogne-Billancourt

La farce des hommes-foudre par Loïc Verdier et Matthieu Alexandre. Couleurs de Nicolas Vilet, édition Casterman. Album paru le 29 août 2018. 152 pages, 22,00 €.

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